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lundi 31 octobre 2011

Cesser la lutte avec son corps

Je reprends ce blog avec une interview de mon ami Jean-Chrisophe Seznec qui publie aux éditions PUF le psychoguide 'J'arrête de lutter avec mon corps'.

Bonjour Jean-Christophe, peux-tu nous parler des différentes formes que prennent la lutte avec son corps?

Beaucoup de personnes luttent contre elles-mêmes en prenant le corps pour l'instrument et le terrain de cette lutte. Comme cette bataille contre soi est impossible à gagner, il ne reste que de la souffrance.
Cette lutte prend différentes formes : Tout d'abord, nous pouvons le maltraiter à travers des comportements réactionnels dont le but est souvent de faire baisser le niveau de tension intérieure à travers notre comportement alimentaire (restriction, compulsion, régime, grignotage, etc.), la trichotillomanie, l'alcool, la cigarette ou toute autre forme d'addiction mais aussi par des comportements plus quotidiens comme se ronger les ongles ou secouer la jambe. Nous pouvons aussi tenter de le transformer par la chirurgie esthétique, les tatouages ou les piercing. Enfin, nous pouvons en jouer avec parfois le risque de jouer à des jeux dangereux à travers le sport, la sexualité, le travail, etc.

Que retrouve-t-on derrière cette lutte?

Derrière cette lutte, il y a la difficulté à accepter notre humanité. En effet, être un Être humain c'est être un Être émotionnel. Cet Être émotionnel s'éveille particulièrement à l'adolescence où nous sommes confrontés à un flux énergétique (émotionnel) qui habite notre corps et qui peut nous paraitre insupportable. Ne sachant pas quoi faire de cette nouvelle expérience et sans apprentissage de la gestion émotionnelle, nous pouvons être tenter de trouver des fausses bonnes solutions pour "purger" ce flux émotionnel à travers l'alimentation, la cigarette, etc.
Nous sommes, dans notre société, extrêmement libres mais extrêmement seuls. Nous sommes de plus en plus seul à apprendre à jouer de ce corps émotionnel à l'adolescence. Aussi, j'ai voulu que ce livre soit un psychoguide à l'intention des personnes qui souffrent mais aussi un guide pour tout adolescent ou jeune adulte qui souhaiterait apprendre à vivre en pouvant mieux observer et comprendre ce qui se passe en lui.
Tout récemment, lors d'un congrès de gynécologie, je disais au public que nous pourrions presque prescrire, en prévention, ce livre à toute jeune femme confrontée à ce flux émotionnel avant que la lutte ne se cristallise autour d'un symptôme et dans une spirale de consommation de soin.

Tu présentes trois grilles théoriques pour comprendre cette lutte avec son corps, quelles sont-elles?

A travers mon livre, je propose d'observer cette lutte à travers trois modèles psychothérapeutiques. Même si ma culture, ma formation et ma sensibilité est plutôt proche des thérapies comportementales et cognitives (et donc de l'ACT), j'ai souhaité m'enrichir dans ce livre d'autres regards. Tout d'abord, le modèle psychanalytique peut nous aider à comprendre le "Pourquoi" de cette lutte en revisitant notre construction de nous au cours des différentes étapes de la maturation du ventre de notre mère à maintenant. Or la première étape qui nous a permis d'apaiser les émotions générées par notre naissance est le stade oral. Or beaucoup de comportements de lutte passent par la bouche. Le modèle des thérapies comportementales permet de construire une résolution de problème dans l'ici et le maintenant. Cette grille répond à la question du "comment" en ce centrant sur les liens entre notre machine à penser, notre corps et nos émotions afin d'en fluidifier le dialogue. Enfin le modèle bouddhiste avec sa version laïque, la mindfulness, nous permet de développer notre observation de ce qui nous entoure et de ce qui est en nous afin de développer notre acceptation de ce statut d'humain.

Tu parles de thérapie par l'Action, quel est le lien avec l'ACT?

La thérapie par l'action est en lien direct avec l'ACT. En effet, au cours des formations que j'ai suivi sur l'ACT, je me suis rendu compte que, comme M. Jourdain, je faisais de l'ACT sans le savoir ! Mais ne voulant être ni dogmatique et ni me positionner en "spécialiste" de l'ACT , je préfère parler pour l'instant de thérapie par l'action car cela représente, par ce terme, ma façon de m'approprier l'ACT. De plus, en mettant en avant le terme "action", c'est une façon de le discriminer de nos comportements de réaction.
Il s'agit d'une attitude d'engagement de soi afin de se rapprocher de ce qui est important pour nous en acceptant ce statut d'être émotionnel afin d'apprendre à surfer sur les vagues de nos pensées et de nos émotions. Il s'agit d'une approche humble et pragmatique de ce que nous sommes. En effet, si nous gardons cette image que notre intériorité est constituée de vagues de pensées et d'émotions, nous avons toujours le choix entre passer du temps à tenter d'expliquer le pourquoi des vagues, mais au risque d'oublier de vivre, rester sur la plage et de passer à coté de la vie ou, en apprenant à surfer sur celles-ci en étant suffisamment curieux afin d'expérimenter ce fameux terrain de jeu qu'est ce corps émotionnel.

Tu proposes un modèle thérapeutique intégratif original, comment vois-tu les thérapies évoluer à l'avenir?

Il est de moins en moins facile d'utiliser qu'un seul modèle thérapeutique au risque d'être dogmatique et de proposer une relation trop contraignante au client.
En effet, je pense que ce n'est pas au client de s'adapter à la psychothérapie mais à la psychothérapie de s'adapter au client. Au fond tous les modèles psychothérapiques proposent une facette du même problème.
Il est nécessaire de ne pas rester emprisonné dans la catégorisation sémantique ou observationnelle que nous propose chaque modèle thérapeutique au risque de devenir borgne et perdre du relief. C'est un peu comme lorsque je regarde mon stylo, je peux dire qu'il rentre dans la catégorie bleu selon un modèle qui catégorise les couleurs, que c'est un objet de bureautique selon mon modèle utilitaire, que c'est le résultat du labeur de nombreux ouvriers ou de dire que c'est le fruit de l'évolution des techniques selon mon modèle historique. Tout cela est vrai, apprenons à surfer d'une perspective à l'autre comme nous apprenons à nos clients à surfer d'une vague à l'autre.
Je pense qu'il est intéressant de multiplier nos regards afin d'enrichir notre boite à outil afin d'accompagner nos clients vers ce qui est important pour lui. Le tout est de ne pas s'y perdre et de rester professionnel en évaluant régulièrement ses pratiques. En outre, je pense qu'un modèle thérapeutique n'est pas une vérité mais à de sens que si il facilite une démarche.
Benjamin Schoendorff

lundi 15 mars 2010

Vers une prière de la sérénité plus sereine?

Mon ami Hank Robb, thérapeute en Thérapie d'Acceptation et d'Engagement américain a récemment partagé ces réflexions intéressantes sur la liste de discussion anglophone de l'ACT.

La prière de la sérénité dit :

Mon Dieu
Donnez-moi la sérénité
D’accepter
Les choses que je ne puis changer
Le courage
De changer les choses que je peux,
Et la sagesse
D’en connaître la différence.

Le ‘problème’, tel que je le vois, est que la Prière de la sérénité semble suggérer qu’il n’est bon d’accepter que ce que l’on ne peut pas changer.
Pourtant, même ce que l'on peut changer, il est souvent plus fonctionnel de l’accepter.
Le processus de changement deviendra beaucoup plus efficace si l’on donne d’abord permission à ce ‘qui est, était ou pourrait être’ d’être, d’avoir été ou de pouvoir être - plutôt que de l’aborder en disant : Et que fais-tu ici ? Je ne vois pas pourquoi je devrais même passer ne serait-ce qu’un seul instant en ta compagnie. Sors d’ici !
Voici pourquoi, plutôt que la Prière de la sérénité, je propose à mes clients la Formule de la sérénité en action :

Laissez-moi
Accepter (consentir à)
La vie telle que je la trouve (telle qu'elle est, était ou pourrait devenir) même si je peux ne pas être d’accord avec ce que je trouve

Avoir la sagesse
De voir ce qu’il serait bon de changer,

Le courage
D’agir sur la durée pour ce changement,

Et la gratitude
D’avoir une chance de vivre ma vie du mieux que je le peux.


Hank Robb
(traduction et adaptation Benjamin Schoendorff, image Rémi Schoendorff)

mardi 12 janvier 2010

Du personnel à l'universel

Pour nous les thérapeutes, il est encore de bon ton de nous camoufler derrière nos diplômes, notre expertise, notre savoir et notre rôle.
Cela est souvent plus confortable, et notre tête nous souffle que toute autre attitude serait inacceptable et sans doute dangereuse pour nos clients (que du coup nous préférons appeler patients dans l'illusion qu'ils viennent nous voir avec des choses en trop ou en moins que nous allons devoir leur enlever ou leur rajouter).
La Thérapie basée sur l'Analyse Fonctionnelle (Functional Analytic Therapy - FAP) de Bob Kohlenberg et Mavis Tsai part de la constatation que pour une espèce sociale comme la notre, la grande majorité de la souffrance mentale se traduit, se nourrit et bien souvent nait, de difficultés relationnelles.
Dans cette approche-soeur de la Thérapie d'Acceptation et d'Engagement (ACT) basée à la fois sur l'analyse du comportement et les théories de l'attachement (et qui peut donc se comprendre comme une intégration du comportementalisme et de la psychodynamique), le travail de thérapie devient l'entrainement d'un comportement relationnel plus fonctionnel. Pour une espèce sociale, cela veut dire l'entrainement du comportement de connexion aux autres.
Or, ce qui nous connecte aux autres ça n'est pas prétendre que nous contrôlons tout, que nous sommes parmi les passagers qui ont eu la chance d'être invité à monter à bord du bus des gens qui vont bien et n'ont aucune difficulté, ni même que nous avons été un jour des bozos mais qu'aujourd'hui, après des années d'efforts, avons enfin rejoint le bus des 'beautiful people'.
Nous connecter implique faire de l'espace pour révéler nos vulnérabilités.
Créer des relations intimes implique prendre le risque de révéler des choses pour la révélation desquelles nous avons été puni dans le passé - et le faire dans un espace où nous ne serons pas cette fois punis, mais accueillis.
En faire la démonstration publique nous expose à être en partie condamnés et rejetés (en comportementalisme on dit puni), et en partie soutenus (en comportementalisme on dit renforcé). Quand on est plus renforcé que puni, on continue, sinon on change son comportement jusqu'à ce que l'on soit plus renforcé que puni.
Les problèmes arrivent quand ce qui nous renforce c'est l'arrêt d'une punition (en comportementalisme on dit renforcement négatif). Par exemple je pourrais arrêter d'être sincère et ouvert afin de ne plus m'exposer au ridicule ou au jugement de certains. Nul doute que cela marcherait pour me protéger de certaines blessures. Mais cela m'empêcherait également de connaitre la joie profonde et importante que j'éprouve à me connecter authentiquement avec de nombreuses personnes.
C'est là que le travail des valeurs de l'ACT vient nous aider. En m'alignant avec mes valeurs, en agissant pour incarner les qualités qui me sont importantes, je suis renforcé dans le fait même de faire l'action, et plus seulement dans le résultat de cette action. Donc que les autres reconnaissent que j'ai vraiment le cœur ouvert ou non, je suis renforcé du simple fait que j'agis en harmonie avec ce que je vois dans mon cœur.
J'écris sur moi pour trois raisons: respecter la vulnérabilité de mes clients en n'étalant pas en public les combats privés de leur cœur; parler de ce dont j'ai une expérience directe plutôt que de mon interprétation de l'expérience des autres et enfin parce que, comme l'écrit Carl Rogers : 'Il me faut maintenant citer une de mes découvertes les plus enrichissantes; enrichissante, parce que, grâce à elle, je me sens plus proche d'autrui. Cela pourrait s'exprimer comme suit : ce qui est le plus personnel est ausi ce qu'il y a de plus général'. (Le développement de la personne, Interéditions 2005, p.22)
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

lundi 11 janvier 2010

Les bozos dans le bus

Mon amie Sonja Batten PhD, extraordinaire formatrice, a pour habitude de commencer ses ateliers de formation à la Thérapie d'Acceptation et d'Engagement (ACT) en lisant ce texte d'Elizabeth Lesser.
Le célèbre clown américain, Wavy Gravy dit que nous sommes tous des Bozos dans le bus. Sa phrase est une excellente introduction à notre atelier. Parce qu'au fond nous croyons tous que nous sommes des bozos dans le bus, contrairement à l’image que nous nous donnons tant de mal à défendre chaque jour.
Nous sommes tous des êtres régulièrement sujets à l’erreur, nés dépourvu du manuel d’instruction pour affronter un monde complexe. Aucun d’entre nous n’est un modèle de comportement. Nous avons tous trahi et été trahis, nous avons tous agi de manière égoïste, comme des personnes sur qui on ne peut pas compter, des êtres léthargiques, radins, et chacun d’entre nous a pu se réveiller au milieu de la nuit et se faire du souci pour toutes sortes de choses – l’argent, les enfants, le terrorisme, les rides, la calvitie.
En d’autres termes, nous sommes tous des bozos dans le bus.

A mon avis, cela devrait être célébré. Si nous sommes tous des bozos, alors, bon Dieu! nous pouvons nous libérer du poids de prétendre et être, simplement, des bozos.
Nous pouvons alors faire face aux problèmes qui confrontent les organismes de type bozo sans nos résistances et gênes habituelles. C’est d’autant plus efficace de travailler sur nos imperfections le cœur léger et ouvert au pardon.
Imaginez combien il serait libérateur de considérer la condition humaine de manière plus compassionnelle et humoristique. Non pas dans le but de nier nos défauts mais afin de les accueillir comme partie intégrante du système standard de fonctionnement humain .
Chaque personne dans ce bus nommé Terre souffre ; c’est quand nous avons honte de nos échecs que la douleur se transforme en souffrance. Dans notre honte, nous nous sentons rejetés, comme s’il y avait ailleurs un autre bus qui roulerait lui sur une route sans aspérités.
Ses passagers seraient tous minces, en bonne santé, heureux, bien habillés, appréciés de tous, membres de familles unies, dotés d’emplois qui ne les stressent pas, et ne faisant jamais rien de méchant ou d’idiot comme oublier où ils ont garé leur voiture ou posé leur portefeuille, ou dire quelque chose de choquant.
Nous voudrions tant être à bord de ce bus, avec tous les gens normaux.
Mais nous sommes à bord du bus à l'avant duquel est écrit ‘BOZOS’ et nous avons peur d’être tout seul à bord de ce bus.
Voilà l’illusion qui aveugle tant d’entre nous : que nous sommes seul dans nos bizarreries et nos incertitudes, que nous pourrions être la seule personne perdue sur la grande route.
Bien sur, nous ne nous sentons pas tout le temps ainsi. Parfois nous sommes emportés par une vague de pardon pour nous-mêmes et soudain nous nous retrouvons connectés à nos frères et sœurs humains, soudain nous faisons partie du groupe.

C’est merveilleux de prendre place à bord du bus avec les autres bozos.
Peut-être que le premier pas en direction de la libération est de comprendre avec chacune des cellules de votre cerveau que l’autre bus – le chouette bus avec tous les gens cool qui savent exactement où ils vont – est lui aussi rempli de bozos déguisés. Des bozos porteurs de secrets.
Quand nous voyons clairement que chaque être humain, peu importe son âge, sa célébrité, sa fortune ou sa beauté, partage les mêmes faiblesse et limites ordinaires, quelque chose d’étrange se passe : nous commençons à nous réjouir, à lâcher un peu prise et nous devenons aussi légers et résilients que ces autres personnes que nous imaginions à bord de l’autre bus.
Tout en roulant le long de la grande route défoncée, aussi perdus que jamais, à travers vallées et collines, nous nous retrouvons en présence d’amis. Nous nous calons alors dans nos sièges et profitons du voyage.

Elizabeth Lesser Broken Open (traduction Benjamin Schoendorff; image Rémi Schoendorff)

dimanche 10 janvier 2010

Le risque de s'ouvrir

J'ai reçu vendredi une carte de vœux d'une amie dont je n'arrive pas à déchiffrer la signature.
Dans un message très touchant elle exprime combien elle a été dérangée par mon texte sur mes addictions. Elle a su identifier d'où venait sa gêne: sa croyance que se révéler aux autres c'est se mettre en danger, se rendre vulnérable à la vindicte publique. Une autre croyance très ancrée c'est que se révéler aux autres c'est se donner en spectacle. Ainsi des collègues proches et dont je voudrais pouvoir être aimé, semblent penser - un me l'a même écrit - que je n'ai pour but que mon auto-promotion...
Bien entendu cela m'a blessé profondément et je me suis senti rejeté et, un instant, j'ai voulu recourir à ma vieille addiction d'isolation.
Je n'ai pas su comment répondre jusqu'à ce que je lise dans Le développement de la personne de Carl Rogers le passage suivant:
“...une évaluation par autrui ne saurait me servir de guide. Les jugements des autres, bien que j’aie le devoir de les écouter et d’en tenir compte pour ce qu’ils sont, ne pourront jamais me servir de guides. C’est là une leçon que j’ai eu du mal à apprendre. [...] Plus tard j’ai été un peu secoué en apprenant qu’aux yeux des autres, je suis un imposteur, quelqu’un qui exerce la médecine sans être qualifié, l’inventeur d’un d’un genre de thérapie très superficielle et dangereuse, animé par une volonté de puissance, un mystique, etc. Je me suis senti également perturbé par des éloges tout aussi exagérés. Cependant je ne me suis pas trop laissé impressionner, parce que j’en suis venu à la conclusion qu’une seule personne (du moins de mon vivant et peut-être pour toujours) peut savoir si j’agis avec honnêteté, avec application, avec franchise et justesse, ou si ce que je fais est faux, défensif et futile, et que cette personne, c’est moi-même. Je suis heureux d’entendre exprimer des témoignages sur ce que je fais : critiques amicales ou hostiles, éloges sincères ou adulateurs, font partie de ces témoignages. Toutefois, je ne puis déléguer à personne le soin de les évaluer ou d’en mesurer la signification et l’utilité.“ (InterEditions 2005, p.20)
J'ai fait le choix conscient et délibéré de la voie du cœur ouvert et donc de prendre le risque de révéler mes vulnérabilités - car mon expérience me montre qu'en les accueillant, en les nommant et en les tenant par la main avec douceur et bienveillance, j'arrive enfin à avancer en direction de mes valeurs.
Et j'accepte que la seule personne qui puisse juger du bien fondé de ma démarche, c'est, dans un sens profond, moi.
Mon expérience me montre aussi combien cela est difficile car mon vœu le plus cher est d'être aimé par tout le monde et ma croyance est qu'en ouvrant mon cœur je le serai.
Or si ouvrir publiquement mon cœur me permet de mieux me connecter à - d'aimer et d'être aimé - de nombreuses personnes et ainsi de rompre mon isolation, cela semble avoir un effet repoussant (on dit aversif en comportementalisme) sur d'autres, qui pourtant me sont importantes.
C'est peut-être une question de dosage. Mais aussi peut-être aussi fonction du fait que la révélation profonde sur soi nous fait tellement peur, à nous tous qui prétendons à toute force ne pas avoir de profond problème ni souffrance - surtout nous les soignants. Une telle révélation semble nous menacer, même quand ce n'est pas nous qui nous révélons. Même si elle ne nous menace pas directement, une telle révélation peut nous sembler tellement impensable que notre tête va nous souffler qu'il doit y avoir anguille sous roche, qu'une telle approche ne peut être sincère et que donc les motivations profondes sont à mettre en cause.
Et si, l
oin de nous protéger de quoi que ce soit, toutes ces choses que nos têtes nous soufflent et que parfois nous laissons déterminer nos comportements relationnels, nous gardaient prisonniers et avaient fonction de perpétuer l'évitement expérientiel, ce grand mensonge qui veut nous faire croire qu'il est désirable, possible voire même impératif de contrôler ou à tout le moins cacher celles de nos expériences intérieures que nos têtes jugent inacceptables ?
Steve Hayes, fondateur de l'ACT nous rappelle que la pire des positions que l'on puisse adopter en tant que thérapeute - mais aussi en tant que parent, qu'ami ou que partenaire amoureux - est celle qui dit, implicitement ou explicitement : 'Cessez de ressentir ce que vous êtes en train de ressentir afin que je puisse cesser de ressentir ce que je ressens lorsque je vous vois ressentir ce que vous ressentez'.

Benjamin Schoendorff
(image Rémi Schoendorff)

samedi 19 décembre 2009

Acceptation, Engagement et addictions


Mon ami Mark Webster utilise la Thérapie d'Acceptation et d'Engagement en Angleterre pour accompagner des personnes luttant contre des addictions aux produits psychoactifs (opiacés, ainsi que multi-addictions opiacés-stimulants, alcool, etc.) sur le chemin d'une vie enfin en accord avec leurs valeurs.
Il vient de créer un blog que je recommande à tous mes lecteurs anglophones: http://actinaddiction.wordpress.com/
Ce travail sur les addictions me parle singulièrement car il se connecte avec mon expérience personnelle d'avoir, avant même de connaitre l'ACT, fait un choix basé sur mes valeurs et qui m'a permis d'en finir avec les opiacés.
De fait, si l'on prend comme seul objectif l'arrêt de la consommation, on se condamne presque surement à l'échec.
Un des pionniers de la thérapie comportementale, Ogg Lindsey, ancien élève de B.F.Skinner a d'ailleurs édicté le principe de l'homme mort: Si une personne morte peut mieux atteindre le but que votre client, alors ce n'est pas un objectif de thérapie comportementale.
Ne plus consommer tel ou tel produit est un objectif que tout mort peut atteindre parfaitement, et ce n'est donc pas un objectif de vie.
Plus profondément, le choix de la vie, des valeurs est la plus solide motivation que l'on peut contacter afin de prendre le risque de faire face à tout ce que la vie nous envoie sans recourir à notre produit d'élection.
Car il ne faut pas se leurrer, les drogues (et l'alcool), ça marche - ça marche très bien même - pour ne pas avoir peur des autres, pour se sentir intéressant, intelligent, spirituel, inspiré, aimé, pour faire face à des situations et des personnes inquiétantes, pour s'évader... Les utilités des produits psychoactifs sont multiples et d'une efficacité considérable.
A court terme...
A long terme, les problèmes évités et masqués par le produit reviennent sans cesse plus pressants et plus nombreux...
Et les actions nous permettant d'incarner la personne que nous voudrions vraiment être rabougrissent jusqu'à parfois disparaitre totalement...
Viennent alors le dégout, la haine de soi, que seul le produit peut apaiser.
Le pari de l'ACT c'est qu'en se reconnectant avec ce qui est vraiment important dans la vie, c'est à dire nos valeurs, il devient possible d'identifier, ici et maintenant des actions qui nous permettent d'incarner ces valeurs - et que seul ce contact avec nos valeurs peut donner sa dignité à la perte et au deuil de la relation avec cet ami fidèle qui ne nous a jamais refusé un petit coup de pouce immédiat, notre drogue d'addiction.

Benjamin Schoendorff
(image Rémi Schoendorff)

mercredi 16 décembre 2009

Mes addictions


Je crois que ma plus ancienne addiction est à la solitude et à l'isolement.
Quand, adolescent, j'ai découvert les drogues opiacées, celles-ci m'ont apporté un sentiment de chaleur dans la poitrine et le ventre que je pensais analogue à ce que l'amour devait apporter.
Avec ces consommations s'est renforcée une deuxième addiction, plus délétère et plus durable encore, l'addiction à la procrastination.
Il y a 7 ans, j 'ai choisi de faire face à tout ce que la vie me présenterait sans recourir aux drogues. J'ai vite découvert qu'en matière de relation à l'autre je ne savais pas faire grand chose.
Alors j'ai choisi d'apprendre.
Puis je me suis engagé en psychologie. Je m'y suis engagé pour une seule raison, me rendre utile, c'est à dire apprendre à aimer.
En découvrant la psychologie fonctionnelle j'en suis venu à m'intéresser non pas à la 'réalité' des problèmes, pensées, émotions, obstacles, etc, mais bien plus à leur fonction, c'est à dire leur effets, leurs conséquences.
Et c'est ainsi que j'ai pu voir la fonction de mes comportements addictifs: éviter d'entrer de plein pied dans la vie, c'est à dire dans l'amour.
Et, pour moi, dans ma vie, la forme chimiquement pure de cet évitement, c'était la procrastination, qui me gardait comme à l'orée de ma vie, sur le pas de porte d'une vie dans laquelle il sera toujours temps de s'engager, mais, comme l'implorait Saint Augustin, 's'il te plait, mon Dieu, pas tout de suite'!
Aujourd'hui je célèbre deux semaines d'arrêt de la procrastination.
Enfin je savoure pleinement la vie, l'action, l'amour, le courage - et surtout le repos.

Benjamin Schoendorff
(image Rémi Schoendorff)

mercredi 25 novembre 2009

Anxiété - trois idées ludiques

La Thérapie d'Acceptation et d'Engagement nous invite à changer notre perspective sur les expériences intérieures contre lesquelles notre esprit nous ordonne de lutter à tout prix. Dans une réponse sur la liste ACT for the public aujourd'hui, Steven C. Hayes invite une personne anxieuse engagée dans la démarche ACT à 'jouer' avec son anxiété.

Trois idées juste pour s'amuser.
Vous souvenez-vous d'un temps, quand vous aviez quatre ou cinq ans, où vous observiez tous les insectes pendant des heures avec une curiosité innoncente?
Idée numéro 1:
L'anxiété est un insecte très intéressant.
Idée numéro 2:
Pouvez-vous vous souvenir de la première fois où vous avez eu peur et vous êtes jugé(e) négativement ? Pouvez-vous imitez la voix que vous aviez à cet âge ?
La prochaine fois que vous avez peur et vous jugez négativement, décrivez votre expérience avec la voix de cet(te) enfant. Que feriez-vous si il ou elle était là près de vous et prononçait ces paroles? Faites ce que vous feriez.
Idée numéro 3:
La prochaine fois que vous ressentez votre peur, prenez quelques instants pour observer la totalité de votre expérience puis regardez si vous pouvez la reproduire exactement, comme une personne qui produirait une sculpture psychologique.
Puis, placez la peur que vous avez créé dans tous les endroits où vous observiez votre peur - c'est la même identique, sauf que vous l'avez créée.
Observez tout ce que vous apercevez.
Amusez-vous à explorer.
Steven C. Hayes (image Rémi Schoendorff)

dimanche 22 novembre 2009

Les Thérapies Comportementales et Cognitives de l'Avenir

J'assiste au 43ème congrès de l'Association of Cognitive and Behavioral Therapies (Thérapies comportementales et Cognitives -TCC) à New York qui se termine aujourd'hui.
Ce que j'ai trouvé remarquable c'est l'importance que prennent l'acceptation et la pleine conscience et le dialogue soutenu, même si parfois houleux, entre les tenants des trois vagues de TCC (comportementales, cognitives et d'acceptation).
Hier je suis allé écouté le discours présidentiel, le président de l'ABCT, Bob Leahy, fondateur de l'Institut de Thérapie Cognitive de New York 'Le rôle de l'émotion en Thérapie Cognitive'.
Ce qui m'a le plus frappé, c'est la manière dont Bob a replacé la souffrance et la compassion au coeur de la démarche des TCCs. Le discours de Bob était si profond que mon ami Hank Robb, formateur en Thérapie d'Acceptation et d'Engagement (ACT) et moi en pleurions d'émotion.
Prenant appui sur la tragédie grecque, Shakespeare, Nietsche,
de Umanumo et Viktor Frankl, Bob a illustré comment depuis toujours souffrance et compassion donnent un sens à notre vie. Elles nous montrent ce qui est important pour nous, en éclairant le chemin de nos valeurs.
En fait, si l'on enlève les premières minutes de présentation théorique, le discours de Bob aurait pu être prononcé par un thérapeute de Thérapie d'Acceptation et d'Engagement (ACT) plutôt que par un thérapeute cognitif.
Je prends cela pour un signe de progrès. En replaçant souffrance et compassion au coeur de leur démarche, les TCCs s'humaniseront encore plus et s'éloigneront plus encore de la caricature qui voudrait que ce soit des thérapies centrées sur la seule réduction du symptôme et qui ne considère l'irréductible subjectivité humaine qu'à l'aune de questionnaires standardisés.
Si l'on retirait la première partie théorique du discours de Bob, il aurait pu être prononcé par un des créateurs de l'ACT.
Pour ceux d'entres nous qui sont engagés dans le développement de nouvelles thérapies et les intenses débats scientifiques que cela implique, le message de Bob nous rappelle que nous ne devons pas nous laisser diviser par des mots, des théories ou des philosophies différentes. La grande famille des thérapies relevant le défi de la validation scientifique (et il y a de la place pour tout le monde dans cette famille) n'a qu'un but: mieux accueillir et reconnaitre la souffrance humaine, cultiver la compassion et contribuer à une vie en société plus solidaire, plus ouverte et, oui, plus pleine d'amour.
Les TCC sont un humanisme. Merci Bob.
Benjamin Schoendorff (image ABCT)

samedi 21 novembre 2009

Essayer

Certains d'entre nous essayent de changer depuis de nombreuses années.
Voici quelques lignes que John Forsyth, professeur de psychologie à l'université d'Albany, New York et thérapeute et auteur de Thérapie d'Acceptation et d'Engagement (ACT) a écrit ce soir sur la liste de discussion Act for the Public.

Le mot 'essayer'. Essayer...
Je me demande si essayer vous aide où si ça contribue à ce que vous vous sentiez coincé.
Par exemple, si vous posez un stylo par terre et 'essayez' de le ramasser, que se passe-t-il? Montrez moi à quoi cela ressemblerait d'essayer de ramasser le stylo. Si vous le ramassez, ça n'est pas essayer de le ramasser, c'est le faire.
Essayer a tendance à nous garder les mains suspendues juste au dessus de la vie, pas tout à fait au contact des choses.
Alors peut-être qu'essayer est une de ces choses auxquelles vous pouvez cesser de vous agripper.

John Forsyth
(image Rémi Schoendorff)

jeudi 19 novembre 2009

Face à la souffrance

Pas facile de garder un blog à jour!
Je suis actuellement aux USA en voyage d'étude. Je visite les fondateurs de la Thérapie d'Acceptation et d'Engagement pour préparer des projets d'écriture et de recherches communs.
J'ai reçu hier cet article de Jean-Marc Louis paru dans le Républicain Lorrain.
Outre le fait que c'est le premier article de presse imprimée publié sur Faire face à la Souffrance, je le trouve particulièrement notable car Jean-Marc Louis a complètement saisi l'approche du livre et apporte même ses propres éclairages. Je vous le livre donc tel quel.

Les progrès technologiques, l'amélioration globale des conditions de vie n'ont pas pour autant apporté le bonheur à l'humanité A l'origine de cela, sans doute l'incapacité pour l'humain à surmonter les épreuves de la vie et la souffrance qui en découle. Dans ce contexte, la personne reste seule Parfois démunie. D'où l'intérêt du livre de Benjamin Schoendorff, Faire face a la souffrance. L'impact de la souffrance, à ne pas confondre avec la douleur physique et qui, elle, se situe sur le plan psychique, est tributaire de notre capacité à "l'accueillir". Ce verbe est d'importance, souligne le psychiatre Christophe André dans la préface de l'ouvrage. ll est préférable à "accepter", terme trop lie a l'idée de soumission. Or, ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Face à la souffrance, la passivité ne fait qu'aggraver la situation.
Accueillir sa souffrance est un enrichissement parce que c'est une découverte de soi, un approfondissement de la connaissance de soi. C'est aussi la seule manière de faire changer durablement la situation. En revanche, refuser la souffrance est un leurre, tandis que s'y complaire s'avère nocif Cette dernière attitude exprime souvent un manque affectif. Le fait de vivre par et pour sa souffrance peut être ressenti comme un mode de chantage qui conduit les autres, pour se protéger a s'éloigner. D'où une solitude encore plus difficile à vivre.
La psychanalyse qui s'attache à identifier la source de nos souffrances est-elle une aide efficace ? Pas forcément, selon Benjamin Schoendorff. Pas plus que les thérapies comportementales et cognitives qui n'offrent qu'un soulagement. L'auteur propose une intéressante Thérapie d'Acceptation et d'Engagement. A partir d'exercices, le lecteur réalise que ses comportements s'inscrivent dans un certain environnement qui, bien souvent, les conditionne, les contrôle et gère leur issue. Et cela bien souvent au détriment de ses besoins et de ses désirs. Cette prise de conscience est censée inverser l'ordre des choses. Il s'agit aussi de repérer les pièges du langage, source de la pensée et donc de notre représentation du monde. A partir de là, la démarche consiste à 'interrompre les luttes inutiles voire toxiques, à nous tourner vers ce qui compte vraiment pour nous, de ne jamais perdre de vue nos valeurs'.

Jean-Marc Louis
(reproduit avec autorisation; image Rémi Schoendorff)

mardi 27 octobre 2009

L'Acceptation, la solution?

En réponse à un commentaire d'Amicitia:
J'ai été touché par ce commentaire qui pose la question du lâcher prise et de la difficulté de saisir, même au travers de la pleine conscience, ce que sont l'acceptation et le lâcher prise.
La question du lâcher prise et de l'acceptation est des plus difficiles.
C'est simple mais ça n'est pas facile.
Ce n'est pas facile parce que notre intelligence s'en mêle et va chercher à utiliser le lâcher prise comme moyen de faire lâcher prise à notre souffrance. Et l'on repart alors pour un nouveau tour de manège, à chercher à contrôler notre expérience intérieure - avec les résultats prévisibles que notre expérience connait déjà.
En Thérapie d'Acceptation et d'Engagement nous invitons souvent nos patients à observer ce que leur intelligence fait de l'idée de l'acceptation. Et nous disons volontiers que si l'acceptation apparait clairement comme la solution à leur souffrance, alors ça n'est pas ça qu'est l'acceptation.
L'acceptation ne peut se comprendre comme on comprendrait une idée - elle ne peut que se 'saisir' comme on saisit comment on fait pour pédaler ou comment nager.
Accepter, lâcher-prise, c'est une action, non une pensée ou un sentiment.
Comme nager et pédaler, ça n'est pas quelque chose auquel on peut se 'convertir' un jour d'illumination, c'est un apprentissage qui passe par un entrainement progressif et délibéré.
Ce n'est ni en en parlant ni en lisant mais seulement dans l'action de faire de la place à tout ce que nous ressentons - afin de pouvoir avancer - que nous pouvons saisir si cette approche peut marcher pour nous.

Et c'est à la seule lumière de notre expérience, et non de notre intelligence, que nous pouvons en juger.

Benjamin Schoendorff
(image Rémi Schoendorff)

dimanche 11 octobre 2009

Saisir à travers l'expérience plutôt que comprendre par l'intelligence

Au cours de la formation à la Thérapie d'Acceptation et d'Engagement (ACT) que mon amie Jana Grand et moi-même avons animé pendant ces trois derniers jours, j'ai pu observer, une fois une idée, un principe ou une technique exposée, que mon esprit se laissait souvent accrocher par le besoin d'expliquer et de débattre.
Mon intelligence me pressait d'acheter cette pensée qu'elle me vendait qu'il fallait absolument expliquer, expliquer, expliquer jusqu'à ce que les questions des participants soient épuisées.
Cependant, ce que mon expérience me montrait, c'était que chaque fois que j'achetais cette pensée et me lançais dans des explications, ou pire encore dans des débats, loin d'éclairer mon interlocuteur ou les autres participants, je m'enfonçais et me repliais.
C'est seulement en saisissant ce processus au vol que j'ai pu faire un peu de place à mon envie d'expliquer et de convaincre, sans pour autant m'en faire l'instrument - et choisir de faire saisir, par l'expérience, souvent au moyen d'un petit jeu de rôle ou au moyen d'un exercice, ce vers quoi mes mots visaient à attirer l'attention des participants à l'atelier. Et plus d'une fois, comme magiquement, le ou la participante disait alors : "Ah ça y est, je saisis de quoi il s'agit!"
Notre intelligence est souvent impuissante à saisir de nombreux processus de l'ACT. Devant son impuissance, elle va se rebeller et vouloir argumenter, débattre, voire même rejeter ce qu'elle ne peut saisir. Souvent pourtant, et d'une manière dont les mots ne peuvent rendre la profondeur, notre expérience peut aisément saisir la 'vérité' des processus de l'ACT. Cette 'vérité' ne prétend pas révéler la 'vraie' nature des chose ou du monde, mais tout simplement nous permettre de reconnaitre, à la lumière de notre expérience, une approche susceptible de mieux fonctionner pour avancer. C'est une 'vérité' pragmatique, fondée dans l'expérience.
Ne pas rester coincé sur des débats d'idées et au niveau intellectuel nous a permis d'avancer dans notre atelier, c'est l'incarnation de la 'vérité' de l'ACT.
Dans un note manuscrite sur une des fiches de feedback des participants, j'ai eu la joie de lire : J'avais lu le livre et pour confirmer l'idée que l'expérience est le meilleur moyen d'intégrer les choses, j'ai (évidemment) plus appris en expérimentant l'ACT au cours de la formation qu'en lisant le livre.
Ce n'est pas en lisant un livre que l'on peut saisir l'ACT - pas plus que ce n'est au travers d'explication magistrales ou de brillantes démonstrations intellectuelles - c'est n'est qu'en en faisant l'expérience directe en explorant dans sa propre vie les exercices que propose ce livre.
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

mercredi 30 septembre 2009

Ce que la vie chuchote sous les cris de la souffrance

Quand l’acceptation n’est plus simplement tolérer nos émotions difficiles, quand elle devient intérêt véritable pour la totalité de notre expérience intérieure, et consentement profond à laisser la vie nous prodiguer tous ses enseignements, la fonction de nos émotions, de nos pensées et de nos souvenirs change alors radicalement.
Les émotions sont des échos de notre passé. Elles sont porteuses de sens, mais d’un sens qui est chuchoté, et qui est souvent recouvert par les cris de nos envies de leur résister et de nos jugements. Ce vacarme est tel qu’il nous empêche d’apprendre.
En observant nos envies et nos jugements sans nous y soumettre, nous nous donnons une chance de reconnaître qu’ils sont des productions automatiques de notre esprit sur lesquelles nous n’avons pas prise. Regardez si vous pouvez adopter une attitude d’ouverture et d’intérêt pour toutes les émotions qui se présentent - non dans l’espoir secret de les voir retomber ou se transformer, observez les plutôt comme vous observeriez des vagues qui vont et qui viennent. Où se manifestent-elles dans votre corps ? Quelles pensées, images ou jugements se présentent avec elles ? Quelles envies ou ‘besoins’ montent alors en vous ? Que voyez-vous autour de vous ? Quel impact ont-elles sur vos relations ?
Puis regardez si vous pouvez les ‘retourner’ et voir ce qui se trouve de l’autre côté. Quelles valeurs les sous-tendent ? Ce qui n’a pas d’importance pour nous ne peut nous faire souffrir. Qu’est-ce qui devrait ne plus avoir d’importance pour vous pour que telle émotion ne vous fasse plus souffrir ? Suivez la piste de votre douleur comme on retrace son chemin à l’aide de petits cailloux. Y trouvez-vous de vieux souvenirs, de vielles blessures, d’anciennes aspirations ? Il y a beaucoup à apprendre.
En choisissant d’adopter cette position, même les émotions douloureuses deviennent nos alliées – et ce serait une perte incalculable de les repousser artificiellement. Un peu comme si nous choisissions de ‘résoudre’ le problème d’être témoin de la misère et de la discrimination en nous crevant les yeux et les tympans. Ça ‘marcherait’ peut-être, mais au prix de notre capacité à nous soucier du sort de notre prochain. Le coût en serait si élevé que la ‘cure’ serait pire que la douleur que nous cherchions à éliminer.
Avec notre souffrance c’est pareil, à la différence près que nous ne savons pas de quoi elle nous parle. Cela seule la vie qui peut nous l’apprendre – et elle nous l’apprend en chuchotant plutôt qu’en criant.
Steven C. Hayes (Traduction et adaptation Benjamin Schoendorff; image Rémi Schoendorff)

lundi 28 septembre 2009

Chercher à se faire rasssurer ?

Dans le message que j’ai posté hier, Steven Hayes proposait un exercice permettant d’avancer avec sa peur d’être jugé. Dans la discussion sur la liste ACT for the public qui avait suivi sa suggestion, la contribution de Joanne Steinwachs, autre thérapeute ACT m’a semblé intéressante car elle illustre un principe important de le Thérapie d’Acceptation et d’Engagement. Ce principe c’est que ce n’est pas la forme de ce que l’on fait - en l’occurrence les mots que l’on dit aux autres - qui importe, mais la manière dont cela fonctionne pour soi et dans sa vie, c’est à dire ce que nous appelons la fonction du comportement.
Je voudrais qualifier ce qu’a écrit Steven Hayes. Dans le dialogue que vous engagez après avoir expérimenté un nouveau comportement, préparez-vous à toute sorte de résultat et à observer sans jugement tout ce qui vous vient.
Par exemple, même si vous avez dit clairement à votre ami(e) que vous ne vouliez pas être rassuré(e), vous pourrez peut-être apercevoir que vous cherchez quand même à vous faire rassurer. Ou simplement êtes en quête d’un signe que votre ami(e) vous a compris. Mais il est tout aussi possible qu’il(elle) ne ‘comprenne’ pas – après tout, tout le monde ne parle pas de cette façon ! Alors soyez aussi prêt(e) à ça. Trop en dire aux autres peut également les pousser à chercher à vous rassurer. Préparez-vous simplement à observer avec compassion toutes ces choses vous venir à l'esprit. Souvenez-vous quand vous choisissez de vous exposer à une de vos peurs que vous avez une large palette de choix de ce que vous pouvez dire aux autres – y compris le choix d’en dire très peu ou même rien du tout.
Puis observez simplement votre esprit et ce qui vous vient. Parfois il peut même être plus utile de donner le minimum d’explication, de rester dans l’ambigüité et de faire un peu de place à la peur de ‘ce qu’ils vont penser’ – surtout si vous avez tendance à trop vous expliquer aux autres, si c’est là une de vos façons d’éviter, ou si vous cherchez activement que les autres vous rassurent. Regardez votre esprit qui cherche à se faire rassurer, observez votre envie de convaincre l’autre (que vous faites quelque chose de raisonnable, de compréhensible, d’acceptable…). Si ce que vous faites ensuite est de vous soumettre à ce que votre esprit vous impose, regardez si vous pouvez recontacter votre véritable objectif, votre valeur, être fidèle à vous même.
Ce travail commence par un choix personnel d’avancer. Il ne s’agit pas de se mettre en mode confessionnal, comme dans certains groupes de développement personnel où ‘tout’ révéler de soi permet de se sentir intégré.
Fiez-vous plutôt à votre propre expérience et à ce qui fonctionne pour vous à la lumière de votre expérience. Soyez flexibles, curieux et ouvert et continuez à observer tout ce qui se présente à vous.
Joanne Steinwachs (traduction et adaptation Benjamin Schoendorff; image Rémi Schoendorff)

La peur d’être jugé

Une particularité de nos obstacles psychologiques, c’est qu’ils cherchent tous à nous convaincre qu’ils sont des obstacles réels et insurmontables. Ces obstacles sont bien réels. Et il n’y a pas besoin de les surmonter pour avancer.
Un obstacle souvent rencontré est la peur d’être jugé. Cette peur est parfois si intense qu’elle peut nous rendre muets et faire que nous nous isolons, même quand nous sommes entourés. Cette peur vient rarement seule. Avec elle viennent la gêne, la honte, l’envie de fuir, et mille pensées qui se collent à nous et nous condamnent.
Devrions-nous nous rassurer ou nous faire rassurer ? Mais notre esprit ne connait pas de repos et il ne sera pas rassasié par de simples assurances que nous ne sommes pas jugés. Il en voudra sans cesse plus, et celles qu’il obtiendra perdront vite de leur efficacité. Steven Hayes, l'initiateur de la Thérapie d’Acceptation et d’Engagement propose une autre voie :
Recevoir des assurances – des autres ou de vous-même - que vous n’êtes pas jugé ne va pas vous aider. Vous n’avez pas non plus à conclure que vous êtes jugé… Ce qui peut vous être bien plus utile c’est d’apprendre à vivre à l’intérieur de cette ambigüité. Ça veut dire laisser votre esprit exiger de savoir si vous êtes ou non jugé…
Essayez de trouver des opportunités de révéler un peu plus de vous. Par exemple vous pouvez dire à un(e) ami(e)quelque chose que vous ne diriez pas habituellement puis lui dire qu’habituellement vous ne diriez une telle chose car vous avez peur du jugement des autres et que du coup vous vous cachez et vous sentez isolé. Mais que vous vous êtes rendu compte que plus vous essayez de contrôler la façon dont les autres vous perçoivent, plus il vous est difficile d’être vous-même avec les personnes qui comptent pour vous. Vous pouvez alors dire que vous avez choisi de sortir de votre coquille et de regarder ce qu’il advenait du souci que votre esprit se fait de ces jugements. Dites enfin que vous ne dites pas cela pour qu’on vous rassure, mais simplement pour faire savoir à votre ami(e) que cela avait été un obstacle pour vous et que vous avez choisi d’avancer.
Puis prenez un peu de temps pour observer de près comment vont et viennent votre peur, les jugements sur vous-même et votre honte ; et accueillez tout cela avec attention et compassion pour vous-même.
Un des enseignements de l’ACT est que nous pouvons nous éloigner du champ de bataille qu’est notre esprit – sans plus chercher à ce que les ‘bons’ gagnent ni même à mettre un terme à la bataille. Nous pouvons simplement laisser notre esprit faire ce qu’il fait (comparer, juger, évaluer, condamner, spéculer, batailler, etc.…) comme il le fait et choisir d’avancer – avec douceur et bienveillance.
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

dimanche 27 septembre 2009

Rester ou partir?

C’est une question qui peut devenir lancinante et sembler insoluble quand les relations intimes deviennent difficiles.
Voici comment Russ Harris, un thérapeute et formateur de Thérapie d’Acceptation et d’Engagement australien dont le livre Le piège du bonheur paraitra en français en 2010, aborde cette question avec ses clients :
Pour les clients qui se retrouvent face à ce dilemme - rester ou partir – je trouve qu’il est utile de souligner qu’il est en fait impossible de ne pas choisir. Chaque jour où vous ne partez pas, vous choisissez de rester. La question devient alors que choisissez-vous d’incarner pendant ce jour où vous restez ? Quel genre de jour vivrez-vous si vous choisissez de le vivre englué dans l’histoire ‘dois-je partir ou rester’ ? Et si, un jour, vous choisissez de partir, que voudrez-vous incarner en partant ?
Il est souvent utile, pour les clients qui sont fusionnés avec ces histoires de ‘Est-ce que je devrais/Est-ce que je ne devrais pas’, de les inviter à mettre un peu de temps de côté chaque jour pour vivre à l’intérieur de leur histoire. On peut ainsi prendre un peu de temps chaque jour pour réfléchir aux avantages et inconvénients de sa relation. Et le reste de la journée, on peut s’entrainer à pratiquer reconnaître et observer cette histoire quand elle se présente. On peut alors choisir de la laisser aller et venir plutôt que s’y laisser prendre. Quand elle apparaît et qu’elle se colle on peut alors dire : Tiens, Je viens de me laisser attraper par l’histoire ‘Partir ou rester’. Et choisir de continuer à incarner, dans le moment présent et à travers ses actions, les valeurs qui sont importantes.
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

samedi 26 septembre 2009

Lutter contre nos pensées et nos émotions les renforce

Sur le site e-santé.fr, le docteur Catherine Solano présente Faire face à la souffrance et la Thérapie d'Acceptation et d'Engagement :
Lutter contre nos pensées et nos émotions les renforce. 
Benjamin Schoendorff nous invite à considérer ce paradoxe à l'aide d'une métaphore : 'Imaginez que vous êtes sur une île entourée de requins, sur une trappe au-dessus de l'eau. Un appareil ultra-sensible enregistre le niveau de votre anxiété. Pour mieux vous motiver, au moindre signe de peur, la trappe s'ouvrira et vous finirez en hamburger pour requins. Combien de temps pensez-vous pouvoir tenir ? Tout le monde répond 'très peu de temps'. En fait, vous êtes déjà branché sur l'appareil le plus sensible de la création : votre système nerveux.'

Lire la suite de cet article sur le site e-santé.fr

Catherine Solano (image par JoeyIsNotOK, Deviant Art)

vendredi 25 septembre 2009

Cultiver la tranquillité d'esprit

Sur le blog de John Forsyth:

La tranquillité d’esprit. Nous la voulons tous. Peu d’entre nous l’obtienne, et quand nous l’obtenons, elle n’est souvent que passagère. Je pense que la raison en a à voir avec la façon dont nous concevons la ‘paix de l’esprit’. Ce n’est pas quelque chose que nous pouvons avoir et tenir, mais c’est certainement quelque chose que nous pouvons apprendre à cultiver et permettre de se développer.
Comment pouvons-nous faire ça ? Voici quelques pas.
  1. Accordez-vous du temps pour simplement vous asseoir, sans distractions, sans rien à faire, sans nulle part où aller.
  2. Prenez ce temps pour vous-même et observez avec curiosité votre esprit et votre expérience, tels qu’ils sont dans l’instant. Observez votre expérience et tout ce qui se passe entre vos deux oreilles et dans votre cœur. Il n’y a rien à faire, aucun état particulier à atteindre. Pratiquez simplement être exactement là où vous êtes, exactement comme vous êtes.
  3. Observez votre envie de changer votre expérience ou d’arrêter et passer à autre chose. Ce sont les signes que votre histoire ancienne pointe le nez, avec les veilles habitudes d’essayer de changer votre esprit ou votre corps. Ces habitudes sont le carburant de la lutte. En pratiquant simplement les observer en tant que pensées, envies, et reliques du passé, « Tiens un bout de mon histoire !... Et voici une pensée de… », vous interrompez la programmation ancienne et la désamorcez.
  4. Si cela vous aide vous pouvez inspirer chaque instant de curiosité avec l’intention de simplement observer tout cela et d’être en paix. En faisant cela, vous pouvez observer puis laisser repartir avec chaque inspiration et chaque expiration.
Continuez à pratiquer aussi longtemps que vous le souhaitez avec l’intention d’être présent à votre esprit et à votre corps tels qu’ils sont, là où vous êtes, sans les combattre, sans lutter avec. Quand vous faites cela vous pratiquez la paix et la bienveillance pour vous-même. C’est une habileté qui deviendra plus automatique avec le temps et la pratique et que vous pouvez pratiquer où que vous vous trouviez.
Souvenez-vous que la tranquillité d’esprit n’est pas quelque chose que nous ayons, c’est le choix de déposer les armes et de cesser de combattre nos propres expériences. Cela peut vous aider à vous donner la présence et la clarté de considérer ce que vous aimeriez faire, ce que vous aimeriez devenir, ce que vous voudriez pouvoir incarner dans cette vie.
Pratiquez la tranquillité d’esprit et observez ce qui se passe avec le temps. Faites-le par choix.
De tout cœur,
John P. Forsyth, auteur de Mindfulness and Acceptance Workbook for Anxiety (traduction Benjamin Schoendorff; image Rémi Schoendorff)

mercredi 23 septembre 2009

La souffrance, notre alliée ?

Une des plus profondes leçons de la Thérapie d'Acceptation et d'Engagement est que, loin d'être notre ennemie, notre souffrance peut se révéler notre alliée la plus précieuse sur le chemin de la vie.
Elle peut nous aider à reconnaitre nos valeurs et les directions dans lesquelles nous voulons avancer.
Si l'on nous enlève quelque chose qui ne compte pas pour nous, nous n'en souffrons pas. Si au contraire, cette chose est importante, alors la souffrance nous envahit. Seul ce qui est important peut nous faire souffrir.
Ainsi si nous souffrons de notre peur des autres, c'est un signe que la connexion aux autres est importante pour nous. S'ajoute à la souffrance que nous cause notre peur, la souffrance de l'absence de connexion.
Parfois la souffrance est telle que notre esprit va habilement chercher à nous convaincre que ce qui nous fait tant souffrir n'est pas vraiment important pour nous. Mais même quand nous 'achetons' cette idée qu'il nous vend, nous pouvons sentir, au plus profond de nous, que quelque chose ne va pas, et que notre vie se rétrécit.
Ainsi nous pouvons acheter la pensée qu'avoir des relations proches n'est 'pas vraiment' important pour nous. En observant, grâce à la pleine conscience, la qualité de notre expérience quand nous achetons de telles pensées, nous pouvons apercevoir la perte de vitalité que cet achat implique - et que c'est nous qui payons.
Et la souffrance ne s'en va pas, témoin fidèle de l'importance de cette absence pour nous.
Et si nous accueillions la souffrance comme une alliée qui nous montre le chemin et conserve, au plus profond de l'obscurité, la trace indélébile et lumineuse de ce qui est important pour nous?
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)