Affichage des articles dont le libellé est Validation Emotionnelle. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Validation Emotionnelle. Afficher tous les articles

dimanche 17 janvier 2010

Eloge de la félure

J’adore cette phrase de Michel Audiard : « Bienheureux les fêlés car ils laisseront passer la lumière » !
Je trouve que tout y est. Au premier degré, c’est une évidence que ce qui est fêlé laisse passer un peu de lumière.
Avec une analyse plus psychologique, cela permet d’accepter plus facilement ses propres fêlures puisqu’elles nous annoncent la lumière ! De quelle lumière parle-t-on ? Je pense qu’il s’agit là de comprendre que la lumière est ce qui nous libère. C’est probablement ce que l’on ressent lorsqu’on est en paix à l’intérieur de soi. Une sorte de sentiment de dilation intérieure, de plénitude, de bien-être que l’on peut ressentir par exemple dans la pratique de la méditation ou de la prière, pour ceux d’entre nous que cette pratique touche.
Personnellement c’est lorsque je ressens cette paix que je ressens également le plus d’amour pour tous les êtres humains que je croise. A ce moment là, je ressens aussi les liens invisibles qui me rendent tous ces Autres humains si proches de moi. C’est ce que j’appelle la lumière : ce qui nous relie les uns aux autres, dans toute notre humanité.
Dans ce sens, je vois les fêlures, les failles, les fragilités de chaque être humain, comme une force qui nous relie les uns aux autres ! C’est une chance que d’accepter et de pouvoir dessiner le contour de ses propres fêlures car elles permettent d’accéder au monde des relations ! C’est en ce sens que je pense que chaque thérapeute devrait travailler sur ses propres fragilités.
Marie Balmary le souligne dans La fragilité : faiblesse ou richesse ? publié chez Albin Michel, la fragilité est une présence sans menace pour l’autre, elle permet d’être avec l’autre.
Enfin , merci Michel Audiard car l’humour est sans doute la plus courte et la meilleure distance entre deux êtres !
Frédérique Giacomoni

Sur le même thème et pour les anglophones parmi vous: la très belle chanson de Leonard Cohen Anthem qui contient ces paroles:
There is a crack in everything, that's how the light gets in
(Il y a une fêlure dans toute chose, c'est comme ça que la lumière pénètre).

Benjamin Schoendorff
(image Rémi Schoendorff)

mardi 12 janvier 2010

Du personnel à l'universel

Pour nous les thérapeutes, il est encore de bon ton de nous camoufler derrière nos diplômes, notre expertise, notre savoir et notre rôle.
Cela est souvent plus confortable, et notre tête nous souffle que toute autre attitude serait inacceptable et sans doute dangereuse pour nos clients (que du coup nous préférons appeler patients dans l'illusion qu'ils viennent nous voir avec des choses en trop ou en moins que nous allons devoir leur enlever ou leur rajouter).
La Thérapie basée sur l'Analyse Fonctionnelle (Functional Analytic Therapy - FAP) de Bob Kohlenberg et Mavis Tsai part de la constatation que pour une espèce sociale comme la notre, la grande majorité de la souffrance mentale se traduit, se nourrit et bien souvent nait, de difficultés relationnelles.
Dans cette approche-soeur de la Thérapie d'Acceptation et d'Engagement (ACT) basée à la fois sur l'analyse du comportement et les théories de l'attachement (et qui peut donc se comprendre comme une intégration du comportementalisme et de la psychodynamique), le travail de thérapie devient l'entrainement d'un comportement relationnel plus fonctionnel. Pour une espèce sociale, cela veut dire l'entrainement du comportement de connexion aux autres.
Or, ce qui nous connecte aux autres ça n'est pas prétendre que nous contrôlons tout, que nous sommes parmi les passagers qui ont eu la chance d'être invité à monter à bord du bus des gens qui vont bien et n'ont aucune difficulté, ni même que nous avons été un jour des bozos mais qu'aujourd'hui, après des années d'efforts, avons enfin rejoint le bus des 'beautiful people'.
Nous connecter implique faire de l'espace pour révéler nos vulnérabilités.
Créer des relations intimes implique prendre le risque de révéler des choses pour la révélation desquelles nous avons été puni dans le passé - et le faire dans un espace où nous ne serons pas cette fois punis, mais accueillis.
En faire la démonstration publique nous expose à être en partie condamnés et rejetés (en comportementalisme on dit puni), et en partie soutenus (en comportementalisme on dit renforcé). Quand on est plus renforcé que puni, on continue, sinon on change son comportement jusqu'à ce que l'on soit plus renforcé que puni.
Les problèmes arrivent quand ce qui nous renforce c'est l'arrêt d'une punition (en comportementalisme on dit renforcement négatif). Par exemple je pourrais arrêter d'être sincère et ouvert afin de ne plus m'exposer au ridicule ou au jugement de certains. Nul doute que cela marcherait pour me protéger de certaines blessures. Mais cela m'empêcherait également de connaitre la joie profonde et importante que j'éprouve à me connecter authentiquement avec de nombreuses personnes.
C'est là que le travail des valeurs de l'ACT vient nous aider. En m'alignant avec mes valeurs, en agissant pour incarner les qualités qui me sont importantes, je suis renforcé dans le fait même de faire l'action, et plus seulement dans le résultat de cette action. Donc que les autres reconnaissent que j'ai vraiment le cœur ouvert ou non, je suis renforcé du simple fait que j'agis en harmonie avec ce que je vois dans mon cœur.
J'écris sur moi pour trois raisons: respecter la vulnérabilité de mes clients en n'étalant pas en public les combats privés de leur cœur; parler de ce dont j'ai une expérience directe plutôt que de mon interprétation de l'expérience des autres et enfin parce que, comme l'écrit Carl Rogers : 'Il me faut maintenant citer une de mes découvertes les plus enrichissantes; enrichissante, parce que, grâce à elle, je me sens plus proche d'autrui. Cela pourrait s'exprimer comme suit : ce qui est le plus personnel est ausi ce qu'il y a de plus général'. (Le développement de la personne, Interéditions 2005, p.22)
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

lundi 11 janvier 2010

Les bozos dans le bus

Mon amie Sonja Batten PhD, extraordinaire formatrice, a pour habitude de commencer ses ateliers de formation à la Thérapie d'Acceptation et d'Engagement (ACT) en lisant ce texte d'Elizabeth Lesser.
Le célèbre clown américain, Wavy Gravy dit que nous sommes tous des Bozos dans le bus. Sa phrase est une excellente introduction à notre atelier. Parce qu'au fond nous croyons tous que nous sommes des bozos dans le bus, contrairement à l’image que nous nous donnons tant de mal à défendre chaque jour.
Nous sommes tous des êtres régulièrement sujets à l’erreur, nés dépourvu du manuel d’instruction pour affronter un monde complexe. Aucun d’entre nous n’est un modèle de comportement. Nous avons tous trahi et été trahis, nous avons tous agi de manière égoïste, comme des personnes sur qui on ne peut pas compter, des êtres léthargiques, radins, et chacun d’entre nous a pu se réveiller au milieu de la nuit et se faire du souci pour toutes sortes de choses – l’argent, les enfants, le terrorisme, les rides, la calvitie.
En d’autres termes, nous sommes tous des bozos dans le bus.

A mon avis, cela devrait être célébré. Si nous sommes tous des bozos, alors, bon Dieu! nous pouvons nous libérer du poids de prétendre et être, simplement, des bozos.
Nous pouvons alors faire face aux problèmes qui confrontent les organismes de type bozo sans nos résistances et gênes habituelles. C’est d’autant plus efficace de travailler sur nos imperfections le cœur léger et ouvert au pardon.
Imaginez combien il serait libérateur de considérer la condition humaine de manière plus compassionnelle et humoristique. Non pas dans le but de nier nos défauts mais afin de les accueillir comme partie intégrante du système standard de fonctionnement humain .
Chaque personne dans ce bus nommé Terre souffre ; c’est quand nous avons honte de nos échecs que la douleur se transforme en souffrance. Dans notre honte, nous nous sentons rejetés, comme s’il y avait ailleurs un autre bus qui roulerait lui sur une route sans aspérités.
Ses passagers seraient tous minces, en bonne santé, heureux, bien habillés, appréciés de tous, membres de familles unies, dotés d’emplois qui ne les stressent pas, et ne faisant jamais rien de méchant ou d’idiot comme oublier où ils ont garé leur voiture ou posé leur portefeuille, ou dire quelque chose de choquant.
Nous voudrions tant être à bord de ce bus, avec tous les gens normaux.
Mais nous sommes à bord du bus à l'avant duquel est écrit ‘BOZOS’ et nous avons peur d’être tout seul à bord de ce bus.
Voilà l’illusion qui aveugle tant d’entre nous : que nous sommes seul dans nos bizarreries et nos incertitudes, que nous pourrions être la seule personne perdue sur la grande route.
Bien sur, nous ne nous sentons pas tout le temps ainsi. Parfois nous sommes emportés par une vague de pardon pour nous-mêmes et soudain nous nous retrouvons connectés à nos frères et sœurs humains, soudain nous faisons partie du groupe.

C’est merveilleux de prendre place à bord du bus avec les autres bozos.
Peut-être que le premier pas en direction de la libération est de comprendre avec chacune des cellules de votre cerveau que l’autre bus – le chouette bus avec tous les gens cool qui savent exactement où ils vont – est lui aussi rempli de bozos déguisés. Des bozos porteurs de secrets.
Quand nous voyons clairement que chaque être humain, peu importe son âge, sa célébrité, sa fortune ou sa beauté, partage les mêmes faiblesse et limites ordinaires, quelque chose d’étrange se passe : nous commençons à nous réjouir, à lâcher un peu prise et nous devenons aussi légers et résilients que ces autres personnes que nous imaginions à bord de l’autre bus.
Tout en roulant le long de la grande route défoncée, aussi perdus que jamais, à travers vallées et collines, nous nous retrouvons en présence d’amis. Nous nous calons alors dans nos sièges et profitons du voyage.

Elizabeth Lesser Broken Open (traduction Benjamin Schoendorff; image Rémi Schoendorff)

dimanche 10 janvier 2010

Le risque de s'ouvrir

J'ai reçu vendredi une carte de vœux d'une amie dont je n'arrive pas à déchiffrer la signature.
Dans un message très touchant elle exprime combien elle a été dérangée par mon texte sur mes addictions. Elle a su identifier d'où venait sa gêne: sa croyance que se révéler aux autres c'est se mettre en danger, se rendre vulnérable à la vindicte publique. Une autre croyance très ancrée c'est que se révéler aux autres c'est se donner en spectacle. Ainsi des collègues proches et dont je voudrais pouvoir être aimé, semblent penser - un me l'a même écrit - que je n'ai pour but que mon auto-promotion...
Bien entendu cela m'a blessé profondément et je me suis senti rejeté et, un instant, j'ai voulu recourir à ma vieille addiction d'isolation.
Je n'ai pas su comment répondre jusqu'à ce que je lise dans Le développement de la personne de Carl Rogers le passage suivant:
“...une évaluation par autrui ne saurait me servir de guide. Les jugements des autres, bien que j’aie le devoir de les écouter et d’en tenir compte pour ce qu’ils sont, ne pourront jamais me servir de guides. C’est là une leçon que j’ai eu du mal à apprendre. [...] Plus tard j’ai été un peu secoué en apprenant qu’aux yeux des autres, je suis un imposteur, quelqu’un qui exerce la médecine sans être qualifié, l’inventeur d’un d’un genre de thérapie très superficielle et dangereuse, animé par une volonté de puissance, un mystique, etc. Je me suis senti également perturbé par des éloges tout aussi exagérés. Cependant je ne me suis pas trop laissé impressionner, parce que j’en suis venu à la conclusion qu’une seule personne (du moins de mon vivant et peut-être pour toujours) peut savoir si j’agis avec honnêteté, avec application, avec franchise et justesse, ou si ce que je fais est faux, défensif et futile, et que cette personne, c’est moi-même. Je suis heureux d’entendre exprimer des témoignages sur ce que je fais : critiques amicales ou hostiles, éloges sincères ou adulateurs, font partie de ces témoignages. Toutefois, je ne puis déléguer à personne le soin de les évaluer ou d’en mesurer la signification et l’utilité.“ (InterEditions 2005, p.20)
J'ai fait le choix conscient et délibéré de la voie du cœur ouvert et donc de prendre le risque de révéler mes vulnérabilités - car mon expérience me montre qu'en les accueillant, en les nommant et en les tenant par la main avec douceur et bienveillance, j'arrive enfin à avancer en direction de mes valeurs.
Et j'accepte que la seule personne qui puisse juger du bien fondé de ma démarche, c'est, dans un sens profond, moi.
Mon expérience me montre aussi combien cela est difficile car mon vœu le plus cher est d'être aimé par tout le monde et ma croyance est qu'en ouvrant mon cœur je le serai.
Or si ouvrir publiquement mon cœur me permet de mieux me connecter à - d'aimer et d'être aimé - de nombreuses personnes et ainsi de rompre mon isolation, cela semble avoir un effet repoussant (on dit aversif en comportementalisme) sur d'autres, qui pourtant me sont importantes.
C'est peut-être une question de dosage. Mais aussi peut-être aussi fonction du fait que la révélation profonde sur soi nous fait tellement peur, à nous tous qui prétendons à toute force ne pas avoir de profond problème ni souffrance - surtout nous les soignants. Une telle révélation semble nous menacer, même quand ce n'est pas nous qui nous révélons. Même si elle ne nous menace pas directement, une telle révélation peut nous sembler tellement impensable que notre tête va nous souffler qu'il doit y avoir anguille sous roche, qu'une telle approche ne peut être sincère et que donc les motivations profondes sont à mettre en cause.
Et si, l
oin de nous protéger de quoi que ce soit, toutes ces choses que nos têtes nous soufflent et que parfois nous laissons déterminer nos comportements relationnels, nous gardaient prisonniers et avaient fonction de perpétuer l'évitement expérientiel, ce grand mensonge qui veut nous faire croire qu'il est désirable, possible voire même impératif de contrôler ou à tout le moins cacher celles de nos expériences intérieures que nos têtes jugent inacceptables ?
Steve Hayes, fondateur de l'ACT nous rappelle que la pire des positions que l'on puisse adopter en tant que thérapeute - mais aussi en tant que parent, qu'ami ou que partenaire amoureux - est celle qui dit, implicitement ou explicitement : 'Cessez de ressentir ce que vous êtes en train de ressentir afin que je puisse cesser de ressentir ce que je ressens lorsque je vous vois ressentir ce que vous ressentez'.

Benjamin Schoendorff
(image Rémi Schoendorff)

vendredi 1 janvier 2010

La thérapie des thérapeutes


Nous commençons l'année nouvelle en accueillant sur ce blog mon amie psychiatre et thérapeute comportementale et cognitive (TCC) Frédérique Giacomoni. Elle contribue un texte intéressant sur les liens entre pleine conscience, acceptation, accueil de la souffrance et l'intérêt pour les thérapeutes TCC d'engager une démarche thérapeutique pour eux-mêmes.
Se démarquant de l'analyse freudienne, la TCC ne prescrit pas de thérapie personnelle des thérapeutes. Frédérique pense qu'une telle démarche peut nous rendre, nous thérapeutes, plus humains, plus empathiques, plus connectés et plus efficaces. Benjamin

Edel Maex a écrit dans Mindfulness : apprivoiser le stress par la pleine conscience que le seul chemin vers l'assurance et la confiance en soi est d'être présent avec une attention bienveillante et ouverte, sans rien chercher : cela familiarise à ce qui se passe en soi-même. Et d'autre part que l'on ne trouve la confiance en l'autre et en soi que dans la mesure où l'on a été contacté avec confiance et apprivoisé.
Je pense en effet que la confiance en soi ne peut se trouver que lorsque l'on adopte une véritable attitude de bienveillance et de douceur, sans aucun jugement vis-à-vis de ce qui se passe en nous. Il ne s'agit certainement pas d'une attitude naturelle mais de quelque chose qui s'acquiert avec la maturité émotionnelle. Certains êtres sont sans doute plus doués que d'autres pour y parvenir.
Je crois que le travail du psychothérapeute, quelque soit la technique qu'il ait choisi pour exercer son art, requiert une parfaite connaissance de ces mécanismes de la confiance en soi. Il se doit d'être un modèle pour son patient. ll se doit d'adopter envers lui-même et envers son patient une attitude ouverte, bienveillante, douce et sans jugement. Il se doit d'avoir une attention ouverte. C'est-à-dire qu'il ne doit pas se perdre dans ses propres réactions, ses interprétations et ses conclusions automatiques.
Quelque soit le niveau de connaissances théoriques du thérapeute, quelque soit son niveau de formation, quelque soit son expérience clinique je crois qu'il ne peut obtenir ce niveau d'ouverture à l'autre, d'attention bienveillante sans aucun jugement que s'il a lui-même expérimenté d'être accueilli par un autre.
Le thérapeute, même lorsqu'il pratique des TCC, se doit, à mon avis, d'avoir expérimenté l'accueil, la douceur et la bienveillance d'un autre pour apprendre lui aussi à ne plus se juger avec dureté, à se détacher de ses propres automatismes de pensée, à accueillir en lui toute la grande diversité des émotions qui se déroulent dans chaque séance de thérapie afin de pouvoir choisir librement ce qu'il va en faire avec chaque patient.
D'autre part, chaque thérapeute doit avoir conscience que s'occuper des autres en permanence conduit vite à l'oubli de soi, à la négligence de soi et donc au renforcement inexorable de ce qui pose problème en soi. La reconnaissance de la souffrance étant le point de départ de toute relation thérapeutique, il est indispensable que chaque thérapeute prenne en charge sa propre souffrance au risque de la déverser sur autrui ou de la renforcer chez lui ou chez son patient.
Enfin, je crois que pour arriver sincèrement à éprouver de la compassion pour soi, qui est comme le souligne Edel Maex le seul véritable antidote à la violence absurde, il faut qu'un autre en ait éprouvé pour soi. Le thérapeute devenu patient peut alors ressentir tous les bienfaits de cette attitude et les transmettre à son tour à ses patients, non pas d'une manière intellectuelle, froide et distante mais d'une manière émotionnelle, immédiate et spontanée.
En conclusion, je crois que tout l'intérêt de cette troisième vague des TCC est de mettre l'accent sur les émotions et la nécessité pour le thérapeute d'être au clair avec ses propres mécanismes émotionnels. Comme l'écrit Stéphanie Hahusseau, dans Tristesse, peur, colère, quand on est psy, aller voir un psy soi-même est conseillé!
Le maitre Zen Dogen dit :
Le Zen, c'est apprendre à vous connaitre,
Apprendre à vous connaitre, c'est vous oublier,
Vous oublier, c'est vous relier à toutes choses.
Je dirais finalement :
La thérapie du thérapeute, c'est apprendre à se connaitre,
Apprendre à se connaitre, c'est être débarrassé du souci de soi,
Être débarrassé du souci de soi, c'est être relié à toutes choses et donc devenir thérapeute!
Frédérique Giacomoni (image Rémi Schoendorff)

lundi 28 décembre 2009

Un poème pour l'année nouvelle

Un client dont le courage à avancer avec sa souffrance me touche profondément m'a envoyé ce beau texte en réponse à ma carte de vœux.
Je choisis de le partager avec vous, en vous souhaitant à tous et toutes lecteurs et lectrices de ce blog une nouvelle année remplie de joie, d'engagement, de douceur, d'actions en direction de vos valeurs, de courage et d'amour.
Benjamin

La vraie joie prend par surprise.
Elle surgit moins de ce que l'on prévoit
Que la réponse que l'on offre à ce qui arrive.

Aux matins pluvieux comme aux matins heureux,
Aux heures tragiques comme aux heurs magiques,
Il n'y a d'autre bonheur que celui de répondre présent.

Alors vient le souffle de rester debout
Et cette douceur du lointain quand on ouvre les mains
Pour accueillir ce qui aujourd'hui sera pain.


Francine Carrillo
(image Rémi Schoendorff)

mercredi 16 décembre 2009

Mes addictions


Je crois que ma plus ancienne addiction est à la solitude et à l'isolement.
Quand, adolescent, j'ai découvert les drogues opiacées, celles-ci m'ont apporté un sentiment de chaleur dans la poitrine et le ventre que je pensais analogue à ce que l'amour devait apporter.
Avec ces consommations s'est renforcée une deuxième addiction, plus délétère et plus durable encore, l'addiction à la procrastination.
Il y a 7 ans, j 'ai choisi de faire face à tout ce que la vie me présenterait sans recourir aux drogues. J'ai vite découvert qu'en matière de relation à l'autre je ne savais pas faire grand chose.
Alors j'ai choisi d'apprendre.
Puis je me suis engagé en psychologie. Je m'y suis engagé pour une seule raison, me rendre utile, c'est à dire apprendre à aimer.
En découvrant la psychologie fonctionnelle j'en suis venu à m'intéresser non pas à la 'réalité' des problèmes, pensées, émotions, obstacles, etc, mais bien plus à leur fonction, c'est à dire leur effets, leurs conséquences.
Et c'est ainsi que j'ai pu voir la fonction de mes comportements addictifs: éviter d'entrer de plein pied dans la vie, c'est à dire dans l'amour.
Et, pour moi, dans ma vie, la forme chimiquement pure de cet évitement, c'était la procrastination, qui me gardait comme à l'orée de ma vie, sur le pas de porte d'une vie dans laquelle il sera toujours temps de s'engager, mais, comme l'implorait Saint Augustin, 's'il te plait, mon Dieu, pas tout de suite'!
Aujourd'hui je célèbre deux semaines d'arrêt de la procrastination.
Enfin je savoure pleinement la vie, l'action, l'amour, le courage - et surtout le repos.

Benjamin Schoendorff
(image Rémi Schoendorff)

dimanche 22 novembre 2009

Les Thérapies Comportementales et Cognitives de l'Avenir

J'assiste au 43ème congrès de l'Association of Cognitive and Behavioral Therapies (Thérapies comportementales et Cognitives -TCC) à New York qui se termine aujourd'hui.
Ce que j'ai trouvé remarquable c'est l'importance que prennent l'acceptation et la pleine conscience et le dialogue soutenu, même si parfois houleux, entre les tenants des trois vagues de TCC (comportementales, cognitives et d'acceptation).
Hier je suis allé écouté le discours présidentiel, le président de l'ABCT, Bob Leahy, fondateur de l'Institut de Thérapie Cognitive de New York 'Le rôle de l'émotion en Thérapie Cognitive'.
Ce qui m'a le plus frappé, c'est la manière dont Bob a replacé la souffrance et la compassion au coeur de la démarche des TCCs. Le discours de Bob était si profond que mon ami Hank Robb, formateur en Thérapie d'Acceptation et d'Engagement (ACT) et moi en pleurions d'émotion.
Prenant appui sur la tragédie grecque, Shakespeare, Nietsche,
de Umanumo et Viktor Frankl, Bob a illustré comment depuis toujours souffrance et compassion donnent un sens à notre vie. Elles nous montrent ce qui est important pour nous, en éclairant le chemin de nos valeurs.
En fait, si l'on enlève les premières minutes de présentation théorique, le discours de Bob aurait pu être prononcé par un thérapeute de Thérapie d'Acceptation et d'Engagement (ACT) plutôt que par un thérapeute cognitif.
Je prends cela pour un signe de progrès. En replaçant souffrance et compassion au coeur de leur démarche, les TCCs s'humaniseront encore plus et s'éloigneront plus encore de la caricature qui voudrait que ce soit des thérapies centrées sur la seule réduction du symptôme et qui ne considère l'irréductible subjectivité humaine qu'à l'aune de questionnaires standardisés.
Si l'on retirait la première partie théorique du discours de Bob, il aurait pu être prononcé par un des créateurs de l'ACT.
Pour ceux d'entres nous qui sont engagés dans le développement de nouvelles thérapies et les intenses débats scientifiques que cela implique, le message de Bob nous rappelle que nous ne devons pas nous laisser diviser par des mots, des théories ou des philosophies différentes. La grande famille des thérapies relevant le défi de la validation scientifique (et il y a de la place pour tout le monde dans cette famille) n'a qu'un but: mieux accueillir et reconnaitre la souffrance humaine, cultiver la compassion et contribuer à une vie en société plus solidaire, plus ouverte et, oui, plus pleine d'amour.
Les TCC sont un humanisme. Merci Bob.
Benjamin Schoendorff (image ABCT)

lundi 12 octobre 2009

Ralentir pour aller plus vite

Qui prend son temps n’en manque jamais.
Cette citation de Mikhaïl Boulgakov est importante pour les thérapeutes soucieux d'offrir les thérapies les plus brèves possibles.
En ralentissant, en prenant le temps d'observer dans les plus infimes détail tous les aspects de l'expérience et du vécu - non pas de manière générale, mais en se concentrant sur tout ce qui se présente autour des situations difficiles - on entraine déjà une autre façon de vivre avec la souffrance.
En apportant un esprit d'ouverture et de curiosité à cette exploration, on se prémunit contre les ruminations délétères et on fait l'apprentissage d'une autre façon plus douce moins précipitée d'interagir avec la souffrance, celle de nos clients tout autant que celle que nous ressentons à les voir lutter sans résultats.
C'est donc en ralentissant que l'on se donne la chance d'avancer le plus vite.
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

vendredi 1 mai 2009

En dire trop ou pas assez?

En dire trop ou pas assez?
Je me suis posée 10 000 fois cette question. L'histoire de mes patients fait parfois écho à la mienne. Ceux-ci me disent se sentir anormaux, différents, donc exclus... Mon envie était de leur dire: " je suis passée par là et j'en passe encore parfois par là, c'est humain".
Ma formation à l'université m'a interdit de dévoiler quoi que ce soit de moi... Lorsque j'étais psycho-dynamicienne je m'inhibais et n'éprouvais aucune satisfaction professionnelle... sauf quand je n'écoutais plus la voix des maîtres et me lâchais - mais là c'était la culpabilité qui me harcelait!
Bref, j'ai décidé d'en sortir. La Thérapie Comportementale et Cognitive m'a permis de m'autoriser à être moi-même, ne plus me cacher. Une discussion avec Jeffrey Young, fondateur de la Thérapie des Schémas au congrès Afforthecc m'a déculpabilisée et m'a ouverte sur le droit d'exprimer ce que j'étais comme personne. Il a fait référence à une chanson de Brel "Le garçon de café" et m'a dit: Il ne doit pas "faire" le garçon de café mais "être" un garçon de café. Plus vous serez vous, plus ça fonctionnera.
Depuis ce jour, je suis Moi quand je suis thérapeute. La cerise sur le gâteau ça a été l'atelier expérientiel de ACT de Philippe Vuille et Sandra Georgescu : l'accès à une entière liberté d'être!
Souvent lorsque je parle de mon expérience ou de mon ressenti à mes patients (toujours en contexte bien sûr et je ne m'étends pas), je leur demande ce qu'ils ont ressenti quand j'ai parlé de moi: tous me disent moins de culpabilité et plus de normalité.
En fin de thérapie quand nous faisons le bilan, bon nombre de patients me disent que ce qui était marquant dans la relation c'est qu'ils avaient l'impression d'être face à un ami mais un ami qui avait les outils pour l'aider. C'est un magnifique compliment pour moi. Je ne suis pas leur amie mais je me comporte comme telle: bienveillance, chaleur... et professionnalisme.
Donc ma position est qu'il peut même être bénéfique que le thérapeute se dévoile, n'oublions pas les théories de l'apprentissage par imitation...
Stéphanie Bertholon
Dans ce texte que Stéphanie m'a envoyé par mail (et qu'elle m'a autorisé à publier), j'ai été particulièrement touché par ce qu'elle a écrit sur les moments où elle parle en 'temps réel' de la relation thérapeutique avec ses patients. Stéphanie, lui ai-je demandé, as-tu remarqué l’intensité de présence et de connexion dans ces moments-là ?
Il existe une approche théorique et pratique, la Functional Analytic Psychotherapy – FAP qui est toute entière basée sur l’idée que c’est à l’intérieur de la relation thérapeutique que nous avons le plus de chances de façonner, par le renforcement contingent, des comportements plus fonctionnels chez nos clients - et également chez nous les thérapeutes.
Dans cette approche - que certains appellent le comportementalisme basé sur le transfert! - on observe les comportements des clients (et les notres) sous l’angle de la possible reproduction d’une difficulté existant à l’extérieur du cabinet de consultation. Quand c’est le cas, se présente alors une opportunité de façonner dans l’ici et maintenant un comportement alternatif.
Bien entendu cela marche d’autant mieux que les renforçateurs sont naturels plutôt qu’arbitraires, c'est à dire que le client a des chances d'être renforcé de manière similaire dans son environnement naturel. Et un renforçateur naturel a plus de chance d’être émis depuis une position d’authenticité que de ‘technique’. Notre travail - et il est difficile - consiste alors à identifier ce qui constitue un renforçateur naturel pour nos clients – et qui va dépendre de leur histoire d’apprentissage personnelle - et à être le plus authentique possible à l'intérieur de la relation thérapeutique.
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

jeudi 23 avril 2009

Pour en finir avec l'estime de soi

Les magazines de psychologie et de nombreux ouvrages de développement personnels nous promettent que le bonheur est au bout de l'estime de soi...
Or la recherche est bien moins affirmative.
Baumeister et collègues. (2003) dans une étude qui a fait date concluent : Nous n’avons pas trouvé d’indications que renforcer l’estime de soi (par intervention thérapeutique ou en milieu scolaire) soit bénéfique. Nos résultats ne plaident pas en faveur de la promotion et de l’extension de l’estime de soi dans l’espoir que cela pourrait améliorer les résultats scolaires. Au regard de l’hétérogénéité des hauts degrés de estime de soi, complimenter sans mesure pourrait tout aussi bien promouvoir le narcissisme et ses conséquences indésirables.
Ce ne sont pas seulement les comportements prosociaux, mais aussi les comportements antisociaux qui sont plus probables chez les enfants ayant une haute estime de soi. (Salmivalli et al. 1999).
Dans un nouvel ouvrage, The Narcissism Epidemic (l'épidemie du narcissisme), Jean Twenge et W. Keith Campbell soulignent que le résultat d'avoir tout fait pour augmenter l'estime de soi de nos enfants est la création d'une génération de personnalités gonflées d'un sens disproportionné de leur valeur personnelle (la définition clinique du narcissime) mais sans véritable résilience ni capacité à réparer les choses et les relations.
Faisant le point sur les recherches actuelles, ils soulignent que l'entrainement des habiletés sociales est bien plus payant et efficace que l'inflation du sens de soi - et promeut un bonheur plus durable.
L'antidote à la bulle spéculative de l'estime de soi? Twenge recommande l'humilité, une évaluation de soi plus juste, la pleine conscience et faire passer les autres avant soi. Dans une interview à Newsweek elle déclare : De telles valeurs pourront sembler ringardes, peut-être même défaitistes pour ceux d'entre nous qui pensent qu'ils sont spéciaux, mais faite moi confiance : plus on pratique, plus cela devient facile.
Quant à Baumeister et collègues (2003), ils concluent : Nous recommandons plutôt d’utiliser les compliments visant à renforcer l’estime de soi comme des récompenses des comportements socialement désirables et les efforts personnels. A noter: cette équipe de recherche a mis l'essentiel de ses résultats en ligne. Pour une traduction de l'abstract d'une de leurs études les plus marquantes, visitez le site afforthecc.
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

mardi 21 avril 2009

Hémianopsie

Il y a une semaine, lundi de Pâques,à 22:10, je suis passé à vélo devant l'appartement de mes parents. J'ai tourné la tête à droite pour voir s'il y avait de la lumière à leurs fenêtres quand j'ai soudain remarqué que je n'arrivais à voir que l'extrême gauche de leur fenêtre gauche. Ils ont trois fenêtres donnant sur la place. J'ai continué à rouler quelques mètres. Mais, arrivé devant le panneau publicitaire suivant, je n'arrivais pas à en lire un seul mot - pas même une lettre! Et les voitures arrivant en face avaient toutes le phare droit déféctueux!
Mon esprit s'est tout de suite connecté à mes cours de neuropsychologie (l'étude du fonctionnement cérébral au moyen des déficits dûs à diverses lésions) et j'ai pensé à un Accident Vasculaire Cérébral (AVC). Ce que je vivais s'appelle hémianopsie latérale homonyme, c'est à dire une perte de la vision dans le champ visuel droit. Je pouvais observer cette perte aussi bien avec l'oeil droit qu'avec l'oeil gauche. J'ai alors pensé à une attaque cérébrale du lobe occipital gauche, la partie arrière de notre cerveau qui est impliquée dans le traitement visuel. Le lobe gauche gérant le champ visuel droit, le lobe droit le gauche.
J'ai commencé à avoir terriblement peur. J'ai fait demi-tour et suis allé chez mes parents demander de l'aide. Je n'arrivais pas à voir les boutons de leur digicode. Une de leur voisine est entrée dans l'allée et je ne pouvais pas distinguer son visage, mis à part ses cheveux, sur la gauche.
Avec mes parents, dont je n'arrivais pas à voir les yeux, nous avons appellé des amis neurologues et neuropsychologues. Parents et amis se sont efforcés de me rassurer sur le mode : ça n'est rien, tu es juste un peu surmené, c'est normal.
Je savais parfaitement que ça n'était pas normal et leurs paroles n'avaient pour seul effet que de m'effrayer plus encore. Qu'allais-je devenir? Comment vivre sans pouvoir lire et comment pratiquer mon beau métier de thérapeute sans pouvoir croiser le regard de mes clients, ce qui est pour moi si important?
Je ne pouvais pas même distinguer la première lettre d'aucun mot, seulement son tiers gauche - tout le reste était dans le flou total. L'angoisse me saisit.
Au bout de 45 minutes, ma vision s'est graduellement rétablie vers la droite. Puis ma chère maman a prononcé la seule parole de la soirée qui m'ait vraiment rassuré. Elle a tout simplement dit que même aveugle je pourrais faire mon métier. C'est vrai, ai-je pensé, il me suffira d'écouter avec encore plus d'attention. D'abord accepter, ensuite avancer.
Je rentrais me coucher et le lendemain matin avait recouvré l'essentiel de ma vision.
Cet AVC, comme un passage dans l'aimant de l'IRM l'a montré, était dû à une petite ischémie cérébrale (réduction du flot sanguin) dont les causes restent encore obscures. Les sequelles cérébrales en sont infimes, mais quand même visibles sur les images. Un tout petit 'pête au casque' arrière gauche.
J'ai pensé à Jill Bolte Taylor, une neuroscientifique américaine qui en 1996 a souffert d'une hémoragie cérébrale autrement plus grave. Cet accident lui a permis d'observer, de l'intérieur, l'expérience de vivre ce qu'elle étudiait théoriquement - les lésions cérébrales.
Texte et image Benjamin Schoendorff

mercredi 15 avril 2009

De qui parler - et à qui?

J'ai commencé ce blog pour parler à mes amis thérapeutes.
Mes clients le découvrent aussi et certains le lisent avec assiduité.
En fait on ne peut s'adresser aux thérapeutes sans s'adresser aux clients - aux miens et aux leurs.
Dans le modèle de thérapie d'Acceptation et d'Engagement, nous cultivons l'égalité profonde avec nos clients.
Je me demande pourtant si je dois parler d'eux et d'elles, partager ici au quotidien ce que m'inspirent leurs souffrances, leur courage souvent, leur confiance toujours.
J'hésite et je me demande si, même en prenant soin de faire en sorte qu'ils et elles ne puissent être identifiés que par eux-mêmes, je ne trahirais pas la qualité unique de notre relation.
Pas facile et, de fait, je ne l'ai fait jusqu'ici qu'une seule fois - en rendant mon client totalement méconnaissable.
A ce propos, l'écrivain-thérapeute existentialiste américain Irvin Yalom ecrit dans The Gift of Therapy - an Open Letter to a New Generation of Therapists and Their Patients - (Le Cadeau de la Thérapie - une Lettre Ouverte à une Nouvelle Génération de Thérapeutes et leurs Patients):
Depuis l'instant où j'ai écrit sur des histoires de patients dans un livre (Le Bourreau de l'Amour) il y a de nombreuses années, je me suis imaginé que les nouveaux patients qui me consulteraient pourraient s'inquiéter que j'écrive sur eux. J'ai donc rassuré mes patients sur la confidentialité, les assurant que je n'ai jamais écrit sur des patients sans auparavabt obtenir la permission ni sans profondément déguiser leur identité. Mais avec le temps j'ai observé que les soucis des patients étaient bien différents - en général ils s'inquiètaient moins qu'on puisse écrire sur eux que du fait qu'ils puissent ne pas être assez interessant pour être séléctionnés.
Traduction Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

vendredi 10 avril 2009

Entendre ce que les patients ne disent pas

Même quand je les encourage, beaucoup de mes clients ont du mal à exprimer ce qui n'a pas fonctionné ou ne leur a pas parlé dans ce que nous avons fait.
Le savoir me permettrait pourtant de mieux adapter ce que je dis et fait à ce qui marche pour eux.

Une large partie de mon travail de thérapeute est de créer suffisamment d'espace pour qu'ils soient à l'aise pour exprimer leur malaise et difficultés.
On sait que la qualité de la relation thérapeutique est le meilleur prédicteur d'amélioration (40% contre 30% pour le type d'approche).
Une étude de Barret-Lennard indique cependant que ce qui fait la différence c'est l'estimation que fait le client de la qualité de cette relation.
Là encore How to fail as a therapist, 50 ways to lose or damage your patients - Comment échouer en thérapie, 50 manières de perdre vos patients ou de leur faire du mal de Bernard Schwartz et John Flowers a des choses à nous dire.
(Ce petit ouvrage est une mine d'or pour les thérapeutes de toutes les orientations théoriques. Si un éditeur lit ce blog, une traduction serait un beau cadeau à faire à toutes les personnes en demande d'aide et d'écoute.)
Erreur N°24 Comment ruiner la relation Thérapeute-client - ignorer le feedback verbal et non-vebral du client.
Garder à l'esprit les indicateurs 'd'alliance' subtils:
  1. Le client engage-t-il moins de contact oculaire que précédemment?
  2. Le client partage-t-il moins d'information personnelle et parle-t-il plus de choses tangentielles?
  3. Les salutations en début et fin de consultation sont-elles moins cordiales qu'avant?
Ces signes que soulignet Schwartz et Flowers sont évidemment des indicateurs importants, plus important encore est la capacité à accueillir les critiques et être disposé à adapter sa pratique et son discours au service de ce qui marche pour le client.
En d'autres termes, être présent, accepter et avancer en direction de ce qui est important sont trois clés essentielles pour augmenter son efficacité de thérapeute.

Cela nous ramène aux trois fondements de la Thérapie d'Acceptation et d'Engagement - ACT.
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

jeudi 9 avril 2009

Etats d'âme et souffrance

Dans la perspective de la préparation du XIVéme congrès de l'Afforthecc, j'ai réalisé une série d'interviews des intervenants. L'échange qui suit avec Christophe André entre en résonnance particulière avec ce blog.

Dans votre dernier livre, Les Etats d’Ame, vous adoptez un ton très personnel et touchant et prônez l’introspection de nos états d’âme subtils. Qu’est-ce qui, personnellement, vous a amené à vous intéresser aux états d’âmes?
Cette idée d’aborder notre vie intérieure par le biais des états d'âme me trottait dans la tête depuis un moment. Nos contenus mentaux sont le plus souvent un mélange de pensées vagabondes et d’états émotionnels discrets, indissociables l’un de l’autre. Il me manquait un mot pour en parler avec mes patients, et un concept pour les concevoir comme un tout homogène, et non une simple addition pensée + émotion.
Les états d'âme sont d’ailleurs souvent complexes et subtils. Dans la nostalgie, par exemple, il y a une tonalité agréable (le souvenir de moments heureux) et une autre plus douloureuse (la conscience que ces bonheurs appartiennent au passé).
Autres exemples d’états d'âme : le spleen, l’agacement, la rancune, l’intranquillité… Mais aussi : la bonne humeur, la confiance, la sérénité, la satisfaction, le soulagement…
Leur rémanence (persistance d’un phénomène après la disparition de ce qui l’a causé), leur rôle dans les phénomènes de rumination, tout cela me semblait rendre utile leur usage dans les discussions avec mes patients, comme porte d’entrée vers le travail sur les cognitions ou les émotions. Quant au ton personnel, il correspond à deux constatations : d’abord, le fait qu’en devenant un 'vieil auteur' j’arrive à de plus en plus à écrire comme je pense et comme je parle à mes patients, je 'filtre' moins. Ensuite, grâce aux discussions avec mes lecteurs, j’ai compris que ceux-ci sont aidés par tout ce qui est clinique, intime, humain, venant de récits de patients ou d’états d'âme du thérapeute. Je tenais également dans ce livre à ne pas apparaître comme 'celui qui sait et qui va vous expliquer comment aller bien', mais comme une personne elle-même imparfaite et intranquille, qui utilise elle aussi ces outils, qui fait elle aussi ces efforts pour aller mieux. Pas un maître, surtout pas, mais quelqu’un qui a – parfois – quelques pas d’avance sur le lecteur, parce qu’il pratique ces efforts depuis quelque temps…
Je suis particulièrement sensible au fait que vous fassiez une telle place – toute la deuxième partie de votre livre – à la reconnaissance de la souffrance - différente de la douleur.

Oui, ce livre, comme toujours quand j’écris, a été pour moi l’occasion de mettre à plat des intuitions que j’avais, comme tout thérapeute : la douleur est le phénomène physiologique, et la souffrance son écho subjectif. Notre principale marge de manœuvre se situe autour de la souffrance : comment limiter, diminuer, ce que j’appelle la 'part évitable de la souffrance' ? Car la souffrance devient souvent, peu à peu, une rumination de la douleur, un inlassable retour vers elle. Ainsi, la deuxième partie du livre (qui en compte quatre) est entièrement consacrée à ce travail sur les souffrances psychologiques (inquiétudes, tristesses, ressentiments, et désespoirs).
Propos receuillis par Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

lundi 6 avril 2009

En dire trop ou pas assez?

Je suis un traitement médicamenteux assez lourd et qui m'épuise.
J'ai une expérience directe et personnelle de la souffrance qui, à l'écoute de mes clients, parfois me revient à l'esprit.
Ces choses affectent la façon dont je reçois ce que mes clients partagent avec moi.
Dois-je partager mon expérience passée et ma faiblesse présente ou les garder pour moi?
Puis-je aider mes clients ou au contraire gêner leurs progrès en leur parlant de moi?
La question n'est pas simple.
Dans How to fail as a therapist, 50 ways to lose or damage your patients - Comment échouer en thérapie, 50 manières de perdre vos patients ou de leur faire du mal - Bernard Schwartz et John Flowers l'abordent directement.
Erreur N°29 Comment poser des limites thérapeute-client inappropriées.
La psychanalyse rejette toute révélation sur soi de la part du thérapeute qui doit rester un écran blanc pour les projections du client. D'autres craignent que la révélation de leurs faiblesses et vulnérabilités n'affectent négativement la confiance du client : 'Si même le psy a du mal avec ça...'
En 2001 Barret et Berman ont publié une étude qui a fait date. Ils ont entrainé deux groupes de thérapeutes - un à faire des révélations personnelles congruentes avec ce que révélaient les clients, l'autre à ne rien révéler de personnel. Résultat : les clients avec qui les thérapeutes avaient partagé leurs expériences
propres souffraient moins de leur symptômes et appréciaient plus leurs thérapeutes.
Quand les thérapeutes font des révélations sur eux-mêmes, ils sont perçus comme étant plus amicaux, ouvert, chaleureux et aidant.
Mais attention! Cela n'est vrai que quand ses révélations sont limitées en nombre - et en longueur. Au cours de chaque consulation, les client faisaient envrion 60 révélations personnelles contre un peu plus de 6 pour les thérapeutes. Ces révélations étaient judicieusement choisies et significativement plus courtes que celles des clients.
Pour éviter l'erreur Schwartz et Flowers conseillent de:
  1. Garder les révélations du thérapeute brêves et en rapport avec ce que dit le client
  2. Faire des révélations dont l'intensité et le niveau d'intimité corresponde avec l'intensité et le niveau d'intimité exprimée par le client.
Je n'hésite donc pas à révéler ma faiblesse du moment, si je sens qu'elle impacte sur le travail en cours - par exemple ma capacité d'écoute - ou si elle peut faire voir à mon client que j'ai une expérience personnelle de ce qu'ils vivent. Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

vendredi 3 avril 2009

Choisir dans les difficultés interpersonnelles

John Gottman est un expert en relations humaines.
Depuis près de 30 ans il étudie nos interactions de couple.
Dans son laboratoire de l'université du Washington,
Il enregistre quelques minutes de discussion ordinaire,
Et peut prédire avec une fiabilité de 94% si le couple restera ensemble.
Simplement en observant leur comportement de discussion.
Il en a tiré sept principes pour qu'une relation intime fonctionne bien qui sont exposés dans son célèbre ouvrage Les couples heureux ont leur secrets.
Dans The relationship cure (Soigner ses relations, 2001, p.83) il expose les trois choix auxquels nous confrontent les situations de conflit interpersonnel:
_______
"Attaquer et défendre
. Ce qui arrive quand vous décidez de faire porter la responsabilité des difficultés aux défauts ou insuffisances de l'autre. Vous vous en prenez alors à l'autre personne, ce qui a pour résultat de la faire s'éloigner de vous. Et quand c'est vous qui êtes attaqué, vous devenez défensif - ce qui vous éloigne tout autant de l'autre.
Eviter ou nier. Cela arrive quand vous essayez de minimiser ou d'ignorer vos émotions négatives à propos du problème. Vous vous dites alors C'est idiot de ressentir ça ou encore Il suffit que je n'y pense pas et ça passera. Les problèmes demeurent cependant et il devient de plus en plus difficile de vous en tenir à cette position.
Vous révéler et connecter. Vous pouvez parler de ce que vous ressentez du fait du problème et travailler en direction d'une bonne compréhension mutuelle. Ainsi, même si vous ne trouvez pas le compromis ou la solution parfaits, vous avez au moins établi une connection émotionnelle.
Quand vous serez fatigués d'attaquer et défendre et aurez vu qu'éviter ou nier ne marche pas, il ne vous reste qu'une option viable : vous révéler et connecter. Facile à dire mais souvent difficile à faire. Mes recherches et mon expérience me disent qu'il y a un bon endroit où commencer: vous concentrer sur votre ressenti de l'instant. Et gardez à l'esprit que vous pouvez parler de ce que vous ressentez sans agir sous l'impulsion de vos émotions."
_______
Dans nos relations avec les autres comme dans nos relations avec la souffrance,
L'instant présent,
L'acceptation
L'action engagée.
Traduction et adaptation Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

mercredi 1 avril 2009

Le Phare dans la Tempête

Une patiente en très grande souffrance m'a dit aujourd'hui :
'Je me suis reconnue dans l'image du phare.
J'y ai repensé et j'ai vu que mes valeurs sont mon phare.
Il me guide.
Il m'a déjà guidé à d'autres moments difficiles de ma vie.'

Nos valeurs comme un phare,
Le phare - toujours là.
Si nous n'acceptons de rester présent dans la tempête de nos pensées, émotions et souffrances,
Que parce qu'il faut le faire,
Regardons-nous en direction de notre phare?
Et accepter de rester présent au coeur de la tempête,
Le regard tourné vers le phare,
Ça ferait quoi ?
Pour ma cliente, aujourd'hui, ça a fait une différence,
Une différence importante.
Le phare nous guide dans les tempêtes et à travers la nuit.
Benjamin Schoendorff

vendredi 27 mars 2009

de la Créativité en Formation

Moment fort hier soir.
Nous terminions un cycle quinzomadaire de formation ACT entamé en Octobre.
En tant que formateur, j'ai beaucoup appris - comment être plus à l'écoute et mieux connecté avec ce que vivent les participants.
Grande joie ressentie a entendre comment des outils transmis avaient été utilisés de façon créative.
Très touchant a été le moment où une étudiante a dit que cette formation lui avait permis d'identifier qu'elle voulait vraiment faire de la psychothérapie son métier.
Et voir les participants avancer et les processus de l'ACT connecter avec leur expérience - personnelle et clinique.
A tous et toutes merci de votre patience, de votre attention et de votre bienveillance.
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

jeudi 26 mars 2009

Pardonner - Métaphore de l'Hameçon

La souffrance nous transperce,
Comme l'acier d'un hameçon.
Plus nous tirons pour en sortir, plus nous nous déchirons.
Parfois notre souffrance nait des actions ou des paroles des autres.
Notre ressentiment les transperce du même hameçon.
D'abord nous, ensuite eux.
Tant que nous les gardons accrochés à l'hameçon de notre rancune,
Nous restons nous aussi transpercés du même acier.
Et si pardonner c'était décrocher de l'hameçon ceux qui nous ont blessés?
Pour, à notre tour, pouvoir nous décrocher,
Et enfin avancer.
______
Métaphore de l'hameçon adaptée de Acceptance and Commtiment Therapy - An Experiential Approach to Behavior Change. Steven C. Hayes, Kelly G. Wilson, Kirk Strohsal, 1999.
Benjamin Schoendorff