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samedi 19 décembre 2009

Acceptation, Engagement et addictions


Mon ami Mark Webster utilise la Thérapie d'Acceptation et d'Engagement en Angleterre pour accompagner des personnes luttant contre des addictions aux produits psychoactifs (opiacés, ainsi que multi-addictions opiacés-stimulants, alcool, etc.) sur le chemin d'une vie enfin en accord avec leurs valeurs.
Il vient de créer un blog que je recommande à tous mes lecteurs anglophones: http://actinaddiction.wordpress.com/
Ce travail sur les addictions me parle singulièrement car il se connecte avec mon expérience personnelle d'avoir, avant même de connaitre l'ACT, fait un choix basé sur mes valeurs et qui m'a permis d'en finir avec les opiacés.
De fait, si l'on prend comme seul objectif l'arrêt de la consommation, on se condamne presque surement à l'échec.
Un des pionniers de la thérapie comportementale, Ogg Lindsey, ancien élève de B.F.Skinner a d'ailleurs édicté le principe de l'homme mort: Si une personne morte peut mieux atteindre le but que votre client, alors ce n'est pas un objectif de thérapie comportementale.
Ne plus consommer tel ou tel produit est un objectif que tout mort peut atteindre parfaitement, et ce n'est donc pas un objectif de vie.
Plus profondément, le choix de la vie, des valeurs est la plus solide motivation que l'on peut contacter afin de prendre le risque de faire face à tout ce que la vie nous envoie sans recourir à notre produit d'élection.
Car il ne faut pas se leurrer, les drogues (et l'alcool), ça marche - ça marche très bien même - pour ne pas avoir peur des autres, pour se sentir intéressant, intelligent, spirituel, inspiré, aimé, pour faire face à des situations et des personnes inquiétantes, pour s'évader... Les utilités des produits psychoactifs sont multiples et d'une efficacité considérable.
A court terme...
A long terme, les problèmes évités et masqués par le produit reviennent sans cesse plus pressants et plus nombreux...
Et les actions nous permettant d'incarner la personne que nous voudrions vraiment être rabougrissent jusqu'à parfois disparaitre totalement...
Viennent alors le dégout, la haine de soi, que seul le produit peut apaiser.
Le pari de l'ACT c'est qu'en se reconnectant avec ce qui est vraiment important dans la vie, c'est à dire nos valeurs, il devient possible d'identifier, ici et maintenant des actions qui nous permettent d'incarner ces valeurs - et que seul ce contact avec nos valeurs peut donner sa dignité à la perte et au deuil de la relation avec cet ami fidèle qui ne nous a jamais refusé un petit coup de pouce immédiat, notre drogue d'addiction.

Benjamin Schoendorff
(image Rémi Schoendorff)

mercredi 16 décembre 2009

Mes addictions


Je crois que ma plus ancienne addiction est à la solitude et à l'isolement.
Quand, adolescent, j'ai découvert les drogues opiacées, celles-ci m'ont apporté un sentiment de chaleur dans la poitrine et le ventre que je pensais analogue à ce que l'amour devait apporter.
Avec ces consommations s'est renforcée une deuxième addiction, plus délétère et plus durable encore, l'addiction à la procrastination.
Il y a 7 ans, j 'ai choisi de faire face à tout ce que la vie me présenterait sans recourir aux drogues. J'ai vite découvert qu'en matière de relation à l'autre je ne savais pas faire grand chose.
Alors j'ai choisi d'apprendre.
Puis je me suis engagé en psychologie. Je m'y suis engagé pour une seule raison, me rendre utile, c'est à dire apprendre à aimer.
En découvrant la psychologie fonctionnelle j'en suis venu à m'intéresser non pas à la 'réalité' des problèmes, pensées, émotions, obstacles, etc, mais bien plus à leur fonction, c'est à dire leur effets, leurs conséquences.
Et c'est ainsi que j'ai pu voir la fonction de mes comportements addictifs: éviter d'entrer de plein pied dans la vie, c'est à dire dans l'amour.
Et, pour moi, dans ma vie, la forme chimiquement pure de cet évitement, c'était la procrastination, qui me gardait comme à l'orée de ma vie, sur le pas de porte d'une vie dans laquelle il sera toujours temps de s'engager, mais, comme l'implorait Saint Augustin, 's'il te plait, mon Dieu, pas tout de suite'!
Aujourd'hui je célèbre deux semaines d'arrêt de la procrastination.
Enfin je savoure pleinement la vie, l'action, l'amour, le courage - et surtout le repos.

Benjamin Schoendorff
(image Rémi Schoendorff)

jeudi 3 décembre 2009

Parler aux jeunes des valeurs

Un message de mon cher ami Hank Robb sur la liste de discussion ACT qui résonne particulièrement avec mon expérience personnelle du moment et que je choisis de partager avec vous.

Petites pensées sur les jeunes et les valeurs.

Tu sais, si tu veux être le style de pianiste que tu veux être, alors tu pratique ce style de piano. Si tu veux être un footballer d'un style donné, alors tu pratique ce style de football. La même chose est vrai pour toi et le type de personne que tu veux être. Maybe a little thought about values and younger people. Tu pratique agir comme cette personne. Et à la fin de chaque journée tu peux te demander : Est-ce qu'aujourd'hui j'ai pratiqué le style de la personne que je veux être?' Si la réponse est 'oui', alors super! Si c'est 'non', alors demain tu peux choisir de changer, de faire quelque chose d'un peu différent. Tu peux t'entrainer à faire le genre de choses qui correspondent à la personne que tu voudrais être. Et plus tu pratiqueras, plus tu seras cette personne.

Hank Robb. (traduction et adaptation Benjamin Schoendorff
; image Rémi Schoendorff)

samedi 21 novembre 2009

Essayer

Certains d'entre nous essayent de changer depuis de nombreuses années.
Voici quelques lignes que John Forsyth, professeur de psychologie à l'université d'Albany, New York et thérapeute et auteur de Thérapie d'Acceptation et d'Engagement (ACT) a écrit ce soir sur la liste de discussion Act for the Public.

Le mot 'essayer'. Essayer...
Je me demande si essayer vous aide où si ça contribue à ce que vous vous sentiez coincé.
Par exemple, si vous posez un stylo par terre et 'essayez' de le ramasser, que se passe-t-il? Montrez moi à quoi cela ressemblerait d'essayer de ramasser le stylo. Si vous le ramassez, ça n'est pas essayer de le ramasser, c'est le faire.
Essayer a tendance à nous garder les mains suspendues juste au dessus de la vie, pas tout à fait au contact des choses.
Alors peut-être qu'essayer est une de ces choses auxquelles vous pouvez cesser de vous agripper.

John Forsyth
(image Rémi Schoendorff)

vendredi 1 mai 2009

En dire trop ou pas assez?

En dire trop ou pas assez?
Je me suis posée 10 000 fois cette question. L'histoire de mes patients fait parfois écho à la mienne. Ceux-ci me disent se sentir anormaux, différents, donc exclus... Mon envie était de leur dire: " je suis passée par là et j'en passe encore parfois par là, c'est humain".
Ma formation à l'université m'a interdit de dévoiler quoi que ce soit de moi... Lorsque j'étais psycho-dynamicienne je m'inhibais et n'éprouvais aucune satisfaction professionnelle... sauf quand je n'écoutais plus la voix des maîtres et me lâchais - mais là c'était la culpabilité qui me harcelait!
Bref, j'ai décidé d'en sortir. La Thérapie Comportementale et Cognitive m'a permis de m'autoriser à être moi-même, ne plus me cacher. Une discussion avec Jeffrey Young, fondateur de la Thérapie des Schémas au congrès Afforthecc m'a déculpabilisée et m'a ouverte sur le droit d'exprimer ce que j'étais comme personne. Il a fait référence à une chanson de Brel "Le garçon de café" et m'a dit: Il ne doit pas "faire" le garçon de café mais "être" un garçon de café. Plus vous serez vous, plus ça fonctionnera.
Depuis ce jour, je suis Moi quand je suis thérapeute. La cerise sur le gâteau ça a été l'atelier expérientiel de ACT de Philippe Vuille et Sandra Georgescu : l'accès à une entière liberté d'être!
Souvent lorsque je parle de mon expérience ou de mon ressenti à mes patients (toujours en contexte bien sûr et je ne m'étends pas), je leur demande ce qu'ils ont ressenti quand j'ai parlé de moi: tous me disent moins de culpabilité et plus de normalité.
En fin de thérapie quand nous faisons le bilan, bon nombre de patients me disent que ce qui était marquant dans la relation c'est qu'ils avaient l'impression d'être face à un ami mais un ami qui avait les outils pour l'aider. C'est un magnifique compliment pour moi. Je ne suis pas leur amie mais je me comporte comme telle: bienveillance, chaleur... et professionnalisme.
Donc ma position est qu'il peut même être bénéfique que le thérapeute se dévoile, n'oublions pas les théories de l'apprentissage par imitation...
Stéphanie Bertholon
Dans ce texte que Stéphanie m'a envoyé par mail (et qu'elle m'a autorisé à publier), j'ai été particulièrement touché par ce qu'elle a écrit sur les moments où elle parle en 'temps réel' de la relation thérapeutique avec ses patients. Stéphanie, lui ai-je demandé, as-tu remarqué l’intensité de présence et de connexion dans ces moments-là ?
Il existe une approche théorique et pratique, la Functional Analytic Psychotherapy – FAP qui est toute entière basée sur l’idée que c’est à l’intérieur de la relation thérapeutique que nous avons le plus de chances de façonner, par le renforcement contingent, des comportements plus fonctionnels chez nos clients - et également chez nous les thérapeutes.
Dans cette approche - que certains appellent le comportementalisme basé sur le transfert! - on observe les comportements des clients (et les notres) sous l’angle de la possible reproduction d’une difficulté existant à l’extérieur du cabinet de consultation. Quand c’est le cas, se présente alors une opportunité de façonner dans l’ici et maintenant un comportement alternatif.
Bien entendu cela marche d’autant mieux que les renforçateurs sont naturels plutôt qu’arbitraires, c'est à dire que le client a des chances d'être renforcé de manière similaire dans son environnement naturel. Et un renforçateur naturel a plus de chance d’être émis depuis une position d’authenticité que de ‘technique’. Notre travail - et il est difficile - consiste alors à identifier ce qui constitue un renforçateur naturel pour nos clients – et qui va dépendre de leur histoire d’apprentissage personnelle - et à être le plus authentique possible à l'intérieur de la relation thérapeutique.
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

jeudi 23 avril 2009

Pour en finir avec l'estime de soi

Les magazines de psychologie et de nombreux ouvrages de développement personnels nous promettent que le bonheur est au bout de l'estime de soi...
Or la recherche est bien moins affirmative.
Baumeister et collègues. (2003) dans une étude qui a fait date concluent : Nous n’avons pas trouvé d’indications que renforcer l’estime de soi (par intervention thérapeutique ou en milieu scolaire) soit bénéfique. Nos résultats ne plaident pas en faveur de la promotion et de l’extension de l’estime de soi dans l’espoir que cela pourrait améliorer les résultats scolaires. Au regard de l’hétérogénéité des hauts degrés de estime de soi, complimenter sans mesure pourrait tout aussi bien promouvoir le narcissisme et ses conséquences indésirables.
Ce ne sont pas seulement les comportements prosociaux, mais aussi les comportements antisociaux qui sont plus probables chez les enfants ayant une haute estime de soi. (Salmivalli et al. 1999).
Dans un nouvel ouvrage, The Narcissism Epidemic (l'épidemie du narcissisme), Jean Twenge et W. Keith Campbell soulignent que le résultat d'avoir tout fait pour augmenter l'estime de soi de nos enfants est la création d'une génération de personnalités gonflées d'un sens disproportionné de leur valeur personnelle (la définition clinique du narcissime) mais sans véritable résilience ni capacité à réparer les choses et les relations.
Faisant le point sur les recherches actuelles, ils soulignent que l'entrainement des habiletés sociales est bien plus payant et efficace que l'inflation du sens de soi - et promeut un bonheur plus durable.
L'antidote à la bulle spéculative de l'estime de soi? Twenge recommande l'humilité, une évaluation de soi plus juste, la pleine conscience et faire passer les autres avant soi. Dans une interview à Newsweek elle déclare : De telles valeurs pourront sembler ringardes, peut-être même défaitistes pour ceux d'entre nous qui pensent qu'ils sont spéciaux, mais faite moi confiance : plus on pratique, plus cela devient facile.
Quant à Baumeister et collègues (2003), ils concluent : Nous recommandons plutôt d’utiliser les compliments visant à renforcer l’estime de soi comme des récompenses des comportements socialement désirables et les efforts personnels. A noter: cette équipe de recherche a mis l'essentiel de ses résultats en ligne. Pour une traduction de l'abstract d'une de leurs études les plus marquantes, visitez le site afforthecc.
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

vendredi 3 avril 2009

Choisir dans les difficultés interpersonnelles

John Gottman est un expert en relations humaines.
Depuis près de 30 ans il étudie nos interactions de couple.
Dans son laboratoire de l'université du Washington,
Il enregistre quelques minutes de discussion ordinaire,
Et peut prédire avec une fiabilité de 94% si le couple restera ensemble.
Simplement en observant leur comportement de discussion.
Il en a tiré sept principes pour qu'une relation intime fonctionne bien qui sont exposés dans son célèbre ouvrage Les couples heureux ont leur secrets.
Dans The relationship cure (Soigner ses relations, 2001, p.83) il expose les trois choix auxquels nous confrontent les situations de conflit interpersonnel:
_______
"Attaquer et défendre
. Ce qui arrive quand vous décidez de faire porter la responsabilité des difficultés aux défauts ou insuffisances de l'autre. Vous vous en prenez alors à l'autre personne, ce qui a pour résultat de la faire s'éloigner de vous. Et quand c'est vous qui êtes attaqué, vous devenez défensif - ce qui vous éloigne tout autant de l'autre.
Eviter ou nier. Cela arrive quand vous essayez de minimiser ou d'ignorer vos émotions négatives à propos du problème. Vous vous dites alors C'est idiot de ressentir ça ou encore Il suffit que je n'y pense pas et ça passera. Les problèmes demeurent cependant et il devient de plus en plus difficile de vous en tenir à cette position.
Vous révéler et connecter. Vous pouvez parler de ce que vous ressentez du fait du problème et travailler en direction d'une bonne compréhension mutuelle. Ainsi, même si vous ne trouvez pas le compromis ou la solution parfaits, vous avez au moins établi une connection émotionnelle.
Quand vous serez fatigués d'attaquer et défendre et aurez vu qu'éviter ou nier ne marche pas, il ne vous reste qu'une option viable : vous révéler et connecter. Facile à dire mais souvent difficile à faire. Mes recherches et mon expérience me disent qu'il y a un bon endroit où commencer: vous concentrer sur votre ressenti de l'instant. Et gardez à l'esprit que vous pouvez parler de ce que vous ressentez sans agir sous l'impulsion de vos émotions."
_______
Dans nos relations avec les autres comme dans nos relations avec la souffrance,
L'instant présent,
L'acceptation
L'action engagée.
Traduction et adaptation Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

mardi 31 mars 2009

Surfer la Vague

Je me passionne pour la troisième vague des psychothérapies comportementales et cognitives (TCC).
La première vague était comportementale - agissons sur nos comportements et la vie changera.
La seconde vague était cognitive - agissons sur nos pensées et la vie changera.
La troisième vague c'est l'acceptation ou pleine conscience - nous ne pouvons contrôler l'océan de nos pensées, émotions et souffrances intérieures,
Apprenons à en surfer les vagues,
Sans y resister ni nous laisser emporter.
Surfer la vague (et la 3ème vague!), ça marche pour moi.
Ça a changé ma vie. Et celle de mes clients.
Si ma passion m'éclaire et me guide,
Elle peut aussi m'orienter - voire m'aveugler.
Je suis sensible au plus petit indice que les nouvelles méthodes marchent.
Cela peut me faire négliger les indications très solides - ne serait-ce que parce que mieux financées et donc mieux contrôlées - que les méthodes de TCC de 1ère et 2ème vague marchent elles aussi.
Je reconnais mes oeillères. Le site de l'afforthecc dont je suis webmestre reflète mes centres d'intérêt.
D'immenses progrès restent à faire. Après 50 ans d'étude scientifique des psychothérapies, le débat reste ouvert sur les éléments de nos traitements qui marchent vraiment.
Un peu comme si la thérapeutique de l'infection bactérienne comprenait s'habiller chaudement, prendre des anitbiotiques, être entendu(e) par notre médecin, manger des bananes et prier - sans que nous puissions vraiment identifier les éléments actifs et inactifs du traitement.
Le progrès serait-il de compléxifier le traitement en rajoutant - par exemple - se laver les mains,
Ou bien d'identifier ce qui marche vraiment - et comment ?
Ce que dans notre jargon nous appellons les médiateurs thérapeutiques ?
La troisième vague des TCC permet de nous reposer la question des médiateurs thérapeutiques,
En cela elle emporte mon adhésion.
Je choisis d'avancer en direction de la nouveauté et du progrès en TCC,
Pour que les nouvelles approches soient mieux connues, reconnues, que l'espace soit créé et les moyens matériels et méthodologiques mobilisés,
Afin de pouvoir les évaluer sur un pied d'égalité avec les approches qui les ont précédées.
Ceci est un manifeste pour une science progressiste et progressive de la prise en charge de la souffrance humaine.
Benjamin Schoendorff

lundi 16 mars 2009

à propos de Comportement, de Biologie et de Causes

Qu’est-ce qui cause les maladies et la souffrance mentale ?
L’environnement, l’histoire, la biologie ou la génétique ?
Le débat n’est pas prêt d’être clos. La manière dont nous abordons la question est elle-même importante. Nous publions ci-dessous un court article de Kelly Wilson extrait de sa page Facebook qui présente de manière claire et succincte le point de vue du comportementalisme profond. Notre espoir est qu’à la lecture de cet blog vous contribuerez d'autres points de vue venant peut-être d’autres perspectives ou traditions - ou même de vos propres observations – afin de faire de ce blog un lieu d’échange et de confrontation vivant.
Benjamin Schoendorff

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L’analyse du comportement est basée sur l’idée que le comportement est le produit du contexte historique immédiat. Cette position n’ignore pas les anomalies biologiques ou génétiques en tant que causes. Mais simplement elle ce concentre sur l’analyse des causes contextuelles. Vraisemblablement, même quand les causes biologiques sont tout à fait claires, comme dans la trisomie, les causes contextuelles sont importantes pour faciliter l’apprentissage et une vie valable. En fait, l’histoire des interventions psychologiques est encombrée d’exemples où les difficultés biologiques, y compris la trisomie, étaient considérées comme imposant de plus grandes limites sur la vie et l’apprentissage que n’était réellement le cas. En vérité, la seule façon que nous avons de connaître les limites imposées par la biologie est d’explorer l’impact du contexte. Quand nous étudions les déterminants biologiques potentiels de difficultés comme la dépression, la psychose, et l’anxiété, a priori, nous ne connaissons tout simplement pas les limites que nous imposent la biologie et la génétique. Il y a là une certaine malléabilité. Combien ? C’est un sujet d’investigation empirique. Kelly Wilson (image Rémi Schoendorff)

dimanche 15 mars 2009

Une Cosmologie Comportementaliste

Le comportementaliste profond (plus communément appellé comportementalisme radical ou skinnérien) souffre depuis longtemps d’une mécompréhension de sa philosophie sous-jacente - qui est encore trop souvent réduite à là seule observation des comportements extérieurement observables, voire même à la négation des pensées, émotions, et toutes les choses dont on ne peut faire l’expérience que 'de l’intérieur' (c’est à dire au comportementalisme méthodologique).
Rien n’est moins juste, c’est pour cela que nous publions une adaptation d'un court extrait du nouvel ouvrage De Mavis Tsai, Robert Kohlenberg et coll. A practical Guide to Functional Analytic Therapy, Awareness, Courage, Love and Behaviorism. Pour nos lecteurs anglophones, ce livre permet de comprendre et d’approfondir tout ce qui fait la relation thérapeutique... thérapeutique! Chaleureusement recommandé.
Robert Kohlenberg et Mavis Tsai sont les initiateurs de la Thérapie basée sur l'Analyse-Fonctionnelle (Functional Analytic Psychotherapy - FAP)
Benjamin Schoendorff

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Nous invitons les thérapeutes à apprendre la philosophie comportementaliste et à être capable de parler comme des comportementalistes. Certains peuvent juger cela froid et distant, mais ce n’est en rien le cas. En fait, sa philosophie centrale cultive et permet de profondes connections, l’empathie et l’amour.
Nous présentons ci-dessous une cosmologie comportementaliste: une métaphore qui élargit la manière de regarder - la vision - comportementaliste, permet de rendre compte de l’interconnexion de toute vie, et ainsi permet une meilleure conscience de l’ici et maintenant. L’attention à ce que le client expérience ici et maintenant est souvent le point focal le plus productif en thérapie. Si on l'ignore, ça peut devenir contre-productif. Afin de pouvoir au mieux s’occuper de l’expérience du client, les thérapeutes ont avant tout besoin d’être en contact avec leur propre expérience.
Une explication comportementale de qui nous sommes et comment nous pensons, comment nous ressentons et comment nous percevons est une description verbale de notre histoire, en particulier des contingences de renforcement qui ont permis l’émergence de nos répertoires comportementaux. Les contingences de renforcement rendent plus fortes - et affaiblissent - différentiellement des répertoires spécifiques de comportement opérant. En sus de cela, un autre type de contingences a également façonné des aspects importants de qui nous sommes. Ces contingences sont les contingences de survie qui ont déterminé lesquels de nos ancêtres ont survécu et lesquels sont morts. Leur matériau génétique, leur structure physique et leurs tendances comportementales, ont été façonnés par ces contingences de survie. Le comportement opérant lui-même est une tendance qui a été façonnée de cette manière. Les contingences de renforcement, depuis cette perspective, travaillent à produire du comportement opérant parce que ceux de nos ancêtres dont les modes de comportement adaptifs ont été renforcés par certaines conséquences promouvant la vie ont survécu. Par exemple, nos ancêtres ont appris comment retracer leurs pas vers le dernier point d’eau car ils ont été renforcés en y trouvant de l’eau. Ils nous ont passé la tendance d’avoir des comportements renforcés par des contingences de renforcement.
Robert Kohlenberg, Mavis Tsai, Jonathan Kanter, 2009. (Adaptation et traduction B. Schoendorff)
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Exercice Expérientiel: Les deux rivières
Fermez les yeux et laissez votre attention se porter sur votre respiration. Respirez naturellement, en observant les sensations dans votre poitrine et votre ventre autour de l’air qui entre sur l’inspiration et qui sort sur l’expiration. Si vous remarquez que votre attention se trouve emportée, c’est tout à fait normal, regardez si vous pouvez la ramener simplement à votre respiration.
Imaginez que vous vous tenez au centre d’une rivière dont le courant est composé de toutes vos expériences passées. Si vous regardez un peu en amont, vous pouvez vous voir il y a quelques heures, (vous réveillant, vous préparant, prenant votre déjeuner puis naviguant jusqu'à cette page). A présent, regardez encore plus loin en arrière dans le courant de la rivière en direction des jours, semaines et mois récemment écoulés et arrêtez-vous sur l’expérience d’une interaction particulièrement plaisante que vous avez eu avec une autre personne. Essayez de vous souvenir des détails de cette rencontre. Où vous étiez ce que vous pouviez voir autour de vous. Essayez à présent de vous souvenir de la position de corps de cette personne, de son visage et des détails de son expression faciale. Souvenez-vous des mots qui peut-être ont été échangés entre vous. Souvenez-vous de ce que vous avez ressenti alors, au contact de cette personne.
A présent imaginez que cette personne se tient dans le courant de sa propre rivière qui se tient derrière elle, et que votre interaction implique une confluence de vos deux courants. Au moment de ce contact, deux petits bras de chacune de vos rivières se sont mêlés, puis s’en sont retournés. Sentez comment ce qui s’est passé entre vous a été influencé non seulement par votre propre histoire, mais aussi par l’histoire de l’autre personne.
A présent regardez plus loin dans le courant, en amont de cette interaction. En remontant, regardez si vous pouvez vous voir jeune adulte, adolescent, enfant - bébé faisant vos premiers pas. Prenez un instant pour reconnaître les personnes les plus importantes qui ont façonné qui vous êtes. Puis posez votre attention sur une image spécifique ou simplement la notion que vous étiez un nouveau-né se tenant dans le courant de ses propres expériences passées et qui l’avaient elles aussi façonnée - même si vous n’êtes pas conscient de toutes ces expériences. Essayez de regarder plus loin en arrière et de remonter jusqu’au fœtus dans la matrice, puis remontez dans le temps jusqu’à l’instant où le spermatozoïde a rejoint l’ovule. Ce spermatozoïde et cet ovule se tenaient eux aussi dans leur propre rivière, le courant de leurs expériences passées ayant façonné le matériau gétique de chacun. Enfin, laissez-vous prendre conscience de votre interconnexion avec tous les autres et avec l’univers tout entier. Enfin, laissez-vous ressentir un sens d’interconnexion avec les autres et avec le pouls de l’univers, et ouvrez les yeux.
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L'exercice ci-dessus s'arrête au sperme et à l'ovule. Cependant, selon Skinner, la métaphore complète incluerait de remonter la chaine de l'évolution jusqu'à la soupe primordiale, puis aux évènements géophysiques qui ont conduit à la formation des acides aminés, et ainsi de suite. Depuis cette métaphore irriguée par le comportementalisme, et qui illustre nos histoires de contingences de renforcement et de survie, il y a une unité cosmique et une interconnexion entre nous tous et les origines matérielles que nous avons tous en commun. [...]
Depuis la perspective comportementaliste, un contact aussi profond avec l'instant présent est crucial, dans la mesure où il permet d'augmenter la reconnaissance et le contact avec les contingences immédiate et une capacité accrue à être plus naturellement renforçant pour vos clients et les autres personnes qui entrent en contact avec vous et le flot de vos expériences.
Robert Kohlenberg, Mavis Tsai, Jonathan Kanter, 2009 (traduction et adaptation B. Schoendorff)