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mardi 12 janvier 2010

Du personnel à l'universel

Pour nous les thérapeutes, il est encore de bon ton de nous camoufler derrière nos diplômes, notre expertise, notre savoir et notre rôle.
Cela est souvent plus confortable, et notre tête nous souffle que toute autre attitude serait inacceptable et sans doute dangereuse pour nos clients (que du coup nous préférons appeler patients dans l'illusion qu'ils viennent nous voir avec des choses en trop ou en moins que nous allons devoir leur enlever ou leur rajouter).
La Thérapie basée sur l'Analyse Fonctionnelle (Functional Analytic Therapy - FAP) de Bob Kohlenberg et Mavis Tsai part de la constatation que pour une espèce sociale comme la notre, la grande majorité de la souffrance mentale se traduit, se nourrit et bien souvent nait, de difficultés relationnelles.
Dans cette approche-soeur de la Thérapie d'Acceptation et d'Engagement (ACT) basée à la fois sur l'analyse du comportement et les théories de l'attachement (et qui peut donc se comprendre comme une intégration du comportementalisme et de la psychodynamique), le travail de thérapie devient l'entrainement d'un comportement relationnel plus fonctionnel. Pour une espèce sociale, cela veut dire l'entrainement du comportement de connexion aux autres.
Or, ce qui nous connecte aux autres ça n'est pas prétendre que nous contrôlons tout, que nous sommes parmi les passagers qui ont eu la chance d'être invité à monter à bord du bus des gens qui vont bien et n'ont aucune difficulté, ni même que nous avons été un jour des bozos mais qu'aujourd'hui, après des années d'efforts, avons enfin rejoint le bus des 'beautiful people'.
Nous connecter implique faire de l'espace pour révéler nos vulnérabilités.
Créer des relations intimes implique prendre le risque de révéler des choses pour la révélation desquelles nous avons été puni dans le passé - et le faire dans un espace où nous ne serons pas cette fois punis, mais accueillis.
En faire la démonstration publique nous expose à être en partie condamnés et rejetés (en comportementalisme on dit puni), et en partie soutenus (en comportementalisme on dit renforcé). Quand on est plus renforcé que puni, on continue, sinon on change son comportement jusqu'à ce que l'on soit plus renforcé que puni.
Les problèmes arrivent quand ce qui nous renforce c'est l'arrêt d'une punition (en comportementalisme on dit renforcement négatif). Par exemple je pourrais arrêter d'être sincère et ouvert afin de ne plus m'exposer au ridicule ou au jugement de certains. Nul doute que cela marcherait pour me protéger de certaines blessures. Mais cela m'empêcherait également de connaitre la joie profonde et importante que j'éprouve à me connecter authentiquement avec de nombreuses personnes.
C'est là que le travail des valeurs de l'ACT vient nous aider. En m'alignant avec mes valeurs, en agissant pour incarner les qualités qui me sont importantes, je suis renforcé dans le fait même de faire l'action, et plus seulement dans le résultat de cette action. Donc que les autres reconnaissent que j'ai vraiment le cœur ouvert ou non, je suis renforcé du simple fait que j'agis en harmonie avec ce que je vois dans mon cœur.
J'écris sur moi pour trois raisons: respecter la vulnérabilité de mes clients en n'étalant pas en public les combats privés de leur cœur; parler de ce dont j'ai une expérience directe plutôt que de mon interprétation de l'expérience des autres et enfin parce que, comme l'écrit Carl Rogers : 'Il me faut maintenant citer une de mes découvertes les plus enrichissantes; enrichissante, parce que, grâce à elle, je me sens plus proche d'autrui. Cela pourrait s'exprimer comme suit : ce qui est le plus personnel est ausi ce qu'il y a de plus général'. (Le développement de la personne, Interéditions 2005, p.22)
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

dimanche 10 janvier 2010

Le risque de s'ouvrir

J'ai reçu vendredi une carte de vœux d'une amie dont je n'arrive pas à déchiffrer la signature.
Dans un message très touchant elle exprime combien elle a été dérangée par mon texte sur mes addictions. Elle a su identifier d'où venait sa gêne: sa croyance que se révéler aux autres c'est se mettre en danger, se rendre vulnérable à la vindicte publique. Une autre croyance très ancrée c'est que se révéler aux autres c'est se donner en spectacle. Ainsi des collègues proches et dont je voudrais pouvoir être aimé, semblent penser - un me l'a même écrit - que je n'ai pour but que mon auto-promotion...
Bien entendu cela m'a blessé profondément et je me suis senti rejeté et, un instant, j'ai voulu recourir à ma vieille addiction d'isolation.
Je n'ai pas su comment répondre jusqu'à ce que je lise dans Le développement de la personne de Carl Rogers le passage suivant:
“...une évaluation par autrui ne saurait me servir de guide. Les jugements des autres, bien que j’aie le devoir de les écouter et d’en tenir compte pour ce qu’ils sont, ne pourront jamais me servir de guides. C’est là une leçon que j’ai eu du mal à apprendre. [...] Plus tard j’ai été un peu secoué en apprenant qu’aux yeux des autres, je suis un imposteur, quelqu’un qui exerce la médecine sans être qualifié, l’inventeur d’un d’un genre de thérapie très superficielle et dangereuse, animé par une volonté de puissance, un mystique, etc. Je me suis senti également perturbé par des éloges tout aussi exagérés. Cependant je ne me suis pas trop laissé impressionner, parce que j’en suis venu à la conclusion qu’une seule personne (du moins de mon vivant et peut-être pour toujours) peut savoir si j’agis avec honnêteté, avec application, avec franchise et justesse, ou si ce que je fais est faux, défensif et futile, et que cette personne, c’est moi-même. Je suis heureux d’entendre exprimer des témoignages sur ce que je fais : critiques amicales ou hostiles, éloges sincères ou adulateurs, font partie de ces témoignages. Toutefois, je ne puis déléguer à personne le soin de les évaluer ou d’en mesurer la signification et l’utilité.“ (InterEditions 2005, p.20)
J'ai fait le choix conscient et délibéré de la voie du cœur ouvert et donc de prendre le risque de révéler mes vulnérabilités - car mon expérience me montre qu'en les accueillant, en les nommant et en les tenant par la main avec douceur et bienveillance, j'arrive enfin à avancer en direction de mes valeurs.
Et j'accepte que la seule personne qui puisse juger du bien fondé de ma démarche, c'est, dans un sens profond, moi.
Mon expérience me montre aussi combien cela est difficile car mon vœu le plus cher est d'être aimé par tout le monde et ma croyance est qu'en ouvrant mon cœur je le serai.
Or si ouvrir publiquement mon cœur me permet de mieux me connecter à - d'aimer et d'être aimé - de nombreuses personnes et ainsi de rompre mon isolation, cela semble avoir un effet repoussant (on dit aversif en comportementalisme) sur d'autres, qui pourtant me sont importantes.
C'est peut-être une question de dosage. Mais aussi peut-être aussi fonction du fait que la révélation profonde sur soi nous fait tellement peur, à nous tous qui prétendons à toute force ne pas avoir de profond problème ni souffrance - surtout nous les soignants. Une telle révélation semble nous menacer, même quand ce n'est pas nous qui nous révélons. Même si elle ne nous menace pas directement, une telle révélation peut nous sembler tellement impensable que notre tête va nous souffler qu'il doit y avoir anguille sous roche, qu'une telle approche ne peut être sincère et que donc les motivations profondes sont à mettre en cause.
Et si, l
oin de nous protéger de quoi que ce soit, toutes ces choses que nos têtes nous soufflent et que parfois nous laissons déterminer nos comportements relationnels, nous gardaient prisonniers et avaient fonction de perpétuer l'évitement expérientiel, ce grand mensonge qui veut nous faire croire qu'il est désirable, possible voire même impératif de contrôler ou à tout le moins cacher celles de nos expériences intérieures que nos têtes jugent inacceptables ?
Steve Hayes, fondateur de l'ACT nous rappelle que la pire des positions que l'on puisse adopter en tant que thérapeute - mais aussi en tant que parent, qu'ami ou que partenaire amoureux - est celle qui dit, implicitement ou explicitement : 'Cessez de ressentir ce que vous êtes en train de ressentir afin que je puisse cesser de ressentir ce que je ressens lorsque je vous vois ressentir ce que vous ressentez'.

Benjamin Schoendorff
(image Rémi Schoendorff)

samedi 19 décembre 2009

Acceptation, Engagement et addictions


Mon ami Mark Webster utilise la Thérapie d'Acceptation et d'Engagement en Angleterre pour accompagner des personnes luttant contre des addictions aux produits psychoactifs (opiacés, ainsi que multi-addictions opiacés-stimulants, alcool, etc.) sur le chemin d'une vie enfin en accord avec leurs valeurs.
Il vient de créer un blog que je recommande à tous mes lecteurs anglophones: http://actinaddiction.wordpress.com/
Ce travail sur les addictions me parle singulièrement car il se connecte avec mon expérience personnelle d'avoir, avant même de connaitre l'ACT, fait un choix basé sur mes valeurs et qui m'a permis d'en finir avec les opiacés.
De fait, si l'on prend comme seul objectif l'arrêt de la consommation, on se condamne presque surement à l'échec.
Un des pionniers de la thérapie comportementale, Ogg Lindsey, ancien élève de B.F.Skinner a d'ailleurs édicté le principe de l'homme mort: Si une personne morte peut mieux atteindre le but que votre client, alors ce n'est pas un objectif de thérapie comportementale.
Ne plus consommer tel ou tel produit est un objectif que tout mort peut atteindre parfaitement, et ce n'est donc pas un objectif de vie.
Plus profondément, le choix de la vie, des valeurs est la plus solide motivation que l'on peut contacter afin de prendre le risque de faire face à tout ce que la vie nous envoie sans recourir à notre produit d'élection.
Car il ne faut pas se leurrer, les drogues (et l'alcool), ça marche - ça marche très bien même - pour ne pas avoir peur des autres, pour se sentir intéressant, intelligent, spirituel, inspiré, aimé, pour faire face à des situations et des personnes inquiétantes, pour s'évader... Les utilités des produits psychoactifs sont multiples et d'une efficacité considérable.
A court terme...
A long terme, les problèmes évités et masqués par le produit reviennent sans cesse plus pressants et plus nombreux...
Et les actions nous permettant d'incarner la personne que nous voudrions vraiment être rabougrissent jusqu'à parfois disparaitre totalement...
Viennent alors le dégout, la haine de soi, que seul le produit peut apaiser.
Le pari de l'ACT c'est qu'en se reconnectant avec ce qui est vraiment important dans la vie, c'est à dire nos valeurs, il devient possible d'identifier, ici et maintenant des actions qui nous permettent d'incarner ces valeurs - et que seul ce contact avec nos valeurs peut donner sa dignité à la perte et au deuil de la relation avec cet ami fidèle qui ne nous a jamais refusé un petit coup de pouce immédiat, notre drogue d'addiction.

Benjamin Schoendorff
(image Rémi Schoendorff)

mercredi 16 décembre 2009

Mes addictions


Je crois que ma plus ancienne addiction est à la solitude et à l'isolement.
Quand, adolescent, j'ai découvert les drogues opiacées, celles-ci m'ont apporté un sentiment de chaleur dans la poitrine et le ventre que je pensais analogue à ce que l'amour devait apporter.
Avec ces consommations s'est renforcée une deuxième addiction, plus délétère et plus durable encore, l'addiction à la procrastination.
Il y a 7 ans, j 'ai choisi de faire face à tout ce que la vie me présenterait sans recourir aux drogues. J'ai vite découvert qu'en matière de relation à l'autre je ne savais pas faire grand chose.
Alors j'ai choisi d'apprendre.
Puis je me suis engagé en psychologie. Je m'y suis engagé pour une seule raison, me rendre utile, c'est à dire apprendre à aimer.
En découvrant la psychologie fonctionnelle j'en suis venu à m'intéresser non pas à la 'réalité' des problèmes, pensées, émotions, obstacles, etc, mais bien plus à leur fonction, c'est à dire leur effets, leurs conséquences.
Et c'est ainsi que j'ai pu voir la fonction de mes comportements addictifs: éviter d'entrer de plein pied dans la vie, c'est à dire dans l'amour.
Et, pour moi, dans ma vie, la forme chimiquement pure de cet évitement, c'était la procrastination, qui me gardait comme à l'orée de ma vie, sur le pas de porte d'une vie dans laquelle il sera toujours temps de s'engager, mais, comme l'implorait Saint Augustin, 's'il te plait, mon Dieu, pas tout de suite'!
Aujourd'hui je célèbre deux semaines d'arrêt de la procrastination.
Enfin je savoure pleinement la vie, l'action, l'amour, le courage - et surtout le repos.

Benjamin Schoendorff
(image Rémi Schoendorff)

jeudi 3 décembre 2009

Parler aux jeunes des valeurs

Un message de mon cher ami Hank Robb sur la liste de discussion ACT qui résonne particulièrement avec mon expérience personnelle du moment et que je choisis de partager avec vous.

Petites pensées sur les jeunes et les valeurs.

Tu sais, si tu veux être le style de pianiste que tu veux être, alors tu pratique ce style de piano. Si tu veux être un footballer d'un style donné, alors tu pratique ce style de football. La même chose est vrai pour toi et le type de personne que tu veux être. Maybe a little thought about values and younger people. Tu pratique agir comme cette personne. Et à la fin de chaque journée tu peux te demander : Est-ce qu'aujourd'hui j'ai pratiqué le style de la personne que je veux être?' Si la réponse est 'oui', alors super! Si c'est 'non', alors demain tu peux choisir de changer, de faire quelque chose d'un peu différent. Tu peux t'entrainer à faire le genre de choses qui correspondent à la personne que tu voudrais être. Et plus tu pratiqueras, plus tu seras cette personne.

Hank Robb. (traduction et adaptation Benjamin Schoendorff
; image Rémi Schoendorff)

lundi 28 septembre 2009

Chercher à se faire rasssurer ?

Dans le message que j’ai posté hier, Steven Hayes proposait un exercice permettant d’avancer avec sa peur d’être jugé. Dans la discussion sur la liste ACT for the public qui avait suivi sa suggestion, la contribution de Joanne Steinwachs, autre thérapeute ACT m’a semblé intéressante car elle illustre un principe important de le Thérapie d’Acceptation et d’Engagement. Ce principe c’est que ce n’est pas la forme de ce que l’on fait - en l’occurrence les mots que l’on dit aux autres - qui importe, mais la manière dont cela fonctionne pour soi et dans sa vie, c’est à dire ce que nous appelons la fonction du comportement.
Je voudrais qualifier ce qu’a écrit Steven Hayes. Dans le dialogue que vous engagez après avoir expérimenté un nouveau comportement, préparez-vous à toute sorte de résultat et à observer sans jugement tout ce qui vous vient.
Par exemple, même si vous avez dit clairement à votre ami(e) que vous ne vouliez pas être rassuré(e), vous pourrez peut-être apercevoir que vous cherchez quand même à vous faire rassurer. Ou simplement êtes en quête d’un signe que votre ami(e) vous a compris. Mais il est tout aussi possible qu’il(elle) ne ‘comprenne’ pas – après tout, tout le monde ne parle pas de cette façon ! Alors soyez aussi prêt(e) à ça. Trop en dire aux autres peut également les pousser à chercher à vous rassurer. Préparez-vous simplement à observer avec compassion toutes ces choses vous venir à l'esprit. Souvenez-vous quand vous choisissez de vous exposer à une de vos peurs que vous avez une large palette de choix de ce que vous pouvez dire aux autres – y compris le choix d’en dire très peu ou même rien du tout.
Puis observez simplement votre esprit et ce qui vous vient. Parfois il peut même être plus utile de donner le minimum d’explication, de rester dans l’ambigüité et de faire un peu de place à la peur de ‘ce qu’ils vont penser’ – surtout si vous avez tendance à trop vous expliquer aux autres, si c’est là une de vos façons d’éviter, ou si vous cherchez activement que les autres vous rassurent. Regardez votre esprit qui cherche à se faire rassurer, observez votre envie de convaincre l’autre (que vous faites quelque chose de raisonnable, de compréhensible, d’acceptable…). Si ce que vous faites ensuite est de vous soumettre à ce que votre esprit vous impose, regardez si vous pouvez recontacter votre véritable objectif, votre valeur, être fidèle à vous même.
Ce travail commence par un choix personnel d’avancer. Il ne s’agit pas de se mettre en mode confessionnal, comme dans certains groupes de développement personnel où ‘tout’ révéler de soi permet de se sentir intégré.
Fiez-vous plutôt à votre propre expérience et à ce qui fonctionne pour vous à la lumière de votre expérience. Soyez flexibles, curieux et ouvert et continuez à observer tout ce qui se présente à vous.
Joanne Steinwachs (traduction et adaptation Benjamin Schoendorff; image Rémi Schoendorff)

dimanche 27 septembre 2009

Rester ou partir?

C’est une question qui peut devenir lancinante et sembler insoluble quand les relations intimes deviennent difficiles.
Voici comment Russ Harris, un thérapeute et formateur de Thérapie d’Acceptation et d’Engagement australien dont le livre Le piège du bonheur paraitra en français en 2010, aborde cette question avec ses clients :
Pour les clients qui se retrouvent face à ce dilemme - rester ou partir – je trouve qu’il est utile de souligner qu’il est en fait impossible de ne pas choisir. Chaque jour où vous ne partez pas, vous choisissez de rester. La question devient alors que choisissez-vous d’incarner pendant ce jour où vous restez ? Quel genre de jour vivrez-vous si vous choisissez de le vivre englué dans l’histoire ‘dois-je partir ou rester’ ? Et si, un jour, vous choisissez de partir, que voudrez-vous incarner en partant ?
Il est souvent utile, pour les clients qui sont fusionnés avec ces histoires de ‘Est-ce que je devrais/Est-ce que je ne devrais pas’, de les inviter à mettre un peu de temps de côté chaque jour pour vivre à l’intérieur de leur histoire. On peut ainsi prendre un peu de temps chaque jour pour réfléchir aux avantages et inconvénients de sa relation. Et le reste de la journée, on peut s’entrainer à pratiquer reconnaître et observer cette histoire quand elle se présente. On peut alors choisir de la laisser aller et venir plutôt que s’y laisser prendre. Quand elle apparaît et qu’elle se colle on peut alors dire : Tiens, Je viens de me laisser attraper par l’histoire ‘Partir ou rester’. Et choisir de continuer à incarner, dans le moment présent et à travers ses actions, les valeurs qui sont importantes.
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

jeudi 24 septembre 2009

Un cadeau d'anniversaire rien que pour moi

Sur le blog de Kelly Wilson:

Depuis plusieurs semaines, j’avais un secret. Mon secret c’était le cadeau d’anniversaire que je me préparais. Un cadeau pour moi-même. Rien de bien gros, rien de spectaculaire, vraiment, une chose simple. Un peu comme ces cadeaux que les enfants façonnent… fait de colle, de bâtons de sucette et de papier coloré. Pas vraiment beau, mais fait avec le cœur. Donc mon petit présent que j’ai fait rien que pour moi, c’est un peu de pratique de yoga. J’y travaille environ cinq jours par semaine depuis deux mois. Je ne suis pas bon, mais j’ai persisté et ça a suffisamment pris forme pour que je me l’offre en cadeau pour mon 55ème anniversaire.
Le yoga m’a été précieux, vraiment, et je me suis souvent surpris à sourire en m’appliquant à tel ou tel étirement. Je l’aime d’une façon différente que j’ai pu aimer tout autre forme d’exercice physique que j’ai pratiqué. C’est bon. Je passe beaucoup de temps à travailler avec des mots et avoir un endroit où lâcher prise des mots est bon. Je passe beaucoup de temps à enseigner et avoir un endroit pour lâcher prise du rôle d’enseignant est bon. Je passe beaucoup de temps à « progresser » et c’est bon d’avoir un endroit où lâcher prise des progrès. Au cours de mes 55 années, j’ai passé de longues périodes à négliger mon corps (comme si lui et moi n’étions pas dans le même bateau). Avoir un endroit pour lâcher prise de la négligence et retomber dans le soin attentif est bon.
C’est bon de prendre le temps de s’étirer et de respirer, et de prendre du temps pour pratiquer, et d’offrir ce petit cadeau à moi-même. Aujourd’hui, en ce jour particulier, je ne me sens pas le mériter, et je me le suis offert quand même parce que cette chose là, ce petit présent, n’a pas à voir avec le mérite. Et, après avoir passé l’essentiel de ma journée intranquille… je suis allé ce soir et ai respiré, et me suis étiré, et j’étais reconnaissant de mon petit cadeau… bâtons de sucette, colle, papier coloré et tout.
Kelly Wilson (traduction Benjamin Schoendorff; image Studio 4496 Deviantart.com)

jeudi 17 septembre 2009

La liberté de choisir à chaque instant

Viktor Frankl, le père de la logothérapie a écrit: “Chaque être humain a la liberté de choisir à chaque instant”.
Pour ceux d’entre nous qui sommes coincés dans la souffrance, sans aucune possibilité de choix apparente, la première pensée qui se présente à la lecture de cette citation peut-être : "facile à dire!”.
Viktor Frankl était un psychiatre viennois interné par les Nazis dans le camp d’Auschwitz. Il a partagé son expérience dans Découvrir un sens à sa vie avec la logothérapie. Dans les semaines précédant la libération du camp par les troupes soviétiques, Frankl avait créé d’un hôpital de fortune où, sans médicaments ni nourriture, il s’occupait de réconforter des prisonniers atteints du typhus. Avec un camarade, ils avaient préparé dans les moindre détail un plan d'évasion. Au jour du grand départ, Frankl fit une dernière visite à ses malades. Il allait bientôt les abandonner à une mort certaine. Mais alors qu’il se trouvait face à un compatriote mourant, il fit un choix :
“Soudain, j’ai pris mon courage à deux mains. Je suis sorti en toute hâte de la baraque et j’ai dit à celui qui m’attendait qu’il m’était impossible de l’accompagner. Sitôt que je l’ai avisé de ma décision irrévocable de rester, j’ai été soulagé. Je ne savais pas ce qu’allaient me réserver les prochains jours ; mais j’avais trouvé une sorte de paix intérieure qui m’avait été inconnue jusqu’alors. »

Au plus profond de la souffrance, Frankl a fait le choix de ne plus chercher à la fuir afin de faire ce qui était important pour lui, soigner son prochain. Et c’est ce choix qui lui a donné un sens de liberté encore jamais ressenti.
C’est le même choix auquel nous faisons tous face : chercher à échapper à notre souffrance, ou le choix de nous tourner et d’avancer vers ce qui est le plus important pour nous. Si un tel choix est possible au plus profond de la machine à tuer Nazie, il est aussi possible à tous ceux et toutes celles d’entre nous qui luttent pour échapper à leur souffrance. C’est ce choix que la thérapie d’Acceptation et d’Engagement peut nous aider à faire.
Benjamin Schoendorff (image DR)

lundi 10 août 2009

En marge de la vie

Si vous êtes resté en marge de la vie, peut-être le temps est-il venu de ne plus y rester.
Ce qui nous rend humain sont les choses qui sont importantes pour nous. En un mot, ce qui compte le plus ce sont nos valeurs.
Le problème c’est que les choses qui comptent le plus pour nous sont aussi les choses par lesquelles nous pouvons être blessés – nous avons alors tendance à nous éloigner des choses qui nous importent. Nous ne nous en ouvrons pas aux autres et dans certains cas, nous ne nous en ouvrons pas même à nous-mêmes. Au lieu d’être ce que nous sommes vraiment, nous essayons alors d’être ce que nous ne sommes pas – par peur de ne pas être acceptés, d’être pervers ou indignes de confiance.
Il y a des paradoxes inhérents à la Thérapie d’Acceptation et d’Engagement (ACT). En voici un : L’acceptation ne vise pas le changement et c’est le plus grand changement qu’il puisse y avoir. Il en est de même des valeurs. Superficiellement, il peut sembler qu’il nous faille trouver nos valeurs. Mais en fait, il s’agît plutôt de cesser d’obstruer notre propre chemin. Les valeurs nous poussent à évaluer : avoir raison ; faire le ‘bon’ choix ; faire plaisir à Maman ; ne plus se sentir mal. Rien de tout cela ne marche. Et l’ACT ne recherche rien de tout ça.
Voici quelques questions qui peuvent aider à bien saisir ce que nous visons.
  • Et si les valeurs étaient un choix ?
  • Et si les valeurs c’était un choix qui ne se jouait qu’entre vous et vous-même ?
  • Et si ce qui se jouait était une sorte de libération personnelle - la libération d’incarner ce que, au plus profond de vous-même, vous choisissez d’incarner – non pour éviter de vous sentir coupable, pour recevoir des louanges ou vous manipuler d’une manière ou d’une autre, mais simplement pour être dans le monde de la manière que vous choisissez d’être dans le monde ?
  • Et si vous ne pouviez pas vraiment faire ce choix de travers… que vous pouviez seulement le faire librement ?
Voici quelques guides qui pourraient se révéler utiles.
  • Regardez ce qui vous fait le plus souffrir. Regardez vos vulnérabilités les plus profondes. De quelles choses devriez-vous ne plus vous soucier pour que cette souffrance et cette vulnérabilité disparaissent ?
  • Pensez aux meilleurs moments de votre vie, aux moments où vous vous êtes senti(e) le(la) plus vivant(e). Plongez-vous dans ces souvenirs. Quelles sont les choses importantes qui rendent ces moments chers pour vous ?
  • Imaginez que vous soyez vraiment à votre place ici. Imaginez que vous faites une différence. Imaginez que votre être n’est en rien remis en cause. Si vous prenez votre propre sens de vitalité quand il est au plus haut, quelles choses et quelles actions vous sont chères quand vous embrassez cette vitalité ?
  • Ne regardez pas seulement en direction de l’avenir. Les valeurs nous parlent de l’avenir, mais elles se présentent aussi ici et maintenant. Si ce n’est pas le cas, alors ce n’est pas de cela que nous parlons.
Kelly Wilson a une jolie métaphore. Vous dessinez une maison. Vous la construisez. Vous ne vous poseriez jamais la question : « Est-ce là ma vraie maison ? » ça n’aurait pas de sens. C’est la maison que vous avez construite. Si elle ne vous convient pas, vous la redessinez, vous la remodelez, ou vous déménagez.
De la même manière vous choisissez vos valeurs. Vous vivez à l’intérieur de la vie qu’elles structurent. Ça n’a pas de sens de demander « Est-ce là mes vraies valeurs ? » comme si votre vie était une énigme à résoudre. Ce sont les valeurs que vous avez choisies et avec ce choix, la vie peut devenir un processus. Vous êtes libre de choisir encore et encore, et encore.
Personne ne peut contester vos valeurs – c’est une des rares choses qui sont comme ça (l’acceptation en est une autre… et c’est peut être pour cela que l’ACT se centre essentiellement sur ces deux processus). Ce qui est ironique, c’est que bien que les valeurs nous permettent d’évaluer, elles ne peuvent être dérivées par l’évaluation car alors il manquerait le choix. Nous devons accepter que les autres puissent ricaner et dire que nous avons tort. Nous devons nous défaire de l’idée qu’il existe une « bonne » manière qui puisse nous épargner la terreur et l’opportunité d’être responsables de ce que nous incarnons. Il est aussi ironique que, bien que choisir nos valeurs soit parmi les choses les plus importantes que nous puissions faire dans la vie, pour faire ces choix librement, nous devons les approcher avec légèreté et compassion envers nous-mêmes.
Si vous êtes resté en marge, peut-être le moment est-il venu de vous libérer. Que voulez-vous le plus profondément incarner dans votre vie et comment cela se présente-t-il positivement ici et maintenant ?
Vous pouvez laisser votre culture, votre famille, vos héros ou votre Dieu informer votre choix mais, au final, c’est un choix à faire entre vous et la personne dans le miroir. Si vous êtes prêt(e) à ne plus rester en marge de la vie, vous ne pouvez vous tromper car c’est un processus que vous engagez.
Peut-être le temps est-il venu de ne plus rester en marge de votre vie.
Peut-être le temps est-il venu de choisir.
Steven C. Hayes
(traduction Benjamin Schoendorff, image Rémi Schoendorff)

lundi 15 juin 2009

Une sagesse durement gagnée dans le combat contre l'anxiété

Une des ironies de la vie est que les formules verbales ne sont pas du même bois que la sagesse acquise par l’expérience. C’est pour cela que les parents ne peuvent préserver leurs enfants de faire des erreurs, ou que les professeurs ne peuvent prévenir l’exploration d’idées sans issue par leurs étudiants. Mais il arrive aussi parfois que, sur l’autre versant de l’expérience, nous découvrions une profonde sagesse dans les mots. Ainsi nous voyons que c’est bien l’amour qui fait tourner le monde ou que décidémment, on devient plus puissant en lâchant prise.
Sur la liste de discussion internationale où le public débat des livres de bibliothérapie ACT, une personne qui a beaucoup lutté contre l’anxiété a posté récemment un concentré de ce que lui ont apporté l’ACT et la lecture de ces ouvrages. Je lui ai demandé la permission de reproduire son message ici quasiment verbatim.
Parfois je me suis senti bien pendant de longues périodes, pour finalement toujours voir l’anxiété revenir, et constater qu’elle ne répondait pas à mes tentatives de m’en débarrasser. La phrase la plus importante ici est mes 'tentatives de m’en débarrasser'. Je sais que bien que je continuais à mener à bien mes activités quotidiennes, je le faisais en continuant à ressentir ce que je ressentais, et en continuant à essayer de repousser ce que je ressentais. Et chaque fois que vous essayez de repousser ce que vous ressentez, c’est de l’évitement expérientiel, c’est à dire la pathologie qui est au cœur des troubles anxieux. Il est très important de reconnaître ce fonctionnement mental pour ce qu’il est. Dans ces situations, il m’a été très utile de clarifier ce que je peux et ce que je ne peux pas contrôler, et les choses que je peux choisir. Les citations suivantes que j’ai tirées de différents ouvrages sur l’ACT m’ont été très utiles :
  • Dans son essence, la pratique est toujours la même, plutôt que devenir la proie d’une réaction en chaine de haine de soi, nous apprenons graduellement à saisir la réaction émotionnelle et à lâcher les scénarios.
  • La vie est un choix. L’anxiété n’est pas un choix. Où que vous alliez, vous aurez des problèmes et ressentirez de la douleur. Donc votre choix n’est pas de ressentir de l’anxiété ou non. Votre choix est de vivre une vie qui ait du sens ou non.
  • Vous choisissez un chemin, une direction et non un résultat immédiat. Vous ne choisissez pas ce que vous allez ressentir ou ce qui va se présenter à votre esprit. Vous pouvez choisir une voie qui vous fait avancer vers ce à quoi vous donnez de la valeur, ou vous pouvez choisir l’évitement ou la fusion (1). C’est votre choix.
  • Etre d’accord, consentir est une habileté que vous pouvez apprendre. Ça demande de la pratique et de la patience. Mais vous pouvez l’apprendre.
  • Parce ce que nous ne contrôlons pas nos ressentis ou nos pensées, notre tâche n’est pas de nous en soucier. Si nous ne luttons pas avec eux, ils vont et viennent selon leur bon vouloir. En revanche, nous pouvons nous focaliser sur ce que nous pouvons contrôler. Nous pouvons choisir ce à quoi nous prêtons attention, comment nous prêtons attention. Choisir consentir ou lutter ? Choisir d'être prêt(e) à avancer avec nos pensées et nos ressentis - Oui ou Non? Sommes-nous prêt à les laisser faire ce qu’ils veulent sans essayer ni de les repousser ni de les retenir ? Oui ou Non? Sommes-nous prêt à ‘sauter’ ? Oui ou Non? Sommes-nous prêt à aimer ? Oui ou Non?Choisir ce que nous faisons.
  • Plutôt que renier la douleur, vous pouvez apprendre à la reconnaître, et la laisser être comme elle est (un ressenti désagréable temporaire), plutôt que comme votre intelligence vous dit qu’elle est (quelque chose de mauvais, d’horrible et de solide), et observer avec douceur et sans jugement cette expérience. Quand vous faites cela, il n’y a plus rien contre quoi vous battre, plus rien à éliminer. Plus rien à réparer. Plus rien à résoudre. Aucune de ces choses n'est solide. Vous n'avez aucun besoin d’être autre chose que ce dont vous êtes en train de faire l’expérience. La force de cette perespective est qu'elle élimine la souffrance de l’anxiété et de la peur.
  • Il y a une chose essentielle à comprendre. La peur vous gardera prisonnier aussi longtemps que vous refuserez d’être d’accord pour la ressentir, la toucher et la laisser faire. La vie est parfois douloureuse. Et quand nous faisons des pas en direction de choses qui sont importantes pour nous, nous prenons souvent le risque de faire l’expérience de quelque chose que nous préférerions ne pas ressentir – blessure, regret, tristesse, perte, colère, abandon, anxiété, peur, remords. Si nous fonctionnons dans la perspective que notre douleur est quelque chose que nous ne devons pas avoir, le piège est armé. Dans cet instant, la douleur se transforme et devient alors un problème à résoudre - comme tous les autres problèmes qui doivent être résolus. Pourtant, nous ne pouvons résoudre le problème de notre propre douleur. Tous ces efforts pour dominer notre anxiété peuvent nous faire perdre le sens de notre vie en un éclair.
Ces citations reprennent des écrits de plusieurs auteurs ACT (Russ Harris, Georg Eifert et John Forsyth et moi-même) ainsi que la moine bouddhiste Pema Chödron, et peut-être d’autres encore. Mais ce ne sont pas les mots que je veux reconnaître. C’est la sagesse durement gagnée au prix d’une vie vécue que je veux honorer. Je lis dans les mots qui lui ont refleté son expérience, un cœur humain qui se libère.
Steven C. Hayes,
University of Nevada (traduction et adaptation Benjamin Schoendorff, image Rémi Schoendorff)

vendredi 1 mai 2009

En dire trop ou pas assez?

En dire trop ou pas assez?
Je me suis posée 10 000 fois cette question. L'histoire de mes patients fait parfois écho à la mienne. Ceux-ci me disent se sentir anormaux, différents, donc exclus... Mon envie était de leur dire: " je suis passée par là et j'en passe encore parfois par là, c'est humain".
Ma formation à l'université m'a interdit de dévoiler quoi que ce soit de moi... Lorsque j'étais psycho-dynamicienne je m'inhibais et n'éprouvais aucune satisfaction professionnelle... sauf quand je n'écoutais plus la voix des maîtres et me lâchais - mais là c'était la culpabilité qui me harcelait!
Bref, j'ai décidé d'en sortir. La Thérapie Comportementale et Cognitive m'a permis de m'autoriser à être moi-même, ne plus me cacher. Une discussion avec Jeffrey Young, fondateur de la Thérapie des Schémas au congrès Afforthecc m'a déculpabilisée et m'a ouverte sur le droit d'exprimer ce que j'étais comme personne. Il a fait référence à une chanson de Brel "Le garçon de café" et m'a dit: Il ne doit pas "faire" le garçon de café mais "être" un garçon de café. Plus vous serez vous, plus ça fonctionnera.
Depuis ce jour, je suis Moi quand je suis thérapeute. La cerise sur le gâteau ça a été l'atelier expérientiel de ACT de Philippe Vuille et Sandra Georgescu : l'accès à une entière liberté d'être!
Souvent lorsque je parle de mon expérience ou de mon ressenti à mes patients (toujours en contexte bien sûr et je ne m'étends pas), je leur demande ce qu'ils ont ressenti quand j'ai parlé de moi: tous me disent moins de culpabilité et plus de normalité.
En fin de thérapie quand nous faisons le bilan, bon nombre de patients me disent que ce qui était marquant dans la relation c'est qu'ils avaient l'impression d'être face à un ami mais un ami qui avait les outils pour l'aider. C'est un magnifique compliment pour moi. Je ne suis pas leur amie mais je me comporte comme telle: bienveillance, chaleur... et professionnalisme.
Donc ma position est qu'il peut même être bénéfique que le thérapeute se dévoile, n'oublions pas les théories de l'apprentissage par imitation...
Stéphanie Bertholon
Dans ce texte que Stéphanie m'a envoyé par mail (et qu'elle m'a autorisé à publier), j'ai été particulièrement touché par ce qu'elle a écrit sur les moments où elle parle en 'temps réel' de la relation thérapeutique avec ses patients. Stéphanie, lui ai-je demandé, as-tu remarqué l’intensité de présence et de connexion dans ces moments-là ?
Il existe une approche théorique et pratique, la Functional Analytic Psychotherapy – FAP qui est toute entière basée sur l’idée que c’est à l’intérieur de la relation thérapeutique que nous avons le plus de chances de façonner, par le renforcement contingent, des comportements plus fonctionnels chez nos clients - et également chez nous les thérapeutes.
Dans cette approche - que certains appellent le comportementalisme basé sur le transfert! - on observe les comportements des clients (et les notres) sous l’angle de la possible reproduction d’une difficulté existant à l’extérieur du cabinet de consultation. Quand c’est le cas, se présente alors une opportunité de façonner dans l’ici et maintenant un comportement alternatif.
Bien entendu cela marche d’autant mieux que les renforçateurs sont naturels plutôt qu’arbitraires, c'est à dire que le client a des chances d'être renforcé de manière similaire dans son environnement naturel. Et un renforçateur naturel a plus de chance d’être émis depuis une position d’authenticité que de ‘technique’. Notre travail - et il est difficile - consiste alors à identifier ce qui constitue un renforçateur naturel pour nos clients – et qui va dépendre de leur histoire d’apprentissage personnelle - et à être le plus authentique possible à l'intérieur de la relation thérapeutique.
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

jeudi 23 avril 2009

Pour en finir avec l'estime de soi

Les magazines de psychologie et de nombreux ouvrages de développement personnels nous promettent que le bonheur est au bout de l'estime de soi...
Or la recherche est bien moins affirmative.
Baumeister et collègues. (2003) dans une étude qui a fait date concluent : Nous n’avons pas trouvé d’indications que renforcer l’estime de soi (par intervention thérapeutique ou en milieu scolaire) soit bénéfique. Nos résultats ne plaident pas en faveur de la promotion et de l’extension de l’estime de soi dans l’espoir que cela pourrait améliorer les résultats scolaires. Au regard de l’hétérogénéité des hauts degrés de estime de soi, complimenter sans mesure pourrait tout aussi bien promouvoir le narcissisme et ses conséquences indésirables.
Ce ne sont pas seulement les comportements prosociaux, mais aussi les comportements antisociaux qui sont plus probables chez les enfants ayant une haute estime de soi. (Salmivalli et al. 1999).
Dans un nouvel ouvrage, The Narcissism Epidemic (l'épidemie du narcissisme), Jean Twenge et W. Keith Campbell soulignent que le résultat d'avoir tout fait pour augmenter l'estime de soi de nos enfants est la création d'une génération de personnalités gonflées d'un sens disproportionné de leur valeur personnelle (la définition clinique du narcissime) mais sans véritable résilience ni capacité à réparer les choses et les relations.
Faisant le point sur les recherches actuelles, ils soulignent que l'entrainement des habiletés sociales est bien plus payant et efficace que l'inflation du sens de soi - et promeut un bonheur plus durable.
L'antidote à la bulle spéculative de l'estime de soi? Twenge recommande l'humilité, une évaluation de soi plus juste, la pleine conscience et faire passer les autres avant soi. Dans une interview à Newsweek elle déclare : De telles valeurs pourront sembler ringardes, peut-être même défaitistes pour ceux d'entre nous qui pensent qu'ils sont spéciaux, mais faite moi confiance : plus on pratique, plus cela devient facile.
Quant à Baumeister et collègues (2003), ils concluent : Nous recommandons plutôt d’utiliser les compliments visant à renforcer l’estime de soi comme des récompenses des comportements socialement désirables et les efforts personnels. A noter: cette équipe de recherche a mis l'essentiel de ses résultats en ligne. Pour une traduction de l'abstract d'une de leurs études les plus marquantes, visitez le site afforthecc.
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

mardi 14 avril 2009

Le sens de la vie

Encore une interview réalisée pour le prochain congrès afforthecc qui entre en résonance avec les thèmes de ce blog. Aujourd'hui mon ami Frédéric Fanget.
Dans ton dernier livre Où vas-tu? tu t’attaques au sens de la vie…

Pour ne rien te cacher, Benjamin, je n’ai pas osé si facilement m’attaquer à ce thème. Effectivement, j’ai eu une période de doute, considérant qu’il était extrêmement présomptueux de ma place de clinicien de terrain d’aborder un thème aussi lourd. Nous avions l’habitude de le voir traiter par des philosophes ou des théologiens (Dalaï Lama, Sœur Emmanuelle ou Luc Ferry par exemple). Au nom de quoi finalement, un psychiatre pouvait-il se prononcer sur ce thème? Puis je suis tombé sur les travaux de Victor Frankl, ce psychiatre autrichien qui a fondé la logohérapie ou thérapie par le sens de la vie. Ses travaux m’ont complètement revigoré et donné en quelque sorte l’autorisation que des psy poursuivent cette réflexion. Mais lorsque dans ta question, tu emploies l’expression m’attaquer au sens de la vie ; c’est vraiment un terme qui correspond bien car ce ne fut pas si simple. J’ai décidé d’oser le faire en me disant qu’après tout, je devais être capable de faire ce que je demande à mes patients d’effectuer.
Comme souvent dans tes ouvrages, la place de la relation à l’autre est centrale.

La question du sens de la vie, était souvent posée à soi-même. Pourquoi sommes-nous là ? Où allons-nous ? Pourquoi vivons-nous ? Nous sortons de plusieurs décennies d’une psychologie du moi assez autocentrée, comme si nous étions des êtres isolés. Ceci a été renforcé à mon sens, par certaines écoles de psychothérapie qui propose un travail autocentré et volontairement en dehors de la vie quotidienne. Si nous sommes comme je l’indique dans mon livre, l’acteur de notre propre biographie et si nous avons les cartes en main, il me semble toutefois qu’une vie déconnecté des autres, de la notion d’altérité va très vite s’avérer vide de sens. Je me suis toujours intéressé aux thérapies relationnelles, avec l’affirmation de soi en particulier considérant que la nourriture relationnelle est essentielle à notre équilibre personnel.
Tu développes des idées sur les valeurs assez proches de celles de l’ACT...
J’ai découvert l’ACT lorsque j’étais en train de terminer mon livre. Je me suis effectivement rendu compte que j’étais très proche de l’ACT sur la question des valeurs et que j’avais probablement commencé à faire de l’ACT sans le savoir. Mais comme il est toujours mieux de savoir ce que l’on fait, j’ai donc suivi les séminaires de Philippe Vuille, et de Kelly Wilson à l’Afforthecc l’an dernier, qui bien sûr, m’ont confirmé ma proximité avec l’ACT. Toutefois, mon livre n’est pas le livre d’une tendance. J’essaie d’apporter des outils très simples, issus de ma pratique qui couvrent un peu tous les domaines des TCC, qu’il s’agisse de l’approche de Beck, de l’approche de Young, mais aussi du mindfulness et de l’ACT. La question du sens de vie, à mon avis, n’appartient à aucune école
Propos receuillis par Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

vendredi 10 avril 2009

Entendre ce que les patients ne disent pas

Même quand je les encourage, beaucoup de mes clients ont du mal à exprimer ce qui n'a pas fonctionné ou ne leur a pas parlé dans ce que nous avons fait.
Le savoir me permettrait pourtant de mieux adapter ce que je dis et fait à ce qui marche pour eux.

Une large partie de mon travail de thérapeute est de créer suffisamment d'espace pour qu'ils soient à l'aise pour exprimer leur malaise et difficultés.
On sait que la qualité de la relation thérapeutique est le meilleur prédicteur d'amélioration (40% contre 30% pour le type d'approche).
Une étude de Barret-Lennard indique cependant que ce qui fait la différence c'est l'estimation que fait le client de la qualité de cette relation.
Là encore How to fail as a therapist, 50 ways to lose or damage your patients - Comment échouer en thérapie, 50 manières de perdre vos patients ou de leur faire du mal de Bernard Schwartz et John Flowers a des choses à nous dire.
(Ce petit ouvrage est une mine d'or pour les thérapeutes de toutes les orientations théoriques. Si un éditeur lit ce blog, une traduction serait un beau cadeau à faire à toutes les personnes en demande d'aide et d'écoute.)
Erreur N°24 Comment ruiner la relation Thérapeute-client - ignorer le feedback verbal et non-vebral du client.
Garder à l'esprit les indicateurs 'd'alliance' subtils:
  1. Le client engage-t-il moins de contact oculaire que précédemment?
  2. Le client partage-t-il moins d'information personnelle et parle-t-il plus de choses tangentielles?
  3. Les salutations en début et fin de consultation sont-elles moins cordiales qu'avant?
Ces signes que soulignet Schwartz et Flowers sont évidemment des indicateurs importants, plus important encore est la capacité à accueillir les critiques et être disposé à adapter sa pratique et son discours au service de ce qui marche pour le client.
En d'autres termes, être présent, accepter et avancer en direction de ce qui est important sont trois clés essentielles pour augmenter son efficacité de thérapeute.

Cela nous ramène aux trois fondements de la Thérapie d'Acceptation et d'Engagement - ACT.
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

vendredi 3 avril 2009

Choisir dans les difficultés interpersonnelles

John Gottman est un expert en relations humaines.
Depuis près de 30 ans il étudie nos interactions de couple.
Dans son laboratoire de l'université du Washington,
Il enregistre quelques minutes de discussion ordinaire,
Et peut prédire avec une fiabilité de 94% si le couple restera ensemble.
Simplement en observant leur comportement de discussion.
Il en a tiré sept principes pour qu'une relation intime fonctionne bien qui sont exposés dans son célèbre ouvrage Les couples heureux ont leur secrets.
Dans The relationship cure (Soigner ses relations, 2001, p.83) il expose les trois choix auxquels nous confrontent les situations de conflit interpersonnel:
_______
"Attaquer et défendre
. Ce qui arrive quand vous décidez de faire porter la responsabilité des difficultés aux défauts ou insuffisances de l'autre. Vous vous en prenez alors à l'autre personne, ce qui a pour résultat de la faire s'éloigner de vous. Et quand c'est vous qui êtes attaqué, vous devenez défensif - ce qui vous éloigne tout autant de l'autre.
Eviter ou nier. Cela arrive quand vous essayez de minimiser ou d'ignorer vos émotions négatives à propos du problème. Vous vous dites alors C'est idiot de ressentir ça ou encore Il suffit que je n'y pense pas et ça passera. Les problèmes demeurent cependant et il devient de plus en plus difficile de vous en tenir à cette position.
Vous révéler et connecter. Vous pouvez parler de ce que vous ressentez du fait du problème et travailler en direction d'une bonne compréhension mutuelle. Ainsi, même si vous ne trouvez pas le compromis ou la solution parfaits, vous avez au moins établi une connection émotionnelle.
Quand vous serez fatigués d'attaquer et défendre et aurez vu qu'éviter ou nier ne marche pas, il ne vous reste qu'une option viable : vous révéler et connecter. Facile à dire mais souvent difficile à faire. Mes recherches et mon expérience me disent qu'il y a un bon endroit où commencer: vous concentrer sur votre ressenti de l'instant. Et gardez à l'esprit que vous pouvez parler de ce que vous ressentez sans agir sous l'impulsion de vos émotions."
_______
Dans nos relations avec les autres comme dans nos relations avec la souffrance,
L'instant présent,
L'acceptation
L'action engagée.
Traduction et adaptation Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

mercredi 1 avril 2009

Le Phare dans la Tempête

Une patiente en très grande souffrance m'a dit aujourd'hui :
'Je me suis reconnue dans l'image du phare.
J'y ai repensé et j'ai vu que mes valeurs sont mon phare.
Il me guide.
Il m'a déjà guidé à d'autres moments difficiles de ma vie.'

Nos valeurs comme un phare,
Le phare - toujours là.
Si nous n'acceptons de rester présent dans la tempête de nos pensées, émotions et souffrances,
Que parce qu'il faut le faire,
Regardons-nous en direction de notre phare?
Et accepter de rester présent au coeur de la tempête,
Le regard tourné vers le phare,
Ça ferait quoi ?
Pour ma cliente, aujourd'hui, ça a fait une différence,
Une différence importante.
Le phare nous guide dans les tempêtes et à travers la nuit.
Benjamin Schoendorff

jeudi 19 mars 2009

Les 12 pires habitudes des Thérapeutes

Nous avons tous de mauvaises habitudes, mais quand la personne qui a de mauvaise habitudes est votre thérapeute, il existe un "vrai potentiel d’interférence avec la thérapie".
Voici, selon John M Grohol fondateur du site Américain PsychCentral les 12 pires habitudes de thérapeutes et dont les patients se plaignent le plus.
  1. Arriver en retard à ses rendez-vous
  2. Manger devant ses clients
  3. Bailler devant ses clients
  4. Révéler trop d’information personnelle
  5. Ne pas être joignable par téléphone ou par mail
  6. Se laisser distraire par le téléphone, un portable ou un ordinateur
  7. Exprimer des préférences raciales, sexuelles, musicales, de style de vie ou religieuses
  8. Avoir des animaux de compagnie en salle de consultation
  9. Serrer ses clients dans les bras et le contact physique
  10. Faire étalage inapproprié de richesse ou de style vestimentaire
  11. Regarder l’heure
  12. Prendre trop de notes (traduction et adaptation Benjamin Schoendorff)
Heureusement que tout ça n’est vrai que des thérapeute américains !...
Ami(e)s thérapeutes, quelles sont vos pires habitudes?
Ami(e)s client(e)s/patient(e)s, quelles sont les pires habitudes de vos thérapeutes ?
La mienne, c'est de m'embrouiller dans mes prises de rendez-vous... Alors je préviens dès la première consultation...