Affichage des articles dont le libellé est Pleine Conscience. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Pleine Conscience. Afficher tous les articles

lundi 31 octobre 2011

Cesser la lutte avec son corps

Je reprends ce blog avec une interview de mon ami Jean-Chrisophe Seznec qui publie aux éditions PUF le psychoguide 'J'arrête de lutter avec mon corps'.

Bonjour Jean-Christophe, peux-tu nous parler des différentes formes que prennent la lutte avec son corps?

Beaucoup de personnes luttent contre elles-mêmes en prenant le corps pour l'instrument et le terrain de cette lutte. Comme cette bataille contre soi est impossible à gagner, il ne reste que de la souffrance.
Cette lutte prend différentes formes : Tout d'abord, nous pouvons le maltraiter à travers des comportements réactionnels dont le but est souvent de faire baisser le niveau de tension intérieure à travers notre comportement alimentaire (restriction, compulsion, régime, grignotage, etc.), la trichotillomanie, l'alcool, la cigarette ou toute autre forme d'addiction mais aussi par des comportements plus quotidiens comme se ronger les ongles ou secouer la jambe. Nous pouvons aussi tenter de le transformer par la chirurgie esthétique, les tatouages ou les piercing. Enfin, nous pouvons en jouer avec parfois le risque de jouer à des jeux dangereux à travers le sport, la sexualité, le travail, etc.

Que retrouve-t-on derrière cette lutte?

Derrière cette lutte, il y a la difficulté à accepter notre humanité. En effet, être un Être humain c'est être un Être émotionnel. Cet Être émotionnel s'éveille particulièrement à l'adolescence où nous sommes confrontés à un flux énergétique (émotionnel) qui habite notre corps et qui peut nous paraitre insupportable. Ne sachant pas quoi faire de cette nouvelle expérience et sans apprentissage de la gestion émotionnelle, nous pouvons être tenter de trouver des fausses bonnes solutions pour "purger" ce flux émotionnel à travers l'alimentation, la cigarette, etc.
Nous sommes, dans notre société, extrêmement libres mais extrêmement seuls. Nous sommes de plus en plus seul à apprendre à jouer de ce corps émotionnel à l'adolescence. Aussi, j'ai voulu que ce livre soit un psychoguide à l'intention des personnes qui souffrent mais aussi un guide pour tout adolescent ou jeune adulte qui souhaiterait apprendre à vivre en pouvant mieux observer et comprendre ce qui se passe en lui.
Tout récemment, lors d'un congrès de gynécologie, je disais au public que nous pourrions presque prescrire, en prévention, ce livre à toute jeune femme confrontée à ce flux émotionnel avant que la lutte ne se cristallise autour d'un symptôme et dans une spirale de consommation de soin.

Tu présentes trois grilles théoriques pour comprendre cette lutte avec son corps, quelles sont-elles?

A travers mon livre, je propose d'observer cette lutte à travers trois modèles psychothérapeutiques. Même si ma culture, ma formation et ma sensibilité est plutôt proche des thérapies comportementales et cognitives (et donc de l'ACT), j'ai souhaité m'enrichir dans ce livre d'autres regards. Tout d'abord, le modèle psychanalytique peut nous aider à comprendre le "Pourquoi" de cette lutte en revisitant notre construction de nous au cours des différentes étapes de la maturation du ventre de notre mère à maintenant. Or la première étape qui nous a permis d'apaiser les émotions générées par notre naissance est le stade oral. Or beaucoup de comportements de lutte passent par la bouche. Le modèle des thérapies comportementales permet de construire une résolution de problème dans l'ici et le maintenant. Cette grille répond à la question du "comment" en ce centrant sur les liens entre notre machine à penser, notre corps et nos émotions afin d'en fluidifier le dialogue. Enfin le modèle bouddhiste avec sa version laïque, la mindfulness, nous permet de développer notre observation de ce qui nous entoure et de ce qui est en nous afin de développer notre acceptation de ce statut d'humain.

Tu parles de thérapie par l'Action, quel est le lien avec l'ACT?

La thérapie par l'action est en lien direct avec l'ACT. En effet, au cours des formations que j'ai suivi sur l'ACT, je me suis rendu compte que, comme M. Jourdain, je faisais de l'ACT sans le savoir ! Mais ne voulant être ni dogmatique et ni me positionner en "spécialiste" de l'ACT , je préfère parler pour l'instant de thérapie par l'action car cela représente, par ce terme, ma façon de m'approprier l'ACT. De plus, en mettant en avant le terme "action", c'est une façon de le discriminer de nos comportements de réaction.
Il s'agit d'une attitude d'engagement de soi afin de se rapprocher de ce qui est important pour nous en acceptant ce statut d'être émotionnel afin d'apprendre à surfer sur les vagues de nos pensées et de nos émotions. Il s'agit d'une approche humble et pragmatique de ce que nous sommes. En effet, si nous gardons cette image que notre intériorité est constituée de vagues de pensées et d'émotions, nous avons toujours le choix entre passer du temps à tenter d'expliquer le pourquoi des vagues, mais au risque d'oublier de vivre, rester sur la plage et de passer à coté de la vie ou, en apprenant à surfer sur celles-ci en étant suffisamment curieux afin d'expérimenter ce fameux terrain de jeu qu'est ce corps émotionnel.

Tu proposes un modèle thérapeutique intégratif original, comment vois-tu les thérapies évoluer à l'avenir?

Il est de moins en moins facile d'utiliser qu'un seul modèle thérapeutique au risque d'être dogmatique et de proposer une relation trop contraignante au client.
En effet, je pense que ce n'est pas au client de s'adapter à la psychothérapie mais à la psychothérapie de s'adapter au client. Au fond tous les modèles psychothérapiques proposent une facette du même problème.
Il est nécessaire de ne pas rester emprisonné dans la catégorisation sémantique ou observationnelle que nous propose chaque modèle thérapeutique au risque de devenir borgne et perdre du relief. C'est un peu comme lorsque je regarde mon stylo, je peux dire qu'il rentre dans la catégorie bleu selon un modèle qui catégorise les couleurs, que c'est un objet de bureautique selon mon modèle utilitaire, que c'est le résultat du labeur de nombreux ouvriers ou de dire que c'est le fruit de l'évolution des techniques selon mon modèle historique. Tout cela est vrai, apprenons à surfer d'une perspective à l'autre comme nous apprenons à nos clients à surfer d'une vague à l'autre.
Je pense qu'il est intéressant de multiplier nos regards afin d'enrichir notre boite à outil afin d'accompagner nos clients vers ce qui est important pour lui. Le tout est de ne pas s'y perdre et de rester professionnel en évaluant régulièrement ses pratiques. En outre, je pense qu'un modèle thérapeutique n'est pas une vérité mais à de sens que si il facilite une démarche.
Benjamin Schoendorff

vendredi 1 janvier 2010

La thérapie des thérapeutes


Nous commençons l'année nouvelle en accueillant sur ce blog mon amie psychiatre et thérapeute comportementale et cognitive (TCC) Frédérique Giacomoni. Elle contribue un texte intéressant sur les liens entre pleine conscience, acceptation, accueil de la souffrance et l'intérêt pour les thérapeutes TCC d'engager une démarche thérapeutique pour eux-mêmes.
Se démarquant de l'analyse freudienne, la TCC ne prescrit pas de thérapie personnelle des thérapeutes. Frédérique pense qu'une telle démarche peut nous rendre, nous thérapeutes, plus humains, plus empathiques, plus connectés et plus efficaces. Benjamin

Edel Maex a écrit dans Mindfulness : apprivoiser le stress par la pleine conscience que le seul chemin vers l'assurance et la confiance en soi est d'être présent avec une attention bienveillante et ouverte, sans rien chercher : cela familiarise à ce qui se passe en soi-même. Et d'autre part que l'on ne trouve la confiance en l'autre et en soi que dans la mesure où l'on a été contacté avec confiance et apprivoisé.
Je pense en effet que la confiance en soi ne peut se trouver que lorsque l'on adopte une véritable attitude de bienveillance et de douceur, sans aucun jugement vis-à-vis de ce qui se passe en nous. Il ne s'agit certainement pas d'une attitude naturelle mais de quelque chose qui s'acquiert avec la maturité émotionnelle. Certains êtres sont sans doute plus doués que d'autres pour y parvenir.
Je crois que le travail du psychothérapeute, quelque soit la technique qu'il ait choisi pour exercer son art, requiert une parfaite connaissance de ces mécanismes de la confiance en soi. Il se doit d'être un modèle pour son patient. ll se doit d'adopter envers lui-même et envers son patient une attitude ouverte, bienveillante, douce et sans jugement. Il se doit d'avoir une attention ouverte. C'est-à-dire qu'il ne doit pas se perdre dans ses propres réactions, ses interprétations et ses conclusions automatiques.
Quelque soit le niveau de connaissances théoriques du thérapeute, quelque soit son niveau de formation, quelque soit son expérience clinique je crois qu'il ne peut obtenir ce niveau d'ouverture à l'autre, d'attention bienveillante sans aucun jugement que s'il a lui-même expérimenté d'être accueilli par un autre.
Le thérapeute, même lorsqu'il pratique des TCC, se doit, à mon avis, d'avoir expérimenté l'accueil, la douceur et la bienveillance d'un autre pour apprendre lui aussi à ne plus se juger avec dureté, à se détacher de ses propres automatismes de pensée, à accueillir en lui toute la grande diversité des émotions qui se déroulent dans chaque séance de thérapie afin de pouvoir choisir librement ce qu'il va en faire avec chaque patient.
D'autre part, chaque thérapeute doit avoir conscience que s'occuper des autres en permanence conduit vite à l'oubli de soi, à la négligence de soi et donc au renforcement inexorable de ce qui pose problème en soi. La reconnaissance de la souffrance étant le point de départ de toute relation thérapeutique, il est indispensable que chaque thérapeute prenne en charge sa propre souffrance au risque de la déverser sur autrui ou de la renforcer chez lui ou chez son patient.
Enfin, je crois que pour arriver sincèrement à éprouver de la compassion pour soi, qui est comme le souligne Edel Maex le seul véritable antidote à la violence absurde, il faut qu'un autre en ait éprouvé pour soi. Le thérapeute devenu patient peut alors ressentir tous les bienfaits de cette attitude et les transmettre à son tour à ses patients, non pas d'une manière intellectuelle, froide et distante mais d'une manière émotionnelle, immédiate et spontanée.
En conclusion, je crois que tout l'intérêt de cette troisième vague des TCC est de mettre l'accent sur les émotions et la nécessité pour le thérapeute d'être au clair avec ses propres mécanismes émotionnels. Comme l'écrit Stéphanie Hahusseau, dans Tristesse, peur, colère, quand on est psy, aller voir un psy soi-même est conseillé!
Le maitre Zen Dogen dit :
Le Zen, c'est apprendre à vous connaitre,
Apprendre à vous connaitre, c'est vous oublier,
Vous oublier, c'est vous relier à toutes choses.
Je dirais finalement :
La thérapie du thérapeute, c'est apprendre à se connaitre,
Apprendre à se connaitre, c'est être débarrassé du souci de soi,
Être débarrassé du souci de soi, c'est être relié à toutes choses et donc devenir thérapeute!
Frédérique Giacomoni (image Rémi Schoendorff)

mardi 27 octobre 2009

L'Acceptation, la solution?

En réponse à un commentaire d'Amicitia:
J'ai été touché par ce commentaire qui pose la question du lâcher prise et de la difficulté de saisir, même au travers de la pleine conscience, ce que sont l'acceptation et le lâcher prise.
La question du lâcher prise et de l'acceptation est des plus difficiles.
C'est simple mais ça n'est pas facile.
Ce n'est pas facile parce que notre intelligence s'en mêle et va chercher à utiliser le lâcher prise comme moyen de faire lâcher prise à notre souffrance. Et l'on repart alors pour un nouveau tour de manège, à chercher à contrôler notre expérience intérieure - avec les résultats prévisibles que notre expérience connait déjà.
En Thérapie d'Acceptation et d'Engagement nous invitons souvent nos patients à observer ce que leur intelligence fait de l'idée de l'acceptation. Et nous disons volontiers que si l'acceptation apparait clairement comme la solution à leur souffrance, alors ça n'est pas ça qu'est l'acceptation.
L'acceptation ne peut se comprendre comme on comprendrait une idée - elle ne peut que se 'saisir' comme on saisit comment on fait pour pédaler ou comment nager.
Accepter, lâcher-prise, c'est une action, non une pensée ou un sentiment.
Comme nager et pédaler, ça n'est pas quelque chose auquel on peut se 'convertir' un jour d'illumination, c'est un apprentissage qui passe par un entrainement progressif et délibéré.
Ce n'est ni en en parlant ni en lisant mais seulement dans l'action de faire de la place à tout ce que nous ressentons - afin de pouvoir avancer - que nous pouvons saisir si cette approche peut marcher pour nous.

Et c'est à la seule lumière de notre expérience, et non de notre intelligence, que nous pouvons en juger.

Benjamin Schoendorff
(image Rémi Schoendorff)

dimanche 18 octobre 2009

Rater le métro en pleine conscience

La pleine conscience, ça ne veut pas nécessairement dire pratiquer la méditation formelle, assis sur un coussin. Elle peut tout aussi bien se cultiver à chaque instant, dans les situations les plus quotidiennes. Jonathan Kaplan, Ph.D. a fondé le site Urban Mindfulness dans le but de présenter des exercices de pleine conscience adaptés à la vie citadine.
J’ai souvent raté le bus ou le métro, alors l’exercice qui suit m’a particulièrement parlé.

Votre métro arrive. Vous l’entendez depuis l'escalator. Vous vous mettez à courir. C'est la course dans le couloir, et dans les escaliers. Vous arrivez enfin sur le quai et le métro y est encore ! Mais voilà que l’alarme retentit, et que les portes se ferment au moment même où vous arrivez à leur hauteur! La rame s'ébranle lentement et vous, vous restez, essoufflé(e) sur le bord du quai. Et à présent que faites-vous ?
Vous voulez crier, maudire ou même cogner la rame qui démarre (ça vous fera du bien !). Et si au lieu de vous laissez emporter, vous en profitiez pour faire un petit exercice de pleine conscience ?
  1. Votre cœur bat plus vite d’avoir couru. Marchez quelques pas le long du quai en observant votre respiration. Gardez la tête droite et regardez droit devant vous.
  2. Ralentissez graduellement le rythme de vos pas et portez votre attention sur les sensations de contact de vos pieds avec le quai.
  3. Tout en ralentissant, et sans incliner la tête, laissez votre regard se poser sur le sol.
  4. Une fois arrêté, pivotez jusqu’à faire face au quai (tout en préservant votre distance de sécurité!).
  5. Très lentement faites passer votre poids d’une jambe sur l’autre et observez le changement des sensations dans chaque jambe.
  6. Ralentissez progressivement le mouvement jusqu’à vous retrouver posé debout sur vos deux jambes et observez les sensations de contact avec le sol.
  7. Observez votre respiration et les sensations de mouvement dans votre poitrine et/ou votre ventre.
  8. Apercevez-vous poindre une envie de vous pencher pour voir si le prochain métro arrive ? Observez ce que cette envie vous fait, sans vous pencher. Si vous apercevez que votre attention dérive, c’est tout à fait normal. Notez ce vers quoi elle a été aspirée et ramenez la avec douceur à votre respiration.
  9. Quand vous entendez la rame suivante approcher, observez la texture des sons qu’elle produit, sentez le mouvement de l’air qui balaye le quai. Ne tournez pas la tête, mais ramenez votre attention à votre respiration.
  10. Quand les portes s’ouvrent, entrez dans le métro et continuez votre voyage.
Adapté de Jonathan Kaplan par Benjamin Schoendorff (image Belzebuth Deviant Art)

mercredi 30 septembre 2009

Ce que la vie chuchote sous les cris de la souffrance

Quand l’acceptation n’est plus simplement tolérer nos émotions difficiles, quand elle devient intérêt véritable pour la totalité de notre expérience intérieure, et consentement profond à laisser la vie nous prodiguer tous ses enseignements, la fonction de nos émotions, de nos pensées et de nos souvenirs change alors radicalement.
Les émotions sont des échos de notre passé. Elles sont porteuses de sens, mais d’un sens qui est chuchoté, et qui est souvent recouvert par les cris de nos envies de leur résister et de nos jugements. Ce vacarme est tel qu’il nous empêche d’apprendre.
En observant nos envies et nos jugements sans nous y soumettre, nous nous donnons une chance de reconnaître qu’ils sont des productions automatiques de notre esprit sur lesquelles nous n’avons pas prise. Regardez si vous pouvez adopter une attitude d’ouverture et d’intérêt pour toutes les émotions qui se présentent - non dans l’espoir secret de les voir retomber ou se transformer, observez les plutôt comme vous observeriez des vagues qui vont et qui viennent. Où se manifestent-elles dans votre corps ? Quelles pensées, images ou jugements se présentent avec elles ? Quelles envies ou ‘besoins’ montent alors en vous ? Que voyez-vous autour de vous ? Quel impact ont-elles sur vos relations ?
Puis regardez si vous pouvez les ‘retourner’ et voir ce qui se trouve de l’autre côté. Quelles valeurs les sous-tendent ? Ce qui n’a pas d’importance pour nous ne peut nous faire souffrir. Qu’est-ce qui devrait ne plus avoir d’importance pour vous pour que telle émotion ne vous fasse plus souffrir ? Suivez la piste de votre douleur comme on retrace son chemin à l’aide de petits cailloux. Y trouvez-vous de vieux souvenirs, de vielles blessures, d’anciennes aspirations ? Il y a beaucoup à apprendre.
En choisissant d’adopter cette position, même les émotions douloureuses deviennent nos alliées – et ce serait une perte incalculable de les repousser artificiellement. Un peu comme si nous choisissions de ‘résoudre’ le problème d’être témoin de la misère et de la discrimination en nous crevant les yeux et les tympans. Ça ‘marcherait’ peut-être, mais au prix de notre capacité à nous soucier du sort de notre prochain. Le coût en serait si élevé que la ‘cure’ serait pire que la douleur que nous cherchions à éliminer.
Avec notre souffrance c’est pareil, à la différence près que nous ne savons pas de quoi elle nous parle. Cela seule la vie qui peut nous l’apprendre – et elle nous l’apprend en chuchotant plutôt qu’en criant.
Steven C. Hayes (Traduction et adaptation Benjamin Schoendorff; image Rémi Schoendorff)

vendredi 25 septembre 2009

Cultiver la tranquillité d'esprit

Sur le blog de John Forsyth:

La tranquillité d’esprit. Nous la voulons tous. Peu d’entre nous l’obtienne, et quand nous l’obtenons, elle n’est souvent que passagère. Je pense que la raison en a à voir avec la façon dont nous concevons la ‘paix de l’esprit’. Ce n’est pas quelque chose que nous pouvons avoir et tenir, mais c’est certainement quelque chose que nous pouvons apprendre à cultiver et permettre de se développer.
Comment pouvons-nous faire ça ? Voici quelques pas.
  1. Accordez-vous du temps pour simplement vous asseoir, sans distractions, sans rien à faire, sans nulle part où aller.
  2. Prenez ce temps pour vous-même et observez avec curiosité votre esprit et votre expérience, tels qu’ils sont dans l’instant. Observez votre expérience et tout ce qui se passe entre vos deux oreilles et dans votre cœur. Il n’y a rien à faire, aucun état particulier à atteindre. Pratiquez simplement être exactement là où vous êtes, exactement comme vous êtes.
  3. Observez votre envie de changer votre expérience ou d’arrêter et passer à autre chose. Ce sont les signes que votre histoire ancienne pointe le nez, avec les veilles habitudes d’essayer de changer votre esprit ou votre corps. Ces habitudes sont le carburant de la lutte. En pratiquant simplement les observer en tant que pensées, envies, et reliques du passé, « Tiens un bout de mon histoire !... Et voici une pensée de… », vous interrompez la programmation ancienne et la désamorcez.
  4. Si cela vous aide vous pouvez inspirer chaque instant de curiosité avec l’intention de simplement observer tout cela et d’être en paix. En faisant cela, vous pouvez observer puis laisser repartir avec chaque inspiration et chaque expiration.
Continuez à pratiquer aussi longtemps que vous le souhaitez avec l’intention d’être présent à votre esprit et à votre corps tels qu’ils sont, là où vous êtes, sans les combattre, sans lutter avec. Quand vous faites cela vous pratiquez la paix et la bienveillance pour vous-même. C’est une habileté qui deviendra plus automatique avec le temps et la pratique et que vous pouvez pratiquer où que vous vous trouviez.
Souvenez-vous que la tranquillité d’esprit n’est pas quelque chose que nous ayons, c’est le choix de déposer les armes et de cesser de combattre nos propres expériences. Cela peut vous aider à vous donner la présence et la clarté de considérer ce que vous aimeriez faire, ce que vous aimeriez devenir, ce que vous voudriez pouvoir incarner dans cette vie.
Pratiquez la tranquillité d’esprit et observez ce qui se passe avec le temps. Faites-le par choix.
De tout cœur,
John P. Forsyth, auteur de Mindfulness and Acceptance Workbook for Anxiety (traduction Benjamin Schoendorff; image Rémi Schoendorff)

mercredi 23 septembre 2009

La souffrance, notre alliée ?

Une des plus profondes leçons de la Thérapie d'Acceptation et d'Engagement est que, loin d'être notre ennemie, notre souffrance peut se révéler notre alliée la plus précieuse sur le chemin de la vie.
Elle peut nous aider à reconnaitre nos valeurs et les directions dans lesquelles nous voulons avancer.
Si l'on nous enlève quelque chose qui ne compte pas pour nous, nous n'en souffrons pas. Si au contraire, cette chose est importante, alors la souffrance nous envahit. Seul ce qui est important peut nous faire souffrir.
Ainsi si nous souffrons de notre peur des autres, c'est un signe que la connexion aux autres est importante pour nous. S'ajoute à la souffrance que nous cause notre peur, la souffrance de l'absence de connexion.
Parfois la souffrance est telle que notre esprit va habilement chercher à nous convaincre que ce qui nous fait tant souffrir n'est pas vraiment important pour nous. Mais même quand nous 'achetons' cette idée qu'il nous vend, nous pouvons sentir, au plus profond de nous, que quelque chose ne va pas, et que notre vie se rétrécit.
Ainsi nous pouvons acheter la pensée qu'avoir des relations proches n'est 'pas vraiment' important pour nous. En observant, grâce à la pleine conscience, la qualité de notre expérience quand nous achetons de telles pensées, nous pouvons apercevoir la perte de vitalité que cet achat implique - et que c'est nous qui payons.
Et la souffrance ne s'en va pas, témoin fidèle de l'importance de cette absence pour nous.
Et si nous accueillions la souffrance comme une alliée qui nous montre le chemin et conserve, au plus profond de l'obscurité, la trace indélébile et lumineuse de ce qui est important pour nous?
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

mardi 22 septembre 2009

Connaitre sa souffrance

Nous sommes tous familiers avec nos 'grosses' souffrances. Quand elles se présentent, elles ne se laissent pas ignorer.
Et si nous apprenions à mieux connaitre les petites souffrances de la vie ?
Il y a beaucoup à apprendre à observer les petits inconforts physiques, les moments d'ennui, de frustration et tous nos petits soucis.
Observer quand ils arrivent; et les sensations, émotions et pensées qui arrivent avec.
Observer ce que nous faisons pour les repousser ou nous en débarrasser.
Observer notre soulagement quand elles s'éloignent - et observer que ce soulagement, lui aussi, passe.
C'est ce que Gregory Kramer nous invite à faire dans Insight Dialogue, the interpersonal path to freedom.
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

lundi 21 septembre 2009

La pleine conscience pour accepter

Cultiver sa capacité d'observation, c'est à dire ses habiletés de pleine conscience, est une des clés de l'acceptation.
Face à une expérience intérieure intensément aversive: peur, tristesse, colère, etc., notre réaction automatique va être de chercher à fuir. Plus que la chose qui nous cause cette expérience, c'est l'expérience qu'elle nous cause que nous allons à toute force tenter d'éviter - souvent au détriment des actions que nous voudrions entreprendre. Cet évitement expérientiel est à la source de la souffrance psychologique.
L'acceptation c'est le contraire de l'évitement. C'est l'accueil de la totalité de notre expérience.
Mais comment faire pour accueillir ce que esprit nous crie qu'il est inacceptable de vivre et de ressentir ?
La pleine conscience nous montre la voie. En nous entrainant à observer tous les aspects de notre expérience du moment : sensations corporelles, perceptions sensorielles du monde, et productions de notre esprit (ce que nous nous disons, ce qui nous passe par la tête : images et pensées), nous apprenons à nous rapprocher de notre univers intérieur - plutôt que de le fuir. Ainsi nous l'apprivoisons progressivement.
Dans un premier temps, il est plus aisé d'entrainer notre capacité d'observation dans des situations neutres.
Puis, graduellement, à mesure que se renforce notre capacité d'observer et d'accueillir la totalité de notre expérience du moment, nous devenons capables d'approcher certaines des
expériences intérieures que nous cherchions à éviter.
C'est comme un monstre qui, vu de loin, jetterait mille feux effrayants et pousserait des grincements terrorisant en nous menaçant de mille morts si nous approchons d'un pas de plus. L'observation de la totalité de notre expérience du moment pourra nous révéler qu'il est en fait composé milliers de boites de conserve dont l'acier reflète l'éclat du soleil et l'entrechoquement produit le vacarme qui nous terrorisait - et que c'était notre esprit qui produisait la pensée que s'en approcher nous tuerait.
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

samedi 19 septembre 2009

La pleine conscience pour choisir

Viktor Frankl encore:
"Entre le stimulus et la réponse, il y a un espace, dans cet espace se trouve notre pouvoir de choisir notre réponse, et dans notre réponse se trouve notre croissance et notre liberté".
Notre histoire d'apprentissage nous a programmé à répondre d'une certaine manière à certaines situations. Certaines de ses réponses - comme l'évitement, la fuite ou la rumination - peuvent nous empêcher de progresser, de grandir, et de choisir la vie que nous voulons vivre.
Ces réponses sont souvent automatiques. C'est comme un système d'autopilote qui, pour éviter les turbulences du moment, inverserait le cap vers lequel se dirigeait l'avion.
Les techniques de pleine conscience peuvent nous apprendre à désautomatiser l'autopilote et à reprendre le contrôle de notre trajectoire - et de notre vie.
Ces techniques nous permettent d'observer notre fonctionnement intérieur sans nous laisser emporter par les pensées et les émotions qui nous viennent dans l'instant. Elles nous permettent de cultiver et d'élargir cet espace entre stimulus et réponse programmée et d'y retrouver le choix.
Quand nous ne sommes pas conscient de la possibilité de cet espace, nous pouvons nous retrouver précipités dans l'attaque de panique, la spirale dépressive, la colère, les comportements ou consommations compulsives. Et y perdre toute possibilité de choix.
La bonne nouvelle c'est que cet espace se cultive - par la pleine conscience.
Paradoxalement, c'est en cessant la lutte contre nos réactions automatiques et en apprenant à accueillir la totalité de notre expérience intérieure du moment présent que cet espace s'ouvre graduellement à nous et que nous développons ce que Frankl appelle notre "liberté de choisir à chaque instant".
Il existe de multiples manières de cultiver la pleine conscience. Il y a les méthodes 'formelles' faites d'exercices où l'on ne fait rien d'autre que cultiver sa capacité d'observation et d'accueil de son expérience et les exercices 'informels' où l'on cultive cette capacité pendant ses activités quotidiennes (marcher, se laver, manger, etc.). Certaines de ces techniques sont exposées dans Faire face à la souffrance, choisir la vie plutôt que la lutte avec la Thérapie d'Acceptation et d'Engagement, d'autres dans Méditer pour ne plus déprimer, la pleine conscience, une méthode pour vivre mieux.
L'apprentissage de l'observation non-réactive de notre expérience peut sembler n'avoir aucun lien avec l'urgence de mettre fin à la souffrance et au cycle des comportements répétitifs qui nous piègent, c'est le contraire qui est vrai.
Et rien ne sert de chercher à vous en convaincre, seule l'expérience peut vous le montrer..

Benjamin Schoendorff
(ce billet et le précédent ont été largement inspirés et adaptés du blog Mindfulness and Pyschotherapy d'Elisha Goldstein PhD; image Rémi Schoendorff)

samedi 12 septembre 2009

Cultiver la compassion pour soi plutôt que l'estime de soi

Kristin Neff, de l'univeristé du Texas fait des recherches sur la compassion pour soi. Elle définit la compassion pour soi comme composée de trois aspects: la bienveillance envers soi-même, la reconnaissance de son humanité commune et la pleine conscience (c'est à dire l'accueil de la totalité de ses expériences intérieures sans jugement).
Ses recherches suggèrent que la compassion pour soi préserve des effets délétères de l'estime de soi.
Dans un article récent du Journal of Personality elle présente les résultats d'une étude comparative où il apparait que de hauts scores de compassion pour soi sont corrélés à un sentiment de valeur personnelle plus stable et moins dépendant du succès personnel que les scores d'estime de soi. Les personnes ayant plus de compassion pour elles-mêmes se comparaient moins aux autres, étaient moins gênées par le regard des autres, ruminaient moins sur elles-mêmes, avaient moins de colère et moins besoin d'avoir raison. Pour sa part l'estime de soi était corrélée avec de plus hauts scores de narcissisme.
En tant que prédicteur de bonheur, d'humeur positive et d'optimisme, la compassion pour soi ne différait pas de l'estime de soi. Les recherches de Kristin Neff suggèrent que cultiver la compassion pour soi, ce que font toutes les thérapies basées sur la pleine conscience, est une façon plus efficace d'atteindre les objectifs visés par la promotion de l'estime de soi tout en en évitant les écueils.
Qu'un tel sujet soit l'objet de recherches universitaires est remarquable et salutaire.
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

jeudi 10 septembre 2009

La pleine conscience contre la dépression

Ce livre de bibliothérapie de Mark Williams, John Teasdale, Zindel Segal et John Kabat-Zinn (préface de Christophe André et CD de méditations guidées par Christophe André) présente le programme de la Thérapie Cognitive Basée sur la Pleine Conscience (MBCT) qui a fait ses preuves dans la prévention de la rechute dépressive sous forme d'un programme progressif et engageant à faire chez soi d'entrainement aux techniques de la méditation de pleine conscience.
Ciblé sur la dépression, Méditer pour ne plus déprimer est bien plus large et contient des techniques et des enseignements salutaires et scientifiquement validés.
Un des moments les plus marquants du développement de la MBCT fut la réalisation par ses créateurs que pour enseigner et en transmettre les bienfaits il fallait soi-même pratiquer et s'être profondément familiariser avec les territoires nouveaux des états méditatifs. Cela implique une posture égaliatire du thérapeute avec son patient, que l'on retrouve dans d'autres TCC de troisième vague (comme l'ACT).
La MBCT, basée sur la pleine et la thérapie cognitive avance de plus l'hypothèse intrigante que "la thérapie cognitive marche, mais pas pour les raisons qu'elle croit", à savoir, c'est la distance qu'elle permet de créer d'avec les pensées dépressogènes qui serait thérapeutique, plus que leur remise en cause ou la mise en évidence des distorsions cognitives. La pleine conscience est une des méthodes les plus efficaces de créer cette distance en apprenant à observer ses pensées comme des pensées et à rester dans le moment présent sans se laisser accrocher par les jugements et les impulsions de ce que les maitres bouddhiques appellent 'notre esprit de signe'. A lire, et surtout à pratiquer, tant pour les thérapeutes que pour nos clients.

Benjamin Schoendorff
(image Odile Jacob)

jeudi 23 avril 2009

Pour en finir avec l'estime de soi

Les magazines de psychologie et de nombreux ouvrages de développement personnels nous promettent que le bonheur est au bout de l'estime de soi...
Or la recherche est bien moins affirmative.
Baumeister et collègues. (2003) dans une étude qui a fait date concluent : Nous n’avons pas trouvé d’indications que renforcer l’estime de soi (par intervention thérapeutique ou en milieu scolaire) soit bénéfique. Nos résultats ne plaident pas en faveur de la promotion et de l’extension de l’estime de soi dans l’espoir que cela pourrait améliorer les résultats scolaires. Au regard de l’hétérogénéité des hauts degrés de estime de soi, complimenter sans mesure pourrait tout aussi bien promouvoir le narcissisme et ses conséquences indésirables.
Ce ne sont pas seulement les comportements prosociaux, mais aussi les comportements antisociaux qui sont plus probables chez les enfants ayant une haute estime de soi. (Salmivalli et al. 1999).
Dans un nouvel ouvrage, The Narcissism Epidemic (l'épidemie du narcissisme), Jean Twenge et W. Keith Campbell soulignent que le résultat d'avoir tout fait pour augmenter l'estime de soi de nos enfants est la création d'une génération de personnalités gonflées d'un sens disproportionné de leur valeur personnelle (la définition clinique du narcissime) mais sans véritable résilience ni capacité à réparer les choses et les relations.
Faisant le point sur les recherches actuelles, ils soulignent que l'entrainement des habiletés sociales est bien plus payant et efficace que l'inflation du sens de soi - et promeut un bonheur plus durable.
L'antidote à la bulle spéculative de l'estime de soi? Twenge recommande l'humilité, une évaluation de soi plus juste, la pleine conscience et faire passer les autres avant soi. Dans une interview à Newsweek elle déclare : De telles valeurs pourront sembler ringardes, peut-être même défaitistes pour ceux d'entre nous qui pensent qu'ils sont spéciaux, mais faite moi confiance : plus on pratique, plus cela devient facile.
Quant à Baumeister et collègues (2003), ils concluent : Nous recommandons plutôt d’utiliser les compliments visant à renforcer l’estime de soi comme des récompenses des comportements socialement désirables et les efforts personnels. A noter: cette équipe de recherche a mis l'essentiel de ses résultats en ligne. Pour une traduction de l'abstract d'une de leurs études les plus marquantes, visitez le site afforthecc.
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

mercredi 22 avril 2009

La permission d'être humain

Dans Happier, Tal Ben-Shahar, qui fut chargé de cours de psychologie positive à l'Université d'Harvard, souligne qu’il n’y a que deux types de personnes qui n’ont pas d’émotions négatives : les psychopathes et les morts.
‘C’est donc plutôt un bon signe de faire l’expérience de telles émotions’
.
Devenir 'plus heureux' (ce que Happier veut dire) passe aussi par l'acceptation de la souffrance.
Ben Shahar nous invite à ‘nous donner la permission d’être humain’.
Accepter la souffrance ne signifie nullement se résigner et, se basant sur de nombreuses études, Ben-Shahar expose le B A BA de l'hygiène de vie : l'exercice physique régulier - ne pas en faire c'est comme prendre un 'pro-dépressant' - et la méditation de la pleine conscience - ne pas en faire quelques minutes par jour, c'est comme ne pas se laver les dents.
Benjamin Schoendorff
(image Rémi Schoendorff)

vendredi 10 avril 2009

Entendre ce que les patients ne disent pas

Même quand je les encourage, beaucoup de mes clients ont du mal à exprimer ce qui n'a pas fonctionné ou ne leur a pas parlé dans ce que nous avons fait.
Le savoir me permettrait pourtant de mieux adapter ce que je dis et fait à ce qui marche pour eux.

Une large partie de mon travail de thérapeute est de créer suffisamment d'espace pour qu'ils soient à l'aise pour exprimer leur malaise et difficultés.
On sait que la qualité de la relation thérapeutique est le meilleur prédicteur d'amélioration (40% contre 30% pour le type d'approche).
Une étude de Barret-Lennard indique cependant que ce qui fait la différence c'est l'estimation que fait le client de la qualité de cette relation.
Là encore How to fail as a therapist, 50 ways to lose or damage your patients - Comment échouer en thérapie, 50 manières de perdre vos patients ou de leur faire du mal de Bernard Schwartz et John Flowers a des choses à nous dire.
(Ce petit ouvrage est une mine d'or pour les thérapeutes de toutes les orientations théoriques. Si un éditeur lit ce blog, une traduction serait un beau cadeau à faire à toutes les personnes en demande d'aide et d'écoute.)
Erreur N°24 Comment ruiner la relation Thérapeute-client - ignorer le feedback verbal et non-vebral du client.
Garder à l'esprit les indicateurs 'd'alliance' subtils:
  1. Le client engage-t-il moins de contact oculaire que précédemment?
  2. Le client partage-t-il moins d'information personnelle et parle-t-il plus de choses tangentielles?
  3. Les salutations en début et fin de consultation sont-elles moins cordiales qu'avant?
Ces signes que soulignet Schwartz et Flowers sont évidemment des indicateurs importants, plus important encore est la capacité à accueillir les critiques et être disposé à adapter sa pratique et son discours au service de ce qui marche pour le client.
En d'autres termes, être présent, accepter et avancer en direction de ce qui est important sont trois clés essentielles pour augmenter son efficacité de thérapeute.

Cela nous ramène aux trois fondements de la Thérapie d'Acceptation et d'Engagement - ACT.
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

jeudi 9 avril 2009

Etats d'âme et souffrance

Dans la perspective de la préparation du XIVéme congrès de l'Afforthecc, j'ai réalisé une série d'interviews des intervenants. L'échange qui suit avec Christophe André entre en résonnance particulière avec ce blog.

Dans votre dernier livre, Les Etats d’Ame, vous adoptez un ton très personnel et touchant et prônez l’introspection de nos états d’âme subtils. Qu’est-ce qui, personnellement, vous a amené à vous intéresser aux états d’âmes?
Cette idée d’aborder notre vie intérieure par le biais des états d'âme me trottait dans la tête depuis un moment. Nos contenus mentaux sont le plus souvent un mélange de pensées vagabondes et d’états émotionnels discrets, indissociables l’un de l’autre. Il me manquait un mot pour en parler avec mes patients, et un concept pour les concevoir comme un tout homogène, et non une simple addition pensée + émotion.
Les états d'âme sont d’ailleurs souvent complexes et subtils. Dans la nostalgie, par exemple, il y a une tonalité agréable (le souvenir de moments heureux) et une autre plus douloureuse (la conscience que ces bonheurs appartiennent au passé).
Autres exemples d’états d'âme : le spleen, l’agacement, la rancune, l’intranquillité… Mais aussi : la bonne humeur, la confiance, la sérénité, la satisfaction, le soulagement…
Leur rémanence (persistance d’un phénomène après la disparition de ce qui l’a causé), leur rôle dans les phénomènes de rumination, tout cela me semblait rendre utile leur usage dans les discussions avec mes patients, comme porte d’entrée vers le travail sur les cognitions ou les émotions. Quant au ton personnel, il correspond à deux constatations : d’abord, le fait qu’en devenant un 'vieil auteur' j’arrive à de plus en plus à écrire comme je pense et comme je parle à mes patients, je 'filtre' moins. Ensuite, grâce aux discussions avec mes lecteurs, j’ai compris que ceux-ci sont aidés par tout ce qui est clinique, intime, humain, venant de récits de patients ou d’états d'âme du thérapeute. Je tenais également dans ce livre à ne pas apparaître comme 'celui qui sait et qui va vous expliquer comment aller bien', mais comme une personne elle-même imparfaite et intranquille, qui utilise elle aussi ces outils, qui fait elle aussi ces efforts pour aller mieux. Pas un maître, surtout pas, mais quelqu’un qui a – parfois – quelques pas d’avance sur le lecteur, parce qu’il pratique ces efforts depuis quelque temps…
Je suis particulièrement sensible au fait que vous fassiez une telle place – toute la deuxième partie de votre livre – à la reconnaissance de la souffrance - différente de la douleur.

Oui, ce livre, comme toujours quand j’écris, a été pour moi l’occasion de mettre à plat des intuitions que j’avais, comme tout thérapeute : la douleur est le phénomène physiologique, et la souffrance son écho subjectif. Notre principale marge de manœuvre se situe autour de la souffrance : comment limiter, diminuer, ce que j’appelle la 'part évitable de la souffrance' ? Car la souffrance devient souvent, peu à peu, une rumination de la douleur, un inlassable retour vers elle. Ainsi, la deuxième partie du livre (qui en compte quatre) est entièrement consacrée à ce travail sur les souffrances psychologiques (inquiétudes, tristesses, ressentiments, et désespoirs).
Propos receuillis par Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

mercredi 1 avril 2009

Le Phare dans la Tempête

Une patiente en très grande souffrance m'a dit aujourd'hui :
'Je me suis reconnue dans l'image du phare.
J'y ai repensé et j'ai vu que mes valeurs sont mon phare.
Il me guide.
Il m'a déjà guidé à d'autres moments difficiles de ma vie.'

Nos valeurs comme un phare,
Le phare - toujours là.
Si nous n'acceptons de rester présent dans la tempête de nos pensées, émotions et souffrances,
Que parce qu'il faut le faire,
Regardons-nous en direction de notre phare?
Et accepter de rester présent au coeur de la tempête,
Le regard tourné vers le phare,
Ça ferait quoi ?
Pour ma cliente, aujourd'hui, ça a fait une différence,
Une différence importante.
Le phare nous guide dans les tempêtes et à travers la nuit.
Benjamin Schoendorff

mardi 31 mars 2009

Surfer la Vague

Je me passionne pour la troisième vague des psychothérapies comportementales et cognitives (TCC).
La première vague était comportementale - agissons sur nos comportements et la vie changera.
La seconde vague était cognitive - agissons sur nos pensées et la vie changera.
La troisième vague c'est l'acceptation ou pleine conscience - nous ne pouvons contrôler l'océan de nos pensées, émotions et souffrances intérieures,
Apprenons à en surfer les vagues,
Sans y resister ni nous laisser emporter.
Surfer la vague (et la 3ème vague!), ça marche pour moi.
Ça a changé ma vie. Et celle de mes clients.
Si ma passion m'éclaire et me guide,
Elle peut aussi m'orienter - voire m'aveugler.
Je suis sensible au plus petit indice que les nouvelles méthodes marchent.
Cela peut me faire négliger les indications très solides - ne serait-ce que parce que mieux financées et donc mieux contrôlées - que les méthodes de TCC de 1ère et 2ème vague marchent elles aussi.
Je reconnais mes oeillères. Le site de l'afforthecc dont je suis webmestre reflète mes centres d'intérêt.
D'immenses progrès restent à faire. Après 50 ans d'étude scientifique des psychothérapies, le débat reste ouvert sur les éléments de nos traitements qui marchent vraiment.
Un peu comme si la thérapeutique de l'infection bactérienne comprenait s'habiller chaudement, prendre des anitbiotiques, être entendu(e) par notre médecin, manger des bananes et prier - sans que nous puissions vraiment identifier les éléments actifs et inactifs du traitement.
Le progrès serait-il de compléxifier le traitement en rajoutant - par exemple - se laver les mains,
Ou bien d'identifier ce qui marche vraiment - et comment ?
Ce que dans notre jargon nous appellons les médiateurs thérapeutiques ?
La troisième vague des TCC permet de nous reposer la question des médiateurs thérapeutiques,
En cela elle emporte mon adhésion.
Je choisis d'avancer en direction de la nouveauté et du progrès en TCC,
Pour que les nouvelles approches soient mieux connues, reconnues, que l'espace soit créé et les moyens matériels et méthodologiques mobilisés,
Afin de pouvoir les évaluer sur un pied d'égalité avec les approches qui les ont précédées.
Ceci est un manifeste pour une science progressiste et progressive de la prise en charge de la souffrance humaine.
Benjamin Schoendorff

lundi 30 mars 2009

Manger en Pleine Conscience

Je me goinfre.
Une fois le goût des aliments identifié et classifié - bon/pas bon,
Je baffre plus vite qu'un babouin affamé.
Depuis que - par intermitence - je m'entraine à la pleine conscience,
Le plus dur est encore de manger en observant - d'observer
Ce que je mange, comment je le mange, ce que ça me fait,
Le goût des aliments sur la durée.
Un des prédicteurs de la prise de poids est la restriction alimentaire.
Or voici des indications que l'Acceptation et l'Engagement peuvent aider,
A la perte de poids et à l'augmentation de l'activité physique,

Mais seulement quand on en applique les méthodes...
Demain - promis - j'arrête de me goinfrer,
Et je me mets à observer ce que je mange,
Comment je le mange,
Et ce que ça me fait,
Là - ici - dans l'instant présent.
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

samedi 21 mars 2009

La Maison d'Hôte

Etre humain comme une maison d'hôte,
Chaque matin une nouvelle arrivée.
Une joie, une dépression, une mesquinerie,
Une prise de conscience momentanée vient,
Comme un visiteur inattendu.
Accueille-les tous !
Même une foule de chagrins,
Qui balaye violemment ta maison,
Et la vide de ses meubles,
Pour autant traite chaque hôte honorablement.
Il se pourrait qu'il fasse de la place
Pour quelque nouveau délice.
La pensée sombre, la honte, la méchanceté,
Ouvre-leur la porte en riant,
Et invite-les à entrer.
Sois reconnaissant pour celui qui vient,
Parce que chacun a été envoyé
Comme un guide de l'au-delà.
Djalal al-dîn Rûmi
- Ecrivain et mystique persan - Né en 1210, décédé en 1273 (traduction et adaptation depuis l'anglais: Benjamin Schoendorff)