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dimanche 11 octobre 2009

Saisir à travers l'expérience plutôt que comprendre par l'intelligence

Au cours de la formation à la Thérapie d'Acceptation et d'Engagement (ACT) que mon amie Jana Grand et moi-même avons animé pendant ces trois derniers jours, j'ai pu observer, une fois une idée, un principe ou une technique exposée, que mon esprit se laissait souvent accrocher par le besoin d'expliquer et de débattre.
Mon intelligence me pressait d'acheter cette pensée qu'elle me vendait qu'il fallait absolument expliquer, expliquer, expliquer jusqu'à ce que les questions des participants soient épuisées.
Cependant, ce que mon expérience me montrait, c'était que chaque fois que j'achetais cette pensée et me lançais dans des explications, ou pire encore dans des débats, loin d'éclairer mon interlocuteur ou les autres participants, je m'enfonçais et me repliais.
C'est seulement en saisissant ce processus au vol que j'ai pu faire un peu de place à mon envie d'expliquer et de convaincre, sans pour autant m'en faire l'instrument - et choisir de faire saisir, par l'expérience, souvent au moyen d'un petit jeu de rôle ou au moyen d'un exercice, ce vers quoi mes mots visaient à attirer l'attention des participants à l'atelier. Et plus d'une fois, comme magiquement, le ou la participante disait alors : "Ah ça y est, je saisis de quoi il s'agit!"
Notre intelligence est souvent impuissante à saisir de nombreux processus de l'ACT. Devant son impuissance, elle va se rebeller et vouloir argumenter, débattre, voire même rejeter ce qu'elle ne peut saisir. Souvent pourtant, et d'une manière dont les mots ne peuvent rendre la profondeur, notre expérience peut aisément saisir la 'vérité' des processus de l'ACT. Cette 'vérité' ne prétend pas révéler la 'vraie' nature des chose ou du monde, mais tout simplement nous permettre de reconnaitre, à la lumière de notre expérience, une approche susceptible de mieux fonctionner pour avancer. C'est une 'vérité' pragmatique, fondée dans l'expérience.
Ne pas rester coincé sur des débats d'idées et au niveau intellectuel nous a permis d'avancer dans notre atelier, c'est l'incarnation de la 'vérité' de l'ACT.
Dans un note manuscrite sur une des fiches de feedback des participants, j'ai eu la joie de lire : J'avais lu le livre et pour confirmer l'idée que l'expérience est le meilleur moyen d'intégrer les choses, j'ai (évidemment) plus appris en expérimentant l'ACT au cours de la formation qu'en lisant le livre.
Ce n'est pas en lisant un livre que l'on peut saisir l'ACT - pas plus que ce n'est au travers d'explication magistrales ou de brillantes démonstrations intellectuelles - c'est n'est qu'en en faisant l'expérience directe en explorant dans sa propre vie les exercices que propose ce livre.
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

samedi 12 septembre 2009

Cultiver la compassion pour soi plutôt que l'estime de soi

Kristin Neff, de l'univeristé du Texas fait des recherches sur la compassion pour soi. Elle définit la compassion pour soi comme composée de trois aspects: la bienveillance envers soi-même, la reconnaissance de son humanité commune et la pleine conscience (c'est à dire l'accueil de la totalité de ses expériences intérieures sans jugement).
Ses recherches suggèrent que la compassion pour soi préserve des effets délétères de l'estime de soi.
Dans un article récent du Journal of Personality elle présente les résultats d'une étude comparative où il apparait que de hauts scores de compassion pour soi sont corrélés à un sentiment de valeur personnelle plus stable et moins dépendant du succès personnel que les scores d'estime de soi. Les personnes ayant plus de compassion pour elles-mêmes se comparaient moins aux autres, étaient moins gênées par le regard des autres, ruminaient moins sur elles-mêmes, avaient moins de colère et moins besoin d'avoir raison. Pour sa part l'estime de soi était corrélée avec de plus hauts scores de narcissisme.
En tant que prédicteur de bonheur, d'humeur positive et d'optimisme, la compassion pour soi ne différait pas de l'estime de soi. Les recherches de Kristin Neff suggèrent que cultiver la compassion pour soi, ce que font toutes les thérapies basées sur la pleine conscience, est une façon plus efficace d'atteindre les objectifs visés par la promotion de l'estime de soi tout en en évitant les écueils.
Qu'un tel sujet soit l'objet de recherches universitaires est remarquable et salutaire.
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

jeudi 10 septembre 2009

La pleine conscience contre la dépression

Ce livre de bibliothérapie de Mark Williams, John Teasdale, Zindel Segal et John Kabat-Zinn (préface de Christophe André et CD de méditations guidées par Christophe André) présente le programme de la Thérapie Cognitive Basée sur la Pleine Conscience (MBCT) qui a fait ses preuves dans la prévention de la rechute dépressive sous forme d'un programme progressif et engageant à faire chez soi d'entrainement aux techniques de la méditation de pleine conscience.
Ciblé sur la dépression, Méditer pour ne plus déprimer est bien plus large et contient des techniques et des enseignements salutaires et scientifiquement validés.
Un des moments les plus marquants du développement de la MBCT fut la réalisation par ses créateurs que pour enseigner et en transmettre les bienfaits il fallait soi-même pratiquer et s'être profondément familiariser avec les territoires nouveaux des états méditatifs. Cela implique une posture égaliatire du thérapeute avec son patient, que l'on retrouve dans d'autres TCC de troisième vague (comme l'ACT).
La MBCT, basée sur la pleine et la thérapie cognitive avance de plus l'hypothèse intrigante que "la thérapie cognitive marche, mais pas pour les raisons qu'elle croit", à savoir, c'est la distance qu'elle permet de créer d'avec les pensées dépressogènes qui serait thérapeutique, plus que leur remise en cause ou la mise en évidence des distorsions cognitives. La pleine conscience est une des méthodes les plus efficaces de créer cette distance en apprenant à observer ses pensées comme des pensées et à rester dans le moment présent sans se laisser accrocher par les jugements et les impulsions de ce que les maitres bouddhiques appellent 'notre esprit de signe'. A lire, et surtout à pratiquer, tant pour les thérapeutes que pour nos clients.

Benjamin Schoendorff
(image Odile Jacob)

vendredi 1 mai 2009

En dire trop ou pas assez?

En dire trop ou pas assez?
Je me suis posée 10 000 fois cette question. L'histoire de mes patients fait parfois écho à la mienne. Ceux-ci me disent se sentir anormaux, différents, donc exclus... Mon envie était de leur dire: " je suis passée par là et j'en passe encore parfois par là, c'est humain".
Ma formation à l'université m'a interdit de dévoiler quoi que ce soit de moi... Lorsque j'étais psycho-dynamicienne je m'inhibais et n'éprouvais aucune satisfaction professionnelle... sauf quand je n'écoutais plus la voix des maîtres et me lâchais - mais là c'était la culpabilité qui me harcelait!
Bref, j'ai décidé d'en sortir. La Thérapie Comportementale et Cognitive m'a permis de m'autoriser à être moi-même, ne plus me cacher. Une discussion avec Jeffrey Young, fondateur de la Thérapie des Schémas au congrès Afforthecc m'a déculpabilisée et m'a ouverte sur le droit d'exprimer ce que j'étais comme personne. Il a fait référence à une chanson de Brel "Le garçon de café" et m'a dit: Il ne doit pas "faire" le garçon de café mais "être" un garçon de café. Plus vous serez vous, plus ça fonctionnera.
Depuis ce jour, je suis Moi quand je suis thérapeute. La cerise sur le gâteau ça a été l'atelier expérientiel de ACT de Philippe Vuille et Sandra Georgescu : l'accès à une entière liberté d'être!
Souvent lorsque je parle de mon expérience ou de mon ressenti à mes patients (toujours en contexte bien sûr et je ne m'étends pas), je leur demande ce qu'ils ont ressenti quand j'ai parlé de moi: tous me disent moins de culpabilité et plus de normalité.
En fin de thérapie quand nous faisons le bilan, bon nombre de patients me disent que ce qui était marquant dans la relation c'est qu'ils avaient l'impression d'être face à un ami mais un ami qui avait les outils pour l'aider. C'est un magnifique compliment pour moi. Je ne suis pas leur amie mais je me comporte comme telle: bienveillance, chaleur... et professionnalisme.
Donc ma position est qu'il peut même être bénéfique que le thérapeute se dévoile, n'oublions pas les théories de l'apprentissage par imitation...
Stéphanie Bertholon
Dans ce texte que Stéphanie m'a envoyé par mail (et qu'elle m'a autorisé à publier), j'ai été particulièrement touché par ce qu'elle a écrit sur les moments où elle parle en 'temps réel' de la relation thérapeutique avec ses patients. Stéphanie, lui ai-je demandé, as-tu remarqué l’intensité de présence et de connexion dans ces moments-là ?
Il existe une approche théorique et pratique, la Functional Analytic Psychotherapy – FAP qui est toute entière basée sur l’idée que c’est à l’intérieur de la relation thérapeutique que nous avons le plus de chances de façonner, par le renforcement contingent, des comportements plus fonctionnels chez nos clients - et également chez nous les thérapeutes.
Dans cette approche - que certains appellent le comportementalisme basé sur le transfert! - on observe les comportements des clients (et les notres) sous l’angle de la possible reproduction d’une difficulté existant à l’extérieur du cabinet de consultation. Quand c’est le cas, se présente alors une opportunité de façonner dans l’ici et maintenant un comportement alternatif.
Bien entendu cela marche d’autant mieux que les renforçateurs sont naturels plutôt qu’arbitraires, c'est à dire que le client a des chances d'être renforcé de manière similaire dans son environnement naturel. Et un renforçateur naturel a plus de chance d’être émis depuis une position d’authenticité que de ‘technique’. Notre travail - et il est difficile - consiste alors à identifier ce qui constitue un renforçateur naturel pour nos clients – et qui va dépendre de leur histoire d’apprentissage personnelle - et à être le plus authentique possible à l'intérieur de la relation thérapeutique.
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

jeudi 16 avril 2009

La relation thérapeutique, notre instrument le plus précieux

La relation thérapeutique est essentielle à l'amélioration en psychothérapie.
Elle est si importante que certains analystes, comme Lester Luborsky, considèrent que la technique particulière utilisée n'a pas d'impact spécifique, mais que ce sont les facteurs dit non-spécifiques qui sont responsable de l'essentiel de l'amélioration (la variance dans notre jargon).
C'est le verdict du Dodo. Dans Alice au Pays des Merveilles à l'issue d'une course, le Dodo avait déclaré: 'Au moins tout le monde a gagné et tout le monde doit recevoir un prix!'
Au premier rang des facteurs non-spécifiques, la relation thérapeutique.
Les chercheurs en efficacité clinique de la division 12 de l'American Psychological Association considèrent cependant que le 'verdict du dodo' est trop hâtif.
Chambless (2002) démontre que loin des méta-analyses surgénéralisantes, il y a bien d'importantes différences d'efficacité pour un grand nombre d'indications entre méthodes, le plus souvent en faveur des thérapies comportementales et cognitives (TCC). John Hunsley (2002) fait la même analyse.
Je ne pense pas que le verdict du Dodo soit juste. C'est anecdotique mais il suffit d'interroger nos patients pour savoir que certaines méthodes interminables ne marchent pas.
Cependant, la relation thérapeutique demeure un élément central et indépassable de la thérapie, là dessus Freud avait vu juste en 1912.
Je trouve fascinantes les recherches qui montrent que les thérapeutes TCC ne se concentrent que rarement sur la relation thérapeutique et que pourtant, l'efficacité des consultations est la plus haute quand les 'maitres thérapeutes' se concentrent sur la relation thérapeutique (Goldfried, Raue, Castangay 1998).
Cela ouvre la perspective de TCCs encore plus efficaces qui prendraient pleinement appui sur le pouvoir de levier central d'une relation thérapeutique intense, authentique et profonde.
Ou, en d'autres termes, avancer pour rendre spécifiques les facteurs non-spécifiques.
Et c'est en mesurant ces choses que l'on construira les échelles qui nous permettront d'avancer.
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

mardi 14 avril 2009

Le sens de la vie

Encore une interview réalisée pour le prochain congrès afforthecc qui entre en résonance avec les thèmes de ce blog. Aujourd'hui mon ami Frédéric Fanget.
Dans ton dernier livre Où vas-tu? tu t’attaques au sens de la vie…

Pour ne rien te cacher, Benjamin, je n’ai pas osé si facilement m’attaquer à ce thème. Effectivement, j’ai eu une période de doute, considérant qu’il était extrêmement présomptueux de ma place de clinicien de terrain d’aborder un thème aussi lourd. Nous avions l’habitude de le voir traiter par des philosophes ou des théologiens (Dalaï Lama, Sœur Emmanuelle ou Luc Ferry par exemple). Au nom de quoi finalement, un psychiatre pouvait-il se prononcer sur ce thème? Puis je suis tombé sur les travaux de Victor Frankl, ce psychiatre autrichien qui a fondé la logohérapie ou thérapie par le sens de la vie. Ses travaux m’ont complètement revigoré et donné en quelque sorte l’autorisation que des psy poursuivent cette réflexion. Mais lorsque dans ta question, tu emploies l’expression m’attaquer au sens de la vie ; c’est vraiment un terme qui correspond bien car ce ne fut pas si simple. J’ai décidé d’oser le faire en me disant qu’après tout, je devais être capable de faire ce que je demande à mes patients d’effectuer.
Comme souvent dans tes ouvrages, la place de la relation à l’autre est centrale.

La question du sens de la vie, était souvent posée à soi-même. Pourquoi sommes-nous là ? Où allons-nous ? Pourquoi vivons-nous ? Nous sortons de plusieurs décennies d’une psychologie du moi assez autocentrée, comme si nous étions des êtres isolés. Ceci a été renforcé à mon sens, par certaines écoles de psychothérapie qui propose un travail autocentré et volontairement en dehors de la vie quotidienne. Si nous sommes comme je l’indique dans mon livre, l’acteur de notre propre biographie et si nous avons les cartes en main, il me semble toutefois qu’une vie déconnecté des autres, de la notion d’altérité va très vite s’avérer vide de sens. Je me suis toujours intéressé aux thérapies relationnelles, avec l’affirmation de soi en particulier considérant que la nourriture relationnelle est essentielle à notre équilibre personnel.
Tu développes des idées sur les valeurs assez proches de celles de l’ACT...
J’ai découvert l’ACT lorsque j’étais en train de terminer mon livre. Je me suis effectivement rendu compte que j’étais très proche de l’ACT sur la question des valeurs et que j’avais probablement commencé à faire de l’ACT sans le savoir. Mais comme il est toujours mieux de savoir ce que l’on fait, j’ai donc suivi les séminaires de Philippe Vuille, et de Kelly Wilson à l’Afforthecc l’an dernier, qui bien sûr, m’ont confirmé ma proximité avec l’ACT. Toutefois, mon livre n’est pas le livre d’une tendance. J’essaie d’apporter des outils très simples, issus de ma pratique qui couvrent un peu tous les domaines des TCC, qu’il s’agisse de l’approche de Beck, de l’approche de Young, mais aussi du mindfulness et de l’ACT. La question du sens de vie, à mon avis, n’appartient à aucune école
Propos receuillis par Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

vendredi 10 avril 2009

Entendre ce que les patients ne disent pas

Même quand je les encourage, beaucoup de mes clients ont du mal à exprimer ce qui n'a pas fonctionné ou ne leur a pas parlé dans ce que nous avons fait.
Le savoir me permettrait pourtant de mieux adapter ce que je dis et fait à ce qui marche pour eux.

Une large partie de mon travail de thérapeute est de créer suffisamment d'espace pour qu'ils soient à l'aise pour exprimer leur malaise et difficultés.
On sait que la qualité de la relation thérapeutique est le meilleur prédicteur d'amélioration (40% contre 30% pour le type d'approche).
Une étude de Barret-Lennard indique cependant que ce qui fait la différence c'est l'estimation que fait le client de la qualité de cette relation.
Là encore How to fail as a therapist, 50 ways to lose or damage your patients - Comment échouer en thérapie, 50 manières de perdre vos patients ou de leur faire du mal de Bernard Schwartz et John Flowers a des choses à nous dire.
(Ce petit ouvrage est une mine d'or pour les thérapeutes de toutes les orientations théoriques. Si un éditeur lit ce blog, une traduction serait un beau cadeau à faire à toutes les personnes en demande d'aide et d'écoute.)
Erreur N°24 Comment ruiner la relation Thérapeute-client - ignorer le feedback verbal et non-vebral du client.
Garder à l'esprit les indicateurs 'd'alliance' subtils:
  1. Le client engage-t-il moins de contact oculaire que précédemment?
  2. Le client partage-t-il moins d'information personnelle et parle-t-il plus de choses tangentielles?
  3. Les salutations en début et fin de consultation sont-elles moins cordiales qu'avant?
Ces signes que soulignet Schwartz et Flowers sont évidemment des indicateurs importants, plus important encore est la capacité à accueillir les critiques et être disposé à adapter sa pratique et son discours au service de ce qui marche pour le client.
En d'autres termes, être présent, accepter et avancer en direction de ce qui est important sont trois clés essentielles pour augmenter son efficacité de thérapeute.

Cela nous ramène aux trois fondements de la Thérapie d'Acceptation et d'Engagement - ACT.
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

lundi 6 avril 2009

En dire trop ou pas assez?

Je suis un traitement médicamenteux assez lourd et qui m'épuise.
J'ai une expérience directe et personnelle de la souffrance qui, à l'écoute de mes clients, parfois me revient à l'esprit.
Ces choses affectent la façon dont je reçois ce que mes clients partagent avec moi.
Dois-je partager mon expérience passée et ma faiblesse présente ou les garder pour moi?
Puis-je aider mes clients ou au contraire gêner leurs progrès en leur parlant de moi?
La question n'est pas simple.
Dans How to fail as a therapist, 50 ways to lose or damage your patients - Comment échouer en thérapie, 50 manières de perdre vos patients ou de leur faire du mal - Bernard Schwartz et John Flowers l'abordent directement.
Erreur N°29 Comment poser des limites thérapeute-client inappropriées.
La psychanalyse rejette toute révélation sur soi de la part du thérapeute qui doit rester un écran blanc pour les projections du client. D'autres craignent que la révélation de leurs faiblesses et vulnérabilités n'affectent négativement la confiance du client : 'Si même le psy a du mal avec ça...'
En 2001 Barret et Berman ont publié une étude qui a fait date. Ils ont entrainé deux groupes de thérapeutes - un à faire des révélations personnelles congruentes avec ce que révélaient les clients, l'autre à ne rien révéler de personnel. Résultat : les clients avec qui les thérapeutes avaient partagé leurs expériences
propres souffraient moins de leur symptômes et appréciaient plus leurs thérapeutes.
Quand les thérapeutes font des révélations sur eux-mêmes, ils sont perçus comme étant plus amicaux, ouvert, chaleureux et aidant.
Mais attention! Cela n'est vrai que quand ses révélations sont limitées en nombre - et en longueur. Au cours de chaque consulation, les client faisaient envrion 60 révélations personnelles contre un peu plus de 6 pour les thérapeutes. Ces révélations étaient judicieusement choisies et significativement plus courtes que celles des clients.
Pour éviter l'erreur Schwartz et Flowers conseillent de:
  1. Garder les révélations du thérapeute brêves et en rapport avec ce que dit le client
  2. Faire des révélations dont l'intensité et le niveau d'intimité corresponde avec l'intensité et le niveau d'intimité exprimée par le client.
Je n'hésite donc pas à révéler ma faiblesse du moment, si je sens qu'elle impacte sur le travail en cours - par exemple ma capacité d'écoute - ou si elle peut faire voir à mon client que j'ai une expérience personnelle de ce qu'ils vivent. Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

samedi 4 avril 2009

Pour la science

How to fail as a therapist, 50 ways to lose or damage your patients, - Comment échouer en thérapie, 50 manières de perdre vos patients ou de leur faire du mal,
Un indispensable de Bernard Schwartz et John Flowers
Petit livre, basé sur 40 ans de recherches,
Il recense les 50 erreurs les plus courantes des thérapeutes,
Et comment y remédier.
Erreur N°14: Comment ignorer la science.
Le manque d'intérêt ou la méfiance à l'encontre des résultats de la recherche sont courants chez les cliniciens,
Y compris ceux formés aux approches basées sur la recherche validée.
Donc aussi les cliniciens en thérapies comportementales et cognitives...
  • L'idée tenace - et séduisante - que chaque être humain est si spécial qu'il ou elle ne peut être évalué(e).
  • L'idée que la recherche universitaire ne s'applique pas aux réalités de la clinique 'réelle'.
  • L'attachement à une approche théorique peut nous rendre imperméable à tout progrès et nous empêcher de tenir compte des données qui contredisent nos convictions.
Le résultat - selon Schwartz et Flowers - est que la psychothérapie est sujette aux effets de mode,
Autant que les régimes amincissants:
'Cri primal', psychogénéalogie, rebirthing, recherche de souvenirs de trauma occultés
, double-contrainte,
Foisonnent les interventions et théories que ne soutiennent aucune recherche sérieuse,
Au détriment d'aider nos clients à efficacement faire face à la souffrance.
Le site de l'Afforthecc traduit régulièrement les principaux résumés des recherches cliniques
Clinciens et public peuvent rester informé des progrès de notre science.
Pour avancer en direction d'une prise en charge de la souffrance humaine,
Plus efficace - qui marche mieux,
Et plus efficiente - qui marche à moindre coût: humain, matériel et financier.
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

mardi 31 mars 2009

Surfer la Vague

Je me passionne pour la troisième vague des psychothérapies comportementales et cognitives (TCC).
La première vague était comportementale - agissons sur nos comportements et la vie changera.
La seconde vague était cognitive - agissons sur nos pensées et la vie changera.
La troisième vague c'est l'acceptation ou pleine conscience - nous ne pouvons contrôler l'océan de nos pensées, émotions et souffrances intérieures,
Apprenons à en surfer les vagues,
Sans y resister ni nous laisser emporter.
Surfer la vague (et la 3ème vague!), ça marche pour moi.
Ça a changé ma vie. Et celle de mes clients.
Si ma passion m'éclaire et me guide,
Elle peut aussi m'orienter - voire m'aveugler.
Je suis sensible au plus petit indice que les nouvelles méthodes marchent.
Cela peut me faire négliger les indications très solides - ne serait-ce que parce que mieux financées et donc mieux contrôlées - que les méthodes de TCC de 1ère et 2ème vague marchent elles aussi.
Je reconnais mes oeillères. Le site de l'afforthecc dont je suis webmestre reflète mes centres d'intérêt.
D'immenses progrès restent à faire. Après 50 ans d'étude scientifique des psychothérapies, le débat reste ouvert sur les éléments de nos traitements qui marchent vraiment.
Un peu comme si la thérapeutique de l'infection bactérienne comprenait s'habiller chaudement, prendre des anitbiotiques, être entendu(e) par notre médecin, manger des bananes et prier - sans que nous puissions vraiment identifier les éléments actifs et inactifs du traitement.
Le progrès serait-il de compléxifier le traitement en rajoutant - par exemple - se laver les mains,
Ou bien d'identifier ce qui marche vraiment - et comment ?
Ce que dans notre jargon nous appellons les médiateurs thérapeutiques ?
La troisième vague des TCC permet de nous reposer la question des médiateurs thérapeutiques,
En cela elle emporte mon adhésion.
Je choisis d'avancer en direction de la nouveauté et du progrès en TCC,
Pour que les nouvelles approches soient mieux connues, reconnues, que l'espace soit créé et les moyens matériels et méthodologiques mobilisés,
Afin de pouvoir les évaluer sur un pied d'égalité avec les approches qui les ont précédées.
Ceci est un manifeste pour une science progressiste et progressive de la prise en charge de la souffrance humaine.
Benjamin Schoendorff

lundi 16 mars 2009

à propos de Comportement, de Biologie et de Causes

Qu’est-ce qui cause les maladies et la souffrance mentale ?
L’environnement, l’histoire, la biologie ou la génétique ?
Le débat n’est pas prêt d’être clos. La manière dont nous abordons la question est elle-même importante. Nous publions ci-dessous un court article de Kelly Wilson extrait de sa page Facebook qui présente de manière claire et succincte le point de vue du comportementalisme profond. Notre espoir est qu’à la lecture de cet blog vous contribuerez d'autres points de vue venant peut-être d’autres perspectives ou traditions - ou même de vos propres observations – afin de faire de ce blog un lieu d’échange et de confrontation vivant.
Benjamin Schoendorff

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L’analyse du comportement est basée sur l’idée que le comportement est le produit du contexte historique immédiat. Cette position n’ignore pas les anomalies biologiques ou génétiques en tant que causes. Mais simplement elle ce concentre sur l’analyse des causes contextuelles. Vraisemblablement, même quand les causes biologiques sont tout à fait claires, comme dans la trisomie, les causes contextuelles sont importantes pour faciliter l’apprentissage et une vie valable. En fait, l’histoire des interventions psychologiques est encombrée d’exemples où les difficultés biologiques, y compris la trisomie, étaient considérées comme imposant de plus grandes limites sur la vie et l’apprentissage que n’était réellement le cas. En vérité, la seule façon que nous avons de connaître les limites imposées par la biologie est d’explorer l’impact du contexte. Quand nous étudions les déterminants biologiques potentiels de difficultés comme la dépression, la psychose, et l’anxiété, a priori, nous ne connaissons tout simplement pas les limites que nous imposent la biologie et la génétique. Il y a là une certaine malléabilité. Combien ? C’est un sujet d’investigation empirique. Kelly Wilson (image Rémi Schoendorff)

samedi 14 mars 2009

Pour un Armistice dans la Guerre des Psys

A l’occasion d’une note de lecture de la traduction d’un ouvrage de Christopher Lane, Elisabeth Roudinesco dénonce dans Le Monde (lire ici) les classifications diagnostiques du DSM IV. Cet article a occasionné une réponse d'Antoine Pelissolo (lire ici), réponse à laquelle se sont associé deux associations de patients et plusieurs ‘grands noms' de la Thérapie Comportementale et Cognitive.
Notre proposition est de ne plus nourrir les polémiques partisanes. Cet article est une opportunité manquée car une discussion publique, critique et apaisée du DSM a toute sa place aujourd'hui. Nos catégories diagnostiques sont encore loin d’être des outils de la qualité des catégories diagnostiques des maladies somatiques. En médecine somatique, le diagnostic prescrit le traitement. En psychiatrie, c'est rarement le cas. En TCC, ce qui prescrit le traitement, ce n'est jamais le diagnostic, c’est l’analyse fonctionnelle - c'est à dire comment le problème du patient fonctionne pour lui (ou elle), dans sa réalité quotidienne. L'histoire, les conditions et la subjectivité propre de chaque individu sont pleinement prises en compte, ainsi que la réalité de la souffrance vécue.
Les catégories DSM actuelles représentent un progrès sur les anciennes et il serait vain de vouloir avancer vers le passé. Malgré leurs nombreuses limites, elles permettent - ainsi que le rapelle Antoine Pelissolo - de débattre à travers les frontières et les approches théoriques. De cela toute science a un besoin vital. Esperons que, malgré les difficultés, notre imparfaite science diagnostique continuera à avancer en direction de mieux coller au vécu de la souffrance et surtout de mieux identifier les conditions, moyens et rythmes de son dépassement. Nous pensons cependant qu’en l’absence de lien syndrome-traitement, l’inflation du nombre de catégories diagnostiques qui semble menacer la prochaine mise à jour du DSM (DSM V), n'est pas d'une évidente utilité. Une telle inflation pourrait en venir à détourner les cliniciens - et plus grave encore les apprentis thérapeutes - vers des arguties classificatoires sans conséquences sur les traitements, au risque de les déconnecter de la souffrance des patients.
Il existe des critiques constructives et progressistes du système du DSM. Parmi les plus intéressantes, Kelly Wilson, a proposé une telle critique depuis la perspective des TCC de troisième vague (en l'occurence Thérapie d’Acceptation et d’Engagement) et du comportementalisme profond. Kelly Wilson propose un système dimensionnel - plutôt que catégoriel - basé sur 6 grandes dimensions de l'expérience vécue, et qui peuvent occasionner tant la souffrance que permettre de la dépasser. (Téléchargez la présentation sur le DSM V de Kelly Wilson aux journées d’automne de l’Afforthecc d’Octobre 2008).
Notre espoir est de voir s'éteindre au plus tôt les polémiques violentes afin de créer un espace au sein duquel un débat fertile puisse s'établir. Cela existe dans toutes les communautés psychologiques scientifiques du monde et nous oeuvrerons à ce qu'une telle confraternité puisse s'établir en France. Notre souhait est que toutes les perspectives puissent se confronter en dépassant nos querelles de chapelles. Pour qu'enfin les ressources qu'il nous a fallu mobiliser dans la "guerre des psys" puissent être mises au service du progrès dans notre compréhension - et surtout nos méthodes de réduction - de la souffrance humaine.
Benjamin Schoendorff

mardi 10 mars 2009

3ème Congrès Mondial de la Thérapie d'Acceptation et d'Engagement (ACT)

Du 30 juin au 3 Juillet 2009, Enschede, Hollande
L'ACBS, c'est l'Association for a Contextual Behavioral Science, l'Association Internationale ACT et RFT.
Ce Congrès Mondial (avec deux jours d’ateliers intensifs pré-congrès) représente une opportunité unique de s’informer et d’apprendre les dernières avancées en Thérapie d’Acceptation et d’Engagement (ACT) et en Théorie du Cadrage Relationnel (Relational Frame Theory-RFT), ainsi que sur les autres approches de TCC dites de 3ème vague. Le programme scientifique de ce congrès couvrira la science comportementale contextuelle, ainsi que les questions philosophiques, scientifiques et cliniques et aplliquées en découlant. Pour les étudiants, cliniciens, chercheurs et responsables de santé publique, ce congrès représente une opportunité unique d’apprendre et de débattre avec les principaux promoteurs de l’ACT et de la RFT internationaux.
Le congrès proposera un flot de 7 évènements différents en parallèle sur 3 jours, près de 100 symposiums, débats, présentation de cas, d’études cliniques et de recherches fondamentales.
En plus de ce programme clinique et scientifique, de nombreux ateliers d’une demi-journée seront proposés par des chercheurs et des cliniciens leaders de l’ACT/RFT. Ces ateliers seront gratuits pour les participants au congrès et permettront aux cliniciens débutants et intermédiaires de développer leurs compétences tant en ACT/RFT.
Il existe sur le site ACBS des pages en français décrivant l'ACT.