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mercredi 15 avril 2009

De qui parler - et à qui?

J'ai commencé ce blog pour parler à mes amis thérapeutes.
Mes clients le découvrent aussi et certains le lisent avec assiduité.
En fait on ne peut s'adresser aux thérapeutes sans s'adresser aux clients - aux miens et aux leurs.
Dans le modèle de thérapie d'Acceptation et d'Engagement, nous cultivons l'égalité profonde avec nos clients.
Je me demande pourtant si je dois parler d'eux et d'elles, partager ici au quotidien ce que m'inspirent leurs souffrances, leur courage souvent, leur confiance toujours.
J'hésite et je me demande si, même en prenant soin de faire en sorte qu'ils et elles ne puissent être identifiés que par eux-mêmes, je ne trahirais pas la qualité unique de notre relation.
Pas facile et, de fait, je ne l'ai fait jusqu'ici qu'une seule fois - en rendant mon client totalement méconnaissable.
A ce propos, l'écrivain-thérapeute existentialiste américain Irvin Yalom ecrit dans The Gift of Therapy - an Open Letter to a New Generation of Therapists and Their Patients - (Le Cadeau de la Thérapie - une Lettre Ouverte à une Nouvelle Génération de Thérapeutes et leurs Patients):
Depuis l'instant où j'ai écrit sur des histoires de patients dans un livre (Le Bourreau de l'Amour) il y a de nombreuses années, je me suis imaginé que les nouveaux patients qui me consulteraient pourraient s'inquiéter que j'écrive sur eux. J'ai donc rassuré mes patients sur la confidentialité, les assurant que je n'ai jamais écrit sur des patients sans auparavabt obtenir la permission ni sans profondément déguiser leur identité. Mais avec le temps j'ai observé que les soucis des patients étaient bien différents - en général ils s'inquiètaient moins qu'on puisse écrire sur eux que du fait qu'ils puissent ne pas être assez interessant pour être séléctionnés.
Traduction Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

mardi 24 mars 2009

Vivre avec ses Souvenirs

A l'occasion de la sortie de son nouveau livre: Faire la Paix avec son Passé (Odile Jacob 2009) Jean-Louis Monestès - psychologue et chercheur - répond à mes questions. Jean-Louis est un ami, thérapeute et formateur ACT (Thérapie d'Acceptation et d'Engagement), et un des animateurs du site Le Magazine ACT.
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Dans ton nouveau livre tu écris sur comment nos souvenirs nous attirent vers le passé. Comment cela se passe-t-il?
Notre cerveau est le produit de milliers d’années d’évolution au cours desquelles se souvenir mieux et plus a permis une meilleure survie. Une part importante de son activité consiste à ce que nous nous souvenions de ce que nous vivons, particulièrement des situations qui nous ont mises en danger, afin que nous les évitions par la suite. Aussi, même si nous n’aimons pas certains de nos souvenirs, il se rappellent à nous en partie pour notre bien. Il reste que ce n’est pas toujours facile à vivre, particulièrement quand nous avons subi des traumatismes, des déceptions, des disparitions.
Sommes-nous les victimes de notre capacité à nous souvenir?
Les victimes et les bénéficiaires ! Mais c’est vrai que nous nous souvenons parfois trop et que nous sommes relativement peu acteurs de notre mémorisation. La plupart des choses que nous retenons sont apprises sans notre volonté. C’est le cas de détails banals (telle chanson que nous détestons et que nous fredonnons malgré nous toute la journée) comme des événements graves : accident, agressions, décès. Tout ce qui passe à portée de notre cerveau est « aspiré » et mémorisé, que nous le voulions ou non. C’est la première étape de notre impuissance par rapport à notre mémorisation. La seconde concerne l’évocation de ces souvenirs. Ils reviennent le plus souvent sans que nous les ayons convoqués, à la faveur de stimulus présents dans le contexte d’origine, ou encore de nos simples pensées, capables de s’évoquer entre-elles à la manière de cascades de dominos...
Quels moyens pratiques pour que notre passé ne nous parasite pas? Pouvons-nous contrôler nos souvenirs?
Malgré l’intuition que nous en avons, nous ne pouvons absolument pas contrôler nos souvenirs. Je montre dans mon livre que tenter de le faire nous conduit même dans une impasse et pourrait certainement être à l’origine de difficultés psychologiques. Ce qui ne nous empêche pas de tous nous escrimer à essayer de les effacer. Première « méthode » que nous essayons : contrôler notre pensée. De nombreux travaux ont montré qu’il existe un effet rebond à essayer de supprimer nos souvenirs : plus nous ressassons « il ne faut plus que je pense à cet accident », plus… nous passons de temps à y penser ! Nous sommes alors les parfaits répétiteurs d’un souvenir qui, de ce fait, en devient davantage disponible, et réapparaît plus souvent. Deuxième « méthode » : la distraction. Le souvenir du décès d’un proche me hante, et je décide de m’en distraire en pensant à autre chose plus agréable, par exemple mon prochain week-end à la plage. Je crée alors sans le vouloir un réseau de relations entre la plage et le décès. La plage devient alors un déclencheur puissant du souvenir du décès, et le piège se referme.
Pour que notre passé ne parasite pas notre présent, il faut au contraire s’orienter vers une démarche d’acceptation des souvenirs. Cela ne signifie pas qu’on doit aimer les situations douloureuses que nous avons vécues, mais qu’il est possible d’accepter la présence en nous de leurs avatars. La thérapie par exposition permet en partie cette acceptation. Une façon de la systématiser consiste à recourir aux outils de la pleine conscience, et à l’engagement vers de nouvelles actions à l’origine de nouveaux souvenirs qui diminueront la portée douloureuse des anciens.
Tu parles aussi d’accepter sereinement souvenirs et émotions...
C’est une démarche et une réflexion plus générale sur la volonté de contrôle qui nous habite tous. Nous sommes habitués à avoir un certain contrôle sur l’environnement qui nous entoure, et nous reproduisons nos tentatives de contrôle sur ce qui se passe en nous : souvenirs, émotions, pensées, sensations. Malheureusement, notre vie psychologique ne se contrôle pas de la même façon que l’environnement dans lequel nous vivons. Elle ne se contrôle même pas du tout ! Retrouver une sérénité par rapport à nos souvenirs passe par la constatation que nous ne sommes que les réceptacles de ces événements psychologiques, dont nous pouvons prendre conscience, que nous pouvons observer, mais qu’il est vain d’essayer de modifier. Pour certains de nos patients, le contrôle est devenu leur seule modalité d’interaction avec le monde, leur seule raison d’être. Ils appauvrissent alors leur vie sans le vouloir. Dans notre jargon, nous dirions qu’ils agissent vers des renforcements négatifs (supprimer la souffrance) en négligeant les sources de renforcements positifs (augmenter le bonheur). Retrouver une sérénité par rapport à ses souvenirs douloureux va consister à faire une place à la douleur qu’ils évoquent, arrêter de lutter contre elle, afin de se consacrer pleinement à enrichir sa vie. En somme, faire autre chose que chercher à contrôler. Une démarche qui peut paraître bien anachronique dans notre société où tout doit être prévu, géré et maîtrisé, mais qui commence à montrer son intérêt dans divers troubles psy. (interview réalisée par email par Benjamin Schoendorff - Image Rémi Schoendorff)

samedi 21 mars 2009

La Maison d'Hôte

Etre humain comme une maison d'hôte,
Chaque matin une nouvelle arrivée.
Une joie, une dépression, une mesquinerie,
Une prise de conscience momentanée vient,
Comme un visiteur inattendu.
Accueille-les tous !
Même une foule de chagrins,
Qui balaye violemment ta maison,
Et la vide de ses meubles,
Pour autant traite chaque hôte honorablement.
Il se pourrait qu'il fasse de la place
Pour quelque nouveau délice.
La pensée sombre, la honte, la méchanceté,
Ouvre-leur la porte en riant,
Et invite-les à entrer.
Sois reconnaissant pour celui qui vient,
Parce que chacun a été envoyé
Comme un guide de l'au-delà.
Djalal al-dîn Rûmi
- Ecrivain et mystique persan - Né en 1210, décédé en 1273 (traduction et adaptation depuis l'anglais: Benjamin Schoendorff)

mardi 17 mars 2009

Jonathan Richman est un Boddhisattva

Allés lundi soir 16 mars avec ma chère soeur Marianne écouter Jonathan Richman au Transbordeur à Lyon.
Jonathan Richman jouait des chansons comme I'm a little Airplane ou I am a little dinosaur - qu'il joue en parcourant la scène à quatre pattes - dans le programme télé pour enfant Sesame Street.
L'âme vagandonde de Jonathan a tôt pris les chemins de traverse. Sa carrière de star s'est arrêtée le jour où sa maison de disque voulu lui imposer sa playlist de concert. Jonathan a pris sa guitare et s'est dirigé vers la station des bus Greyhound la plus proche.
Ce soir JoJo se tient en scène avec son fidèle batteur Tommy et sa guitare espagnole. Nous sommes en retard - mon dernier client a quitté le cabinet à 20:30. Jonathan a les traits tirés. Il se lance dans When we refuse to suffer, when we refuse to feel. Il le chante même en français : Quand nous refusons de souffrir - pas d'émotion et pas de vie! Droit au coeur.
Ensuite il chante Pablo Picasso, les peintures de VanGogh du musée d'Amsterdam, et les anciens maitre Flamands. Alors qu' il chante les fissures des tableaux, l'âme insensible à la peinture que je suis entrevois enfin quelque chose...
Jonathan possède une technique époustouflante et joue en virtuose de la distance avec le micro. Ses chansons allient abstraction et simplicité entrainante. Le public les reprend en choeur (j'allais écrire en coeur). Parfois JoJo vient au devant de la scène, sans amplification aucune. Il entraine le public quelques instants - cloche et baguette à la main. Il y a une qualité enfantine à l'intensité de sa présence, combinée à une profondeur d'âme touchante.
J'ai toujours voulu jouer dans les hopitaux et les centres pour enfant et j'en suis toujours là en fait! Ce soir, son public d'anciens enfants a la banane. De retour chez moi dans le Vieux-Lyon, je rejoins le groupe Facebook - Jonathan Richman is a boddhisattva. Dans les traditions bouddhiques - contrairement aux autres êtres éveillés qui s’apprêtent à quitter le cycle des réincarnations - le boddhisattva est celui qui choisit de rester sur terre afin de continuer à faire rayonner sa lumière. Jonathan, merci pour ta lumière.
Benjamin Schoendorff (photo BS)