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dimanche 17 janvier 2010

Eloge de la félure

J’adore cette phrase de Michel Audiard : « Bienheureux les fêlés car ils laisseront passer la lumière » !
Je trouve que tout y est. Au premier degré, c’est une évidence que ce qui est fêlé laisse passer un peu de lumière.
Avec une analyse plus psychologique, cela permet d’accepter plus facilement ses propres fêlures puisqu’elles nous annoncent la lumière ! De quelle lumière parle-t-on ? Je pense qu’il s’agit là de comprendre que la lumière est ce qui nous libère. C’est probablement ce que l’on ressent lorsqu’on est en paix à l’intérieur de soi. Une sorte de sentiment de dilation intérieure, de plénitude, de bien-être que l’on peut ressentir par exemple dans la pratique de la méditation ou de la prière, pour ceux d’entre nous que cette pratique touche.
Personnellement c’est lorsque je ressens cette paix que je ressens également le plus d’amour pour tous les êtres humains que je croise. A ce moment là, je ressens aussi les liens invisibles qui me rendent tous ces Autres humains si proches de moi. C’est ce que j’appelle la lumière : ce qui nous relie les uns aux autres, dans toute notre humanité.
Dans ce sens, je vois les fêlures, les failles, les fragilités de chaque être humain, comme une force qui nous relie les uns aux autres ! C’est une chance que d’accepter et de pouvoir dessiner le contour de ses propres fêlures car elles permettent d’accéder au monde des relations ! C’est en ce sens que je pense que chaque thérapeute devrait travailler sur ses propres fragilités.
Marie Balmary le souligne dans La fragilité : faiblesse ou richesse ? publié chez Albin Michel, la fragilité est une présence sans menace pour l’autre, elle permet d’être avec l’autre.
Enfin , merci Michel Audiard car l’humour est sans doute la plus courte et la meilleure distance entre deux êtres !
Frédérique Giacomoni

Sur le même thème et pour les anglophones parmi vous: la très belle chanson de Leonard Cohen Anthem qui contient ces paroles:
There is a crack in everything, that's how the light gets in
(Il y a une fêlure dans toute chose, c'est comme ça que la lumière pénètre).

Benjamin Schoendorff
(image Rémi Schoendorff)

mardi 12 janvier 2010

Du personnel à l'universel

Pour nous les thérapeutes, il est encore de bon ton de nous camoufler derrière nos diplômes, notre expertise, notre savoir et notre rôle.
Cela est souvent plus confortable, et notre tête nous souffle que toute autre attitude serait inacceptable et sans doute dangereuse pour nos clients (que du coup nous préférons appeler patients dans l'illusion qu'ils viennent nous voir avec des choses en trop ou en moins que nous allons devoir leur enlever ou leur rajouter).
La Thérapie basée sur l'Analyse Fonctionnelle (Functional Analytic Therapy - FAP) de Bob Kohlenberg et Mavis Tsai part de la constatation que pour une espèce sociale comme la notre, la grande majorité de la souffrance mentale se traduit, se nourrit et bien souvent nait, de difficultés relationnelles.
Dans cette approche-soeur de la Thérapie d'Acceptation et d'Engagement (ACT) basée à la fois sur l'analyse du comportement et les théories de l'attachement (et qui peut donc se comprendre comme une intégration du comportementalisme et de la psychodynamique), le travail de thérapie devient l'entrainement d'un comportement relationnel plus fonctionnel. Pour une espèce sociale, cela veut dire l'entrainement du comportement de connexion aux autres.
Or, ce qui nous connecte aux autres ça n'est pas prétendre que nous contrôlons tout, que nous sommes parmi les passagers qui ont eu la chance d'être invité à monter à bord du bus des gens qui vont bien et n'ont aucune difficulté, ni même que nous avons été un jour des bozos mais qu'aujourd'hui, après des années d'efforts, avons enfin rejoint le bus des 'beautiful people'.
Nous connecter implique faire de l'espace pour révéler nos vulnérabilités.
Créer des relations intimes implique prendre le risque de révéler des choses pour la révélation desquelles nous avons été puni dans le passé - et le faire dans un espace où nous ne serons pas cette fois punis, mais accueillis.
En faire la démonstration publique nous expose à être en partie condamnés et rejetés (en comportementalisme on dit puni), et en partie soutenus (en comportementalisme on dit renforcé). Quand on est plus renforcé que puni, on continue, sinon on change son comportement jusqu'à ce que l'on soit plus renforcé que puni.
Les problèmes arrivent quand ce qui nous renforce c'est l'arrêt d'une punition (en comportementalisme on dit renforcement négatif). Par exemple je pourrais arrêter d'être sincère et ouvert afin de ne plus m'exposer au ridicule ou au jugement de certains. Nul doute que cela marcherait pour me protéger de certaines blessures. Mais cela m'empêcherait également de connaitre la joie profonde et importante que j'éprouve à me connecter authentiquement avec de nombreuses personnes.
C'est là que le travail des valeurs de l'ACT vient nous aider. En m'alignant avec mes valeurs, en agissant pour incarner les qualités qui me sont importantes, je suis renforcé dans le fait même de faire l'action, et plus seulement dans le résultat de cette action. Donc que les autres reconnaissent que j'ai vraiment le cœur ouvert ou non, je suis renforcé du simple fait que j'agis en harmonie avec ce que je vois dans mon cœur.
J'écris sur moi pour trois raisons: respecter la vulnérabilité de mes clients en n'étalant pas en public les combats privés de leur cœur; parler de ce dont j'ai une expérience directe plutôt que de mon interprétation de l'expérience des autres et enfin parce que, comme l'écrit Carl Rogers : 'Il me faut maintenant citer une de mes découvertes les plus enrichissantes; enrichissante, parce que, grâce à elle, je me sens plus proche d'autrui. Cela pourrait s'exprimer comme suit : ce qui est le plus personnel est ausi ce qu'il y a de plus général'. (Le développement de la personne, Interéditions 2005, p.22)
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

lundi 11 janvier 2010

Les bozos dans le bus

Mon amie Sonja Batten PhD, extraordinaire formatrice, a pour habitude de commencer ses ateliers de formation à la Thérapie d'Acceptation et d'Engagement (ACT) en lisant ce texte d'Elizabeth Lesser.
Le célèbre clown américain, Wavy Gravy dit que nous sommes tous des Bozos dans le bus. Sa phrase est une excellente introduction à notre atelier. Parce qu'au fond nous croyons tous que nous sommes des bozos dans le bus, contrairement à l’image que nous nous donnons tant de mal à défendre chaque jour.
Nous sommes tous des êtres régulièrement sujets à l’erreur, nés dépourvu du manuel d’instruction pour affronter un monde complexe. Aucun d’entre nous n’est un modèle de comportement. Nous avons tous trahi et été trahis, nous avons tous agi de manière égoïste, comme des personnes sur qui on ne peut pas compter, des êtres léthargiques, radins, et chacun d’entre nous a pu se réveiller au milieu de la nuit et se faire du souci pour toutes sortes de choses – l’argent, les enfants, le terrorisme, les rides, la calvitie.
En d’autres termes, nous sommes tous des bozos dans le bus.

A mon avis, cela devrait être célébré. Si nous sommes tous des bozos, alors, bon Dieu! nous pouvons nous libérer du poids de prétendre et être, simplement, des bozos.
Nous pouvons alors faire face aux problèmes qui confrontent les organismes de type bozo sans nos résistances et gênes habituelles. C’est d’autant plus efficace de travailler sur nos imperfections le cœur léger et ouvert au pardon.
Imaginez combien il serait libérateur de considérer la condition humaine de manière plus compassionnelle et humoristique. Non pas dans le but de nier nos défauts mais afin de les accueillir comme partie intégrante du système standard de fonctionnement humain .
Chaque personne dans ce bus nommé Terre souffre ; c’est quand nous avons honte de nos échecs que la douleur se transforme en souffrance. Dans notre honte, nous nous sentons rejetés, comme s’il y avait ailleurs un autre bus qui roulerait lui sur une route sans aspérités.
Ses passagers seraient tous minces, en bonne santé, heureux, bien habillés, appréciés de tous, membres de familles unies, dotés d’emplois qui ne les stressent pas, et ne faisant jamais rien de méchant ou d’idiot comme oublier où ils ont garé leur voiture ou posé leur portefeuille, ou dire quelque chose de choquant.
Nous voudrions tant être à bord de ce bus, avec tous les gens normaux.
Mais nous sommes à bord du bus à l'avant duquel est écrit ‘BOZOS’ et nous avons peur d’être tout seul à bord de ce bus.
Voilà l’illusion qui aveugle tant d’entre nous : que nous sommes seul dans nos bizarreries et nos incertitudes, que nous pourrions être la seule personne perdue sur la grande route.
Bien sur, nous ne nous sentons pas tout le temps ainsi. Parfois nous sommes emportés par une vague de pardon pour nous-mêmes et soudain nous nous retrouvons connectés à nos frères et sœurs humains, soudain nous faisons partie du groupe.

C’est merveilleux de prendre place à bord du bus avec les autres bozos.
Peut-être que le premier pas en direction de la libération est de comprendre avec chacune des cellules de votre cerveau que l’autre bus – le chouette bus avec tous les gens cool qui savent exactement où ils vont – est lui aussi rempli de bozos déguisés. Des bozos porteurs de secrets.
Quand nous voyons clairement que chaque être humain, peu importe son âge, sa célébrité, sa fortune ou sa beauté, partage les mêmes faiblesse et limites ordinaires, quelque chose d’étrange se passe : nous commençons à nous réjouir, à lâcher un peu prise et nous devenons aussi légers et résilients que ces autres personnes que nous imaginions à bord de l’autre bus.
Tout en roulant le long de la grande route défoncée, aussi perdus que jamais, à travers vallées et collines, nous nous retrouvons en présence d’amis. Nous nous calons alors dans nos sièges et profitons du voyage.

Elizabeth Lesser Broken Open (traduction Benjamin Schoendorff; image Rémi Schoendorff)

dimanche 10 janvier 2010

Le risque de s'ouvrir

J'ai reçu vendredi une carte de vœux d'une amie dont je n'arrive pas à déchiffrer la signature.
Dans un message très touchant elle exprime combien elle a été dérangée par mon texte sur mes addictions. Elle a su identifier d'où venait sa gêne: sa croyance que se révéler aux autres c'est se mettre en danger, se rendre vulnérable à la vindicte publique. Une autre croyance très ancrée c'est que se révéler aux autres c'est se donner en spectacle. Ainsi des collègues proches et dont je voudrais pouvoir être aimé, semblent penser - un me l'a même écrit - que je n'ai pour but que mon auto-promotion...
Bien entendu cela m'a blessé profondément et je me suis senti rejeté et, un instant, j'ai voulu recourir à ma vieille addiction d'isolation.
Je n'ai pas su comment répondre jusqu'à ce que je lise dans Le développement de la personne de Carl Rogers le passage suivant:
“...une évaluation par autrui ne saurait me servir de guide. Les jugements des autres, bien que j’aie le devoir de les écouter et d’en tenir compte pour ce qu’ils sont, ne pourront jamais me servir de guides. C’est là une leçon que j’ai eu du mal à apprendre. [...] Plus tard j’ai été un peu secoué en apprenant qu’aux yeux des autres, je suis un imposteur, quelqu’un qui exerce la médecine sans être qualifié, l’inventeur d’un d’un genre de thérapie très superficielle et dangereuse, animé par une volonté de puissance, un mystique, etc. Je me suis senti également perturbé par des éloges tout aussi exagérés. Cependant je ne me suis pas trop laissé impressionner, parce que j’en suis venu à la conclusion qu’une seule personne (du moins de mon vivant et peut-être pour toujours) peut savoir si j’agis avec honnêteté, avec application, avec franchise et justesse, ou si ce que je fais est faux, défensif et futile, et que cette personne, c’est moi-même. Je suis heureux d’entendre exprimer des témoignages sur ce que je fais : critiques amicales ou hostiles, éloges sincères ou adulateurs, font partie de ces témoignages. Toutefois, je ne puis déléguer à personne le soin de les évaluer ou d’en mesurer la signification et l’utilité.“ (InterEditions 2005, p.20)
J'ai fait le choix conscient et délibéré de la voie du cœur ouvert et donc de prendre le risque de révéler mes vulnérabilités - car mon expérience me montre qu'en les accueillant, en les nommant et en les tenant par la main avec douceur et bienveillance, j'arrive enfin à avancer en direction de mes valeurs.
Et j'accepte que la seule personne qui puisse juger du bien fondé de ma démarche, c'est, dans un sens profond, moi.
Mon expérience me montre aussi combien cela est difficile car mon vœu le plus cher est d'être aimé par tout le monde et ma croyance est qu'en ouvrant mon cœur je le serai.
Or si ouvrir publiquement mon cœur me permet de mieux me connecter à - d'aimer et d'être aimé - de nombreuses personnes et ainsi de rompre mon isolation, cela semble avoir un effet repoussant (on dit aversif en comportementalisme) sur d'autres, qui pourtant me sont importantes.
C'est peut-être une question de dosage. Mais aussi peut-être aussi fonction du fait que la révélation profonde sur soi nous fait tellement peur, à nous tous qui prétendons à toute force ne pas avoir de profond problème ni souffrance - surtout nous les soignants. Une telle révélation semble nous menacer, même quand ce n'est pas nous qui nous révélons. Même si elle ne nous menace pas directement, une telle révélation peut nous sembler tellement impensable que notre tête va nous souffler qu'il doit y avoir anguille sous roche, qu'une telle approche ne peut être sincère et que donc les motivations profondes sont à mettre en cause.
Et si, l
oin de nous protéger de quoi que ce soit, toutes ces choses que nos têtes nous soufflent et que parfois nous laissons déterminer nos comportements relationnels, nous gardaient prisonniers et avaient fonction de perpétuer l'évitement expérientiel, ce grand mensonge qui veut nous faire croire qu'il est désirable, possible voire même impératif de contrôler ou à tout le moins cacher celles de nos expériences intérieures que nos têtes jugent inacceptables ?
Steve Hayes, fondateur de l'ACT nous rappelle que la pire des positions que l'on puisse adopter en tant que thérapeute - mais aussi en tant que parent, qu'ami ou que partenaire amoureux - est celle qui dit, implicitement ou explicitement : 'Cessez de ressentir ce que vous êtes en train de ressentir afin que je puisse cesser de ressentir ce que je ressens lorsque je vous vois ressentir ce que vous ressentez'.

Benjamin Schoendorff
(image Rémi Schoendorff)

lundi 28 décembre 2009

Un poème pour l'année nouvelle

Un client dont le courage à avancer avec sa souffrance me touche profondément m'a envoyé ce beau texte en réponse à ma carte de vœux.
Je choisis de le partager avec vous, en vous souhaitant à tous et toutes lecteurs et lectrices de ce blog une nouvelle année remplie de joie, d'engagement, de douceur, d'actions en direction de vos valeurs, de courage et d'amour.
Benjamin

La vraie joie prend par surprise.
Elle surgit moins de ce que l'on prévoit
Que la réponse que l'on offre à ce qui arrive.

Aux matins pluvieux comme aux matins heureux,
Aux heures tragiques comme aux heurs magiques,
Il n'y a d'autre bonheur que celui de répondre présent.

Alors vient le souffle de rester debout
Et cette douceur du lointain quand on ouvre les mains
Pour accueillir ce qui aujourd'hui sera pain.


Francine Carrillo
(image Rémi Schoendorff)

mercredi 16 décembre 2009

Mes addictions


Je crois que ma plus ancienne addiction est à la solitude et à l'isolement.
Quand, adolescent, j'ai découvert les drogues opiacées, celles-ci m'ont apporté un sentiment de chaleur dans la poitrine et le ventre que je pensais analogue à ce que l'amour devait apporter.
Avec ces consommations s'est renforcée une deuxième addiction, plus délétère et plus durable encore, l'addiction à la procrastination.
Il y a 7 ans, j 'ai choisi de faire face à tout ce que la vie me présenterait sans recourir aux drogues. J'ai vite découvert qu'en matière de relation à l'autre je ne savais pas faire grand chose.
Alors j'ai choisi d'apprendre.
Puis je me suis engagé en psychologie. Je m'y suis engagé pour une seule raison, me rendre utile, c'est à dire apprendre à aimer.
En découvrant la psychologie fonctionnelle j'en suis venu à m'intéresser non pas à la 'réalité' des problèmes, pensées, émotions, obstacles, etc, mais bien plus à leur fonction, c'est à dire leur effets, leurs conséquences.
Et c'est ainsi que j'ai pu voir la fonction de mes comportements addictifs: éviter d'entrer de plein pied dans la vie, c'est à dire dans l'amour.
Et, pour moi, dans ma vie, la forme chimiquement pure de cet évitement, c'était la procrastination, qui me gardait comme à l'orée de ma vie, sur le pas de porte d'une vie dans laquelle il sera toujours temps de s'engager, mais, comme l'implorait Saint Augustin, 's'il te plait, mon Dieu, pas tout de suite'!
Aujourd'hui je célèbre deux semaines d'arrêt de la procrastination.
Enfin je savoure pleinement la vie, l'action, l'amour, le courage - et surtout le repos.

Benjamin Schoendorff
(image Rémi Schoendorff)

lundi 28 septembre 2009

Chercher à se faire rasssurer ?

Dans le message que j’ai posté hier, Steven Hayes proposait un exercice permettant d’avancer avec sa peur d’être jugé. Dans la discussion sur la liste ACT for the public qui avait suivi sa suggestion, la contribution de Joanne Steinwachs, autre thérapeute ACT m’a semblé intéressante car elle illustre un principe important de le Thérapie d’Acceptation et d’Engagement. Ce principe c’est que ce n’est pas la forme de ce que l’on fait - en l’occurrence les mots que l’on dit aux autres - qui importe, mais la manière dont cela fonctionne pour soi et dans sa vie, c’est à dire ce que nous appelons la fonction du comportement.
Je voudrais qualifier ce qu’a écrit Steven Hayes. Dans le dialogue que vous engagez après avoir expérimenté un nouveau comportement, préparez-vous à toute sorte de résultat et à observer sans jugement tout ce qui vous vient.
Par exemple, même si vous avez dit clairement à votre ami(e) que vous ne vouliez pas être rassuré(e), vous pourrez peut-être apercevoir que vous cherchez quand même à vous faire rassurer. Ou simplement êtes en quête d’un signe que votre ami(e) vous a compris. Mais il est tout aussi possible qu’il(elle) ne ‘comprenne’ pas – après tout, tout le monde ne parle pas de cette façon ! Alors soyez aussi prêt(e) à ça. Trop en dire aux autres peut également les pousser à chercher à vous rassurer. Préparez-vous simplement à observer avec compassion toutes ces choses vous venir à l'esprit. Souvenez-vous quand vous choisissez de vous exposer à une de vos peurs que vous avez une large palette de choix de ce que vous pouvez dire aux autres – y compris le choix d’en dire très peu ou même rien du tout.
Puis observez simplement votre esprit et ce qui vous vient. Parfois il peut même être plus utile de donner le minimum d’explication, de rester dans l’ambigüité et de faire un peu de place à la peur de ‘ce qu’ils vont penser’ – surtout si vous avez tendance à trop vous expliquer aux autres, si c’est là une de vos façons d’éviter, ou si vous cherchez activement que les autres vous rassurent. Regardez votre esprit qui cherche à se faire rassurer, observez votre envie de convaincre l’autre (que vous faites quelque chose de raisonnable, de compréhensible, d’acceptable…). Si ce que vous faites ensuite est de vous soumettre à ce que votre esprit vous impose, regardez si vous pouvez recontacter votre véritable objectif, votre valeur, être fidèle à vous même.
Ce travail commence par un choix personnel d’avancer. Il ne s’agit pas de se mettre en mode confessionnal, comme dans certains groupes de développement personnel où ‘tout’ révéler de soi permet de se sentir intégré.
Fiez-vous plutôt à votre propre expérience et à ce qui fonctionne pour vous à la lumière de votre expérience. Soyez flexibles, curieux et ouvert et continuez à observer tout ce qui se présente à vous.
Joanne Steinwachs (traduction et adaptation Benjamin Schoendorff; image Rémi Schoendorff)

jeudi 9 avril 2009

Etats d'âme et souffrance

Dans la perspective de la préparation du XIVéme congrès de l'Afforthecc, j'ai réalisé une série d'interviews des intervenants. L'échange qui suit avec Christophe André entre en résonnance particulière avec ce blog.

Dans votre dernier livre, Les Etats d’Ame, vous adoptez un ton très personnel et touchant et prônez l’introspection de nos états d’âme subtils. Qu’est-ce qui, personnellement, vous a amené à vous intéresser aux états d’âmes?
Cette idée d’aborder notre vie intérieure par le biais des états d'âme me trottait dans la tête depuis un moment. Nos contenus mentaux sont le plus souvent un mélange de pensées vagabondes et d’états émotionnels discrets, indissociables l’un de l’autre. Il me manquait un mot pour en parler avec mes patients, et un concept pour les concevoir comme un tout homogène, et non une simple addition pensée + émotion.
Les états d'âme sont d’ailleurs souvent complexes et subtils. Dans la nostalgie, par exemple, il y a une tonalité agréable (le souvenir de moments heureux) et une autre plus douloureuse (la conscience que ces bonheurs appartiennent au passé).
Autres exemples d’états d'âme : le spleen, l’agacement, la rancune, l’intranquillité… Mais aussi : la bonne humeur, la confiance, la sérénité, la satisfaction, le soulagement…
Leur rémanence (persistance d’un phénomène après la disparition de ce qui l’a causé), leur rôle dans les phénomènes de rumination, tout cela me semblait rendre utile leur usage dans les discussions avec mes patients, comme porte d’entrée vers le travail sur les cognitions ou les émotions. Quant au ton personnel, il correspond à deux constatations : d’abord, le fait qu’en devenant un 'vieil auteur' j’arrive à de plus en plus à écrire comme je pense et comme je parle à mes patients, je 'filtre' moins. Ensuite, grâce aux discussions avec mes lecteurs, j’ai compris que ceux-ci sont aidés par tout ce qui est clinique, intime, humain, venant de récits de patients ou d’états d'âme du thérapeute. Je tenais également dans ce livre à ne pas apparaître comme 'celui qui sait et qui va vous expliquer comment aller bien', mais comme une personne elle-même imparfaite et intranquille, qui utilise elle aussi ces outils, qui fait elle aussi ces efforts pour aller mieux. Pas un maître, surtout pas, mais quelqu’un qui a – parfois – quelques pas d’avance sur le lecteur, parce qu’il pratique ces efforts depuis quelque temps…
Je suis particulièrement sensible au fait que vous fassiez une telle place – toute la deuxième partie de votre livre – à la reconnaissance de la souffrance - différente de la douleur.

Oui, ce livre, comme toujours quand j’écris, a été pour moi l’occasion de mettre à plat des intuitions que j’avais, comme tout thérapeute : la douleur est le phénomène physiologique, et la souffrance son écho subjectif. Notre principale marge de manœuvre se situe autour de la souffrance : comment limiter, diminuer, ce que j’appelle la 'part évitable de la souffrance' ? Car la souffrance devient souvent, peu à peu, une rumination de la douleur, un inlassable retour vers elle. Ainsi, la deuxième partie du livre (qui en compte quatre) est entièrement consacrée à ce travail sur les souffrances psychologiques (inquiétudes, tristesses, ressentiments, et désespoirs).
Propos receuillis par Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

vendredi 3 avril 2009

Choisir dans les difficultés interpersonnelles

John Gottman est un expert en relations humaines.
Depuis près de 30 ans il étudie nos interactions de couple.
Dans son laboratoire de l'université du Washington,
Il enregistre quelques minutes de discussion ordinaire,
Et peut prédire avec une fiabilité de 94% si le couple restera ensemble.
Simplement en observant leur comportement de discussion.
Il en a tiré sept principes pour qu'une relation intime fonctionne bien qui sont exposés dans son célèbre ouvrage Les couples heureux ont leur secrets.
Dans The relationship cure (Soigner ses relations, 2001, p.83) il expose les trois choix auxquels nous confrontent les situations de conflit interpersonnel:
_______
"Attaquer et défendre
. Ce qui arrive quand vous décidez de faire porter la responsabilité des difficultés aux défauts ou insuffisances de l'autre. Vous vous en prenez alors à l'autre personne, ce qui a pour résultat de la faire s'éloigner de vous. Et quand c'est vous qui êtes attaqué, vous devenez défensif - ce qui vous éloigne tout autant de l'autre.
Eviter ou nier. Cela arrive quand vous essayez de minimiser ou d'ignorer vos émotions négatives à propos du problème. Vous vous dites alors C'est idiot de ressentir ça ou encore Il suffit que je n'y pense pas et ça passera. Les problèmes demeurent cependant et il devient de plus en plus difficile de vous en tenir à cette position.
Vous révéler et connecter. Vous pouvez parler de ce que vous ressentez du fait du problème et travailler en direction d'une bonne compréhension mutuelle. Ainsi, même si vous ne trouvez pas le compromis ou la solution parfaits, vous avez au moins établi une connection émotionnelle.
Quand vous serez fatigués d'attaquer et défendre et aurez vu qu'éviter ou nier ne marche pas, il ne vous reste qu'une option viable : vous révéler et connecter. Facile à dire mais souvent difficile à faire. Mes recherches et mon expérience me disent qu'il y a un bon endroit où commencer: vous concentrer sur votre ressenti de l'instant. Et gardez à l'esprit que vous pouvez parler de ce que vous ressentez sans agir sous l'impulsion de vos émotions."
_______
Dans nos relations avec les autres comme dans nos relations avec la souffrance,
L'instant présent,
L'acceptation
L'action engagée.
Traduction et adaptation Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

vendredi 27 mars 2009

de la Créativité en Formation

Moment fort hier soir.
Nous terminions un cycle quinzomadaire de formation ACT entamé en Octobre.
En tant que formateur, j'ai beaucoup appris - comment être plus à l'écoute et mieux connecté avec ce que vivent les participants.
Grande joie ressentie a entendre comment des outils transmis avaient été utilisés de façon créative.
Très touchant a été le moment où une étudiante a dit que cette formation lui avait permis d'identifier qu'elle voulait vraiment faire de la psychothérapie son métier.
Et voir les participants avancer et les processus de l'ACT connecter avec leur expérience - personnelle et clinique.
A tous et toutes merci de votre patience, de votre attention et de votre bienveillance.
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)

jeudi 26 mars 2009

Pardonner - Métaphore de l'Hameçon

La souffrance nous transperce,
Comme l'acier d'un hameçon.
Plus nous tirons pour en sortir, plus nous nous déchirons.
Parfois notre souffrance nait des actions ou des paroles des autres.
Notre ressentiment les transperce du même hameçon.
D'abord nous, ensuite eux.
Tant que nous les gardons accrochés à l'hameçon de notre rancune,
Nous restons nous aussi transpercés du même acier.
Et si pardonner c'était décrocher de l'hameçon ceux qui nous ont blessés?
Pour, à notre tour, pouvoir nous décrocher,
Et enfin avancer.
______
Métaphore de l'hameçon adaptée de Acceptance and Commtiment Therapy - An Experiential Approach to Behavior Change. Steven C. Hayes, Kelly G. Wilson, Kirk Strohsal, 1999.
Benjamin Schoendorff

vendredi 20 mars 2009

Compassion pour l'Enfant Intérieur

Steven Hayes, initiateur de la Thérapie d'Acceptation et d'Engagement (ACT) vient de publier ce très beau texte sur son blog.
______
Nous avons tous un enfant à l’intérieur – l’enfant que nous avons été. Souvent les souffrances les plus dures à porter aujourd’hui remontent à loin. La manière dont nous vivons nos relations avec cette partie de nous est un bon modèle de la manière dont nous pouvons avancer avec la souffrance que nous rencontrons dans nos vies d’adultes.
Le cœur de la Thérapie d’Acceptation et d’Engagement (ACT) peut se résumer à six mots : acceptation, défusion, soi, maintenant, valeurs, et action. Presque tous les livres sur l’ACT parcourent ces processus. Mais nous pouvons nous en faire une idée plus rapidement en pensant à cet enfant intérieur.
Imaginez-vous enfant, au moment ou vous avez ressenti pour la première fois une souffrance que vous ressentez aujourd’hui.
L’acceptation c’est prendre votre histoire comme elle est… comme vous prendriez un enfant dans vos bras. La partie de nous qui a de la compassion ne giflerait pas cet enfant parce qu'il ressent de la peur ou de la tristesse – et pourtant, adultes, nous nous faisons trop souvent l’équivalent fonctionnel.
La défusion, c’est moins rentrer dans notre blabla évaluateur… comme bercer un enfant qui nous raconte comment on l’a moqué dans la cour de récréation. Nous savons instinctivement que ce qui compte, ça ne sont pas les arguments logiques que nous pourrions opposer aux moqueries. Il est plus important de se sentir tenu – et pourtant, adultes, nous vivons nos vies à l’intérieur de ces arguments, à lutter pour avoir raison.
Un sens de soi transcendant nous permet de voir, à travers les formes externes, la conscience intérieure… comme nous nous émerveillons de reconnaître l’étincelle de conscience derrière les yeux d’un enfant totalement réceptif. Nous ne prendrions pas les idées qu’un enfant à sur lui-même pour ce qu’il est vraiment, et pourtant,adultes, nous construisons ces conceptions de notre moi et en faisons des structures égotiques gigantesques que nous défendons becs et ongles, et auxquelles nous cedons le contrôle de notre vie.
Le moment présent c’est être capable d’observer avec flexibilité, de regarder le monde avec l’esprit ouvert. Une partie de ce qui nous attire chez les enfants, c’est la façon dont parfois ils nous font revenir à l’instant présent, et nous voyons dans leur vitalité et leurs jeux un peu de la joie qui du présent. Et pourtant, adultes, nous dérivons bien souvent vers nos compulsions ou nous laissons absorber par nous-mêmes.
Les valeurs et l’action engagée concernent prendre votre vie en main et ce qui est important pour vous dans la vie… comme créer de l’espace pour que cet enfant joue et grandisse, en sachant que les choses adultes à prendre en charge sont prises en charge sans exiger que l’enfant arrête de jouer et grandisse sur le champ.
Une participante à la liste de discussion ACT for the Public qui lutte avec la dépression à écrit récemment sur son passage dans un refuge pour enfants délaissés. Solitaire et abandonnée, elle racontait comment on l’avait forcée à manger quelque chose que la directrice savait la rendrait malade, puis enfermée dans un placard pour la nuit quand elle avait vomi. Son histoire était tellement triste, mais aussi, pleine de mots de jugement sur cette petite fille.
J’ai écrit en réponse d’utiliser son attitude envers cette enfant comme guide. Bien que le contenu diffère d’une personne à l’autre, les questions que je me suis trouvé à poser sont je pense plus généralement applicables, je vais donc les répéter ici. Je lui ai demandé de penser à sa relation avec cette petite fille intérieure et ai demandé :
"Sans acceptation, est-ce que vous lui dites d’arrêter d’avoir peur ou d’être faible ?
Sans défusion est-ce que vous lui dites de se taire et faire semblant ?

Sans un sens de soi transcendant, est-ce que vous lui dites qu’elle ne vaut peut-être pas mieux que la façon dont on la traite ?

Sans attention flexible au moment présent, est-ce que vous l’ignorez ou la regardez fixement comme un objet endommagé ?

Sans valeurs, est-ce que vous lui dites que c’est à elle de faire en sorte que tous les adultes se sentent en sécurité, plutôt que le contraire ?

Sans action engagée, est-ce que vous lui dites de prendre seule soin d’elle alors même qu'elle a besoin que l’on prenne soin d’elle?"
Quand nous faisons des choses malsaines, nous nous éloignons de l’enfant intérieur. Quand le chien noir de la dépression est nourri, l’enfant intérieur est terrifié. Quand l’histoire à propos de l’aliénation s’épaissit, l’enfant intérieur est abandonné. Quand la colère est tournée vers l’intérieur, l’enfant intérieur devient aussi une cible.
Depuis la perspective ACT, la seule façon d’écouter, respecter, aimer, et laisser jouer et grandir la partie enfant de nous, c’est que la partie adulte choisisse une voie de vitalité et de compassion pour soi, qui reconnaisse la souffrance tout en la portant en avant vers une vie qui vaille le coup d'être vécue. Il est parfois dur de trouver la place pour faire cela pour nous-mêmes. Si c’est comme ça, il y a une alternative. Imaginez-vous enfant, au moment ou vous avez ressenti pour la première fois une blessure que vous ressentez aujourd’hui.
Faites-le pour cet enfant.
Steven C. Hayes , University of Nevada, auteur de Get Out of Your Mind and Into Your Life
(traduction Benjamin Schoendorff - image Rémi Schoendorff)

jeudi 19 mars 2009

Reconnaitre le Mouvement

Ce soir avec ma collègue et amie Jana Grand, à l'inauguration des locaux de l'association de personnes vivant avec le trouble bipolaire, Icebergs.
Avec Jana nous y avons animé un atelier de psychoéducation Pleine Conscience (Mindfulness) et Acceptation cet hiver.
C'était touchant de revoir des participants et participantes à cet atelier. Certains avaient visiblement bougé - semblaient moins coincés. Les signes les plus tangibles en étaient une certaine qualité de présence, un port d'épaules plus ouvert, une certaine distance d'avec les pensées les plus difficiles et les plus collantes. J'ai aussi entendu mentionné le contact vrai avec les autres - et c'est ce qui m'a le plus ému. Nous n'entrainons pas explicitement ce contact. Nous facilitons l'orientation en direction de ce qui est vraiment important - sans imposer le moindre contenu à cette direction.
Ce soir j'ai observé des personnes qui avaient repris contact avec les choses vraiment importantes pour elles.
Merci de ces instants de pure beauté humaine.
Benjamin Schoendorff

mardi 17 mars 2009

Jonathan Richman est un Boddhisattva

Allés lundi soir 16 mars avec ma chère soeur Marianne écouter Jonathan Richman au Transbordeur à Lyon.
Jonathan Richman jouait des chansons comme I'm a little Airplane ou I am a little dinosaur - qu'il joue en parcourant la scène à quatre pattes - dans le programme télé pour enfant Sesame Street.
L'âme vagandonde de Jonathan a tôt pris les chemins de traverse. Sa carrière de star s'est arrêtée le jour où sa maison de disque voulu lui imposer sa playlist de concert. Jonathan a pris sa guitare et s'est dirigé vers la station des bus Greyhound la plus proche.
Ce soir JoJo se tient en scène avec son fidèle batteur Tommy et sa guitare espagnole. Nous sommes en retard - mon dernier client a quitté le cabinet à 20:30. Jonathan a les traits tirés. Il se lance dans When we refuse to suffer, when we refuse to feel. Il le chante même en français : Quand nous refusons de souffrir - pas d'émotion et pas de vie! Droit au coeur.
Ensuite il chante Pablo Picasso, les peintures de VanGogh du musée d'Amsterdam, et les anciens maitre Flamands. Alors qu' il chante les fissures des tableaux, l'âme insensible à la peinture que je suis entrevois enfin quelque chose...
Jonathan possède une technique époustouflante et joue en virtuose de la distance avec le micro. Ses chansons allient abstraction et simplicité entrainante. Le public les reprend en choeur (j'allais écrire en coeur). Parfois JoJo vient au devant de la scène, sans amplification aucune. Il entraine le public quelques instants - cloche et baguette à la main. Il y a une qualité enfantine à l'intensité de sa présence, combinée à une profondeur d'âme touchante.
J'ai toujours voulu jouer dans les hopitaux et les centres pour enfant et j'en suis toujours là en fait! Ce soir, son public d'anciens enfants a la banane. De retour chez moi dans le Vieux-Lyon, je rejoins le groupe Facebook - Jonathan Richman is a boddhisattva. Dans les traditions bouddhiques - contrairement aux autres êtres éveillés qui s’apprêtent à quitter le cycle des réincarnations - le boddhisattva est celui qui choisit de rester sur terre afin de continuer à faire rayonner sa lumière. Jonathan, merci pour ta lumière.
Benjamin Schoendorff (photo BS)

dimanche 15 mars 2009

Apprécier le Simple Fait du Chagrin Humain

Kelly Wilson, est un des initiateurs, avec Steven Hayes et Kirk Strohsal, de la Thérapie d'Acceptation et d'Engagement (ACT). Kelly a lancé un projet 'd'appréciation personnelle' sur sa page Facebook. J'ai choisi de traduire et de vous présenter le texte ci-dessous :
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Ecrit après avoir écouté un client qui avait perdu un enfant dans un accident de la circulation mortel.
Dans les forêts de conifères profondes, sombres et humides de l’ouest de l’état de Washington où j’ai grandi, parfois un grand cèdre tombait. C’est triste à voir tomber, un grand cèdre majestueux. Il reste là dans la forêt pendant des années à se décomposer, et 8 ou 10 nouvelles pousses d’arbre apparaissent tout au long de ce tronc en décomposition. Lentement, ça prend plusieurs dizaines d’années, le tronc est absorbé par les nouvelles pousses. Nous les appelons les troncs-nourrisses.
Et me voici à me demander si quelque chose de nouveau pourrait pousser de la tragédie d’un enfant perdu. Il y a des endroits dans la vie où le nouveau pousse à partir des choses tombées, plutôt qu’en s’éloignant de ces choses. Avez-vous jamais connu des choses qui sont tombées? Avez-vous connu des pertes irremediables? Je me demande – si vous pouviez faire pousser quelque chose de neuf et beau, qui pourrait honorer ce qui est tombé, qu’est-ce que cela pourrait être ?
C’est ce que je ressens à propos de mon frère ainé Randy, que le suicide nous a enlevé il y a plus de vingt ans. Les nouvelles pousses n'apparaissent pas tout de suite. Mais les minutes, les heures et les jours ont rempli les années depuis lors – jusqu’à ras-bord. Et quelques vingt ans plus tard, je peux voir le visage de Randy, surtout son sourire en coin. En regardant la rangée d’arbres que j’ai fait pousser, tous alignés, nourris par cette tragédie, je me demande s’il serait fier de moi. S’il se sentirait honoré par mon souvenir de lui.
Randy ? Si tu écoutes ? S’il te plait, saches que je me souviens de toi avec affection et que je prends soin d’un petit jardin, en ton honneur.
Kelly Wilson

Une Cosmologie Comportementaliste

Le comportementaliste profond (plus communément appellé comportementalisme radical ou skinnérien) souffre depuis longtemps d’une mécompréhension de sa philosophie sous-jacente - qui est encore trop souvent réduite à là seule observation des comportements extérieurement observables, voire même à la négation des pensées, émotions, et toutes les choses dont on ne peut faire l’expérience que 'de l’intérieur' (c’est à dire au comportementalisme méthodologique).
Rien n’est moins juste, c’est pour cela que nous publions une adaptation d'un court extrait du nouvel ouvrage De Mavis Tsai, Robert Kohlenberg et coll. A practical Guide to Functional Analytic Therapy, Awareness, Courage, Love and Behaviorism. Pour nos lecteurs anglophones, ce livre permet de comprendre et d’approfondir tout ce qui fait la relation thérapeutique... thérapeutique! Chaleureusement recommandé.
Robert Kohlenberg et Mavis Tsai sont les initiateurs de la Thérapie basée sur l'Analyse-Fonctionnelle (Functional Analytic Psychotherapy - FAP)
Benjamin Schoendorff

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Nous invitons les thérapeutes à apprendre la philosophie comportementaliste et à être capable de parler comme des comportementalistes. Certains peuvent juger cela froid et distant, mais ce n’est en rien le cas. En fait, sa philosophie centrale cultive et permet de profondes connections, l’empathie et l’amour.
Nous présentons ci-dessous une cosmologie comportementaliste: une métaphore qui élargit la manière de regarder - la vision - comportementaliste, permet de rendre compte de l’interconnexion de toute vie, et ainsi permet une meilleure conscience de l’ici et maintenant. L’attention à ce que le client expérience ici et maintenant est souvent le point focal le plus productif en thérapie. Si on l'ignore, ça peut devenir contre-productif. Afin de pouvoir au mieux s’occuper de l’expérience du client, les thérapeutes ont avant tout besoin d’être en contact avec leur propre expérience.
Une explication comportementale de qui nous sommes et comment nous pensons, comment nous ressentons et comment nous percevons est une description verbale de notre histoire, en particulier des contingences de renforcement qui ont permis l’émergence de nos répertoires comportementaux. Les contingences de renforcement rendent plus fortes - et affaiblissent - différentiellement des répertoires spécifiques de comportement opérant. En sus de cela, un autre type de contingences a également façonné des aspects importants de qui nous sommes. Ces contingences sont les contingences de survie qui ont déterminé lesquels de nos ancêtres ont survécu et lesquels sont morts. Leur matériau génétique, leur structure physique et leurs tendances comportementales, ont été façonnés par ces contingences de survie. Le comportement opérant lui-même est une tendance qui a été façonnée de cette manière. Les contingences de renforcement, depuis cette perspective, travaillent à produire du comportement opérant parce que ceux de nos ancêtres dont les modes de comportement adaptifs ont été renforcés par certaines conséquences promouvant la vie ont survécu. Par exemple, nos ancêtres ont appris comment retracer leurs pas vers le dernier point d’eau car ils ont été renforcés en y trouvant de l’eau. Ils nous ont passé la tendance d’avoir des comportements renforcés par des contingences de renforcement.
Robert Kohlenberg, Mavis Tsai, Jonathan Kanter, 2009. (Adaptation et traduction B. Schoendorff)
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Exercice Expérientiel: Les deux rivières
Fermez les yeux et laissez votre attention se porter sur votre respiration. Respirez naturellement, en observant les sensations dans votre poitrine et votre ventre autour de l’air qui entre sur l’inspiration et qui sort sur l’expiration. Si vous remarquez que votre attention se trouve emportée, c’est tout à fait normal, regardez si vous pouvez la ramener simplement à votre respiration.
Imaginez que vous vous tenez au centre d’une rivière dont le courant est composé de toutes vos expériences passées. Si vous regardez un peu en amont, vous pouvez vous voir il y a quelques heures, (vous réveillant, vous préparant, prenant votre déjeuner puis naviguant jusqu'à cette page). A présent, regardez encore plus loin en arrière dans le courant de la rivière en direction des jours, semaines et mois récemment écoulés et arrêtez-vous sur l’expérience d’une interaction particulièrement plaisante que vous avez eu avec une autre personne. Essayez de vous souvenir des détails de cette rencontre. Où vous étiez ce que vous pouviez voir autour de vous. Essayez à présent de vous souvenir de la position de corps de cette personne, de son visage et des détails de son expression faciale. Souvenez-vous des mots qui peut-être ont été échangés entre vous. Souvenez-vous de ce que vous avez ressenti alors, au contact de cette personne.
A présent imaginez que cette personne se tient dans le courant de sa propre rivière qui se tient derrière elle, et que votre interaction implique une confluence de vos deux courants. Au moment de ce contact, deux petits bras de chacune de vos rivières se sont mêlés, puis s’en sont retournés. Sentez comment ce qui s’est passé entre vous a été influencé non seulement par votre propre histoire, mais aussi par l’histoire de l’autre personne.
A présent regardez plus loin dans le courant, en amont de cette interaction. En remontant, regardez si vous pouvez vous voir jeune adulte, adolescent, enfant - bébé faisant vos premiers pas. Prenez un instant pour reconnaître les personnes les plus importantes qui ont façonné qui vous êtes. Puis posez votre attention sur une image spécifique ou simplement la notion que vous étiez un nouveau-né se tenant dans le courant de ses propres expériences passées et qui l’avaient elles aussi façonnée - même si vous n’êtes pas conscient de toutes ces expériences. Essayez de regarder plus loin en arrière et de remonter jusqu’au fœtus dans la matrice, puis remontez dans le temps jusqu’à l’instant où le spermatozoïde a rejoint l’ovule. Ce spermatozoïde et cet ovule se tenaient eux aussi dans leur propre rivière, le courant de leurs expériences passées ayant façonné le matériau gétique de chacun. Enfin, laissez-vous prendre conscience de votre interconnexion avec tous les autres et avec l’univers tout entier. Enfin, laissez-vous ressentir un sens d’interconnexion avec les autres et avec le pouls de l’univers, et ouvrez les yeux.
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L'exercice ci-dessus s'arrête au sperme et à l'ovule. Cependant, selon Skinner, la métaphore complète incluerait de remonter la chaine de l'évolution jusqu'à la soupe primordiale, puis aux évènements géophysiques qui ont conduit à la formation des acides aminés, et ainsi de suite. Depuis cette métaphore irriguée par le comportementalisme, et qui illustre nos histoires de contingences de renforcement et de survie, il y a une unité cosmique et une interconnexion entre nous tous et les origines matérielles que nous avons tous en commun. [...]
Depuis la perspective comportementaliste, un contact aussi profond avec l'instant présent est crucial, dans la mesure où il permet d'augmenter la reconnaissance et le contact avec les contingences immédiate et une capacité accrue à être plus naturellement renforçant pour vos clients et les autres personnes qui entrent en contact avec vous et le flot de vos expériences.
Robert Kohlenberg, Mavis Tsai, Jonathan Kanter, 2009 (traduction et adaptation B. Schoendorff)