
Or la recherche est bien moins affirmative.
Baumeister et collègues. (2003) dans une étude qui a fait date concluent : Nous n’avons pas trouvé d’indications que renforcer l’estime de soi (par intervention thérapeutique ou en milieu scolaire) soit bénéfique. Nos résultats ne plaident pas en faveur de la promotion et de l’extension de l’estime de soi dans l’espoir que cela pourrait améliorer les résultats scolaires. Au regard de l’hétérogénéité des hauts degrés de estime de soi, complimenter sans mesure pourrait tout aussi bien promouvoir le narcissisme et ses conséquences indésirables.
Ce ne sont pas seulement les comportements prosociaux, mais aussi les comportements antisociaux qui sont plus probables chez les enfants ayant une haute estime de soi. (Salmivalli et al. 1999).
Dans un nouvel ouvrage, The Narcissism Epidemic (l'épidemie du narcissisme), Jean Twenge et W. Keith Campbell soulignent que le résultat d'avoir tout fait pour augmenter l'estime de soi de nos enfants est la création d'une génération de personnalités gonflées d'un sens disproportionné de leur valeur personnelle (la définition clinique du narcissime) mais sans véritable résilience ni capacité à réparer les choses et les relations.
Faisant le point sur les recherches actuelles, ils soulignent que l'entrainement des habiletés sociales est bien plus payant et efficace que l'inflation du sens de soi - et promeut un bonheur plus durable.
L'antidote à la bulle spéculative de l'estime de soi? Twenge recommande l'humilité, une évaluation de soi plus juste, la pleine conscience et faire passer les autres avant soi. Dans une interview à Newsweek elle déclare : De telles valeurs pourront sembler ringardes, peut-être même défaitistes pour ceux d'entre nous qui pensent qu'ils sont spéciaux, mais faite moi confiance : plus on pratique, plus cela devient facile.
Quant à Baumeister et collègues (2003), ils concluent : Nous recommandons plutôt d’utiliser les compliments visant à renforcer l’estime de soi comme des récompenses des comportements socialement désirables et les efforts personnels. A noter: cette équipe de recherche a mis l'essentiel de ses résultats en ligne. Pour une traduction de l'abstract d'une de leurs études les plus marquantes, visitez le site afforthecc.
Benjamin Schoendorff (image Rémi Schoendorff)